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Fin de l’aventure pour 1000 travailleurs à l’aciérie Algoma Steel en Ontario

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Quelque 1000 travailleurs ont officiellement perdu leur emploi ce lundi à l’aciérie Algoma Steel, le plus grand employeur de la ville de Sault-Sainte-Marie, en Ontario. L’entreprise en avait fait l’annonce en décembre dernier. Dans la foulée, Ottawa avait indiqué avoir conclu une entente de principe avec Algoma Steel dans le but de réembaucher 500 des travailleurs affectés, mais ces derniers sont loin d’être rassurés.

Vendredi dernier marquait le dernier quart de travail pour plusieurs centaines de travailleurs de l’usine, dont Ryan Irvine, qui travaillait pour Algoma Steel depuis 2022.

Submergés d’émotion, plusieurs travailleurs se sont dit au revoir à la sortie de l’usine, certains s’enlaçaient avant de monter dans leur véhicule.

L'équipe va me manquer […] c'était vraiment agréable de travailler avec beaucoup de ces gens, et on tisse des amitiés pour l'avenir, lance M. Irvine.

Algoma Steel Inc., le deuxième plus important producteur d'acier au Canada, le long de la rivière Sainte-Marie à Sault-Sainte-Marie (Ontario), le jeudi 24 juillet 2025.

Algoma Steel avait indiqué que les mises à pied étaient liées à la fermeture de son haut fourneau et de ses activités de cokéfaction qui devait initialement avoir lieu au début de 2027. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Nick Iwanyshyn

Il se dit déçu de perdre cet emploi, qui était pour lui une source de fierté.

C'était un bon endroit. [...] Mon père a passé 47 ans ici, et j'étais vraiment fier quand j'ai été embauché de pouvoir dire : "Tu sais, papa, j'ai travaillé au même endroit que toi", ajoute-t-il.

Âgé de 47 ans, M. Irvine a décidé de retourner aux études afin de se former dans un tout autre secteur, au sein duquel il espère trouver un emploi plus tard.

J'en ai fini avec ce secteur. Je vais me diriger vers le domaine médical et redonner à la communauté.

Mayurkumar Lad, un autre travailleur licencié, s’y est d’ailleurs pris à l'avance.

Après avoir reçu son avis de licenciement en décembre dernier, M. Lad a tout de suite postulé à une centaine d’offres d’emploi.

Un homme pose pour la photo.

Après l'annonce des licenciements chez Algoma Steel, Mayurkumar Lad avait peur pour l'avenir de sa famille au Canada.

Photo : Photo fournie par Mayurkumar Lad.

Il a finalement trouvé un emploi dans la ville de Kingston, située à près de 1 000 kilomètres de Sault-Sainte-Marie.

Il faut bien que j'aille de l'avant pour assurer mon avenir financier de toute façon. J'ai une demande de résidence permanente en cours et j'attends toujours une réponse, explique-t-il.

Je m'estime chanceux. Quand je discute avec mes collègues, je vois qu'ils postulent mais peinent à décrocher une offre.

Il se rappelle d’ailleurs de la complexité que posait la recherche d’emploi, étant donné le volume de candidatures.

On se retrouvait avec 50 ou une centaine d'employés d'Algoma Steel qui postulaient pour le même emploi, sans compter tous les autres candidats à travers la province, donc c'était vraiment difficile et plutôt frustrant de recevoir des réponses du genre : "Merci beaucoup, votre profil répond à toutes nos exigences, mais à ce stade, nous ne retenons pas votre candidature", raconte-t-il.

Des travailleurs de l'aciérie Algoma Steel sortent de l'usine et marchent sur les routes enneigées, derrière une plaque.

Selon le syndicat des métallos 2724, certains travailleurs licenciés ont trouvé un emploi à Sault-Sainte-Marie, mais d'autres travaillent désormais dans d'autres villes.

Photo : CBC / Alex Flood

L’intégration dans la nouvelle ville s’annonce toutefois compliquée pour la famille de M. Lad.

Ma femme a dû quitter son emploi à Sault-Sainte-Marie quand on a déménagé, donc pour l’instant elle est sans emploi , confie-t-il.

Ma fille a toujours du mal à s’adapter parce qu’elle a perdu tous ses amis à Sault-Sainte-Marie.[…] Elle essaye de s’intégrer, mais je peux voir que c’est dur pour elle , renchérit-il.

Une promesse en l'air ?

Peu de temps après l’annonce des 1 000 licenciements chez Algoma Steel, la ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, Mélanie Joly, disait avoir conclu une entente de principe avec l'aciérie, dans le but de réembaucher la moitié des employés affectés.

Bill Slater, président de la section locale 2724 des Métallos, est conscient du fait que les travailleurs rappelés travailleront au sein de l’usine de poutrelles d’acier – dont la construction n’est pas encore entamée.

Bill Slater porte une chemise à courtes manches avec des motifs, et est debout devant une pancarte qui porte le nom du syndicat qu'il préside.

Bill Slater précise que l'entente de principe qu'Ottawa dit avoir conclu avec Algoma Steel ne rassure aucun des travailleurs licenciés. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Il a du mal à croire que la promesse d’Ottawa se réalisera de sitôt.

Rassembler les fonds prend du temps, tout comme la construction de l'usine par la suite. Donc, je crois qu'on est tous bien conscients que ça n'arrivera pas cette année.

Dans une déclaration, Algoma Steel indique que certains travailleurs ont volontairement quitté l’usine depuis l'annonce des licenciements, et que des réductions d'effectifs supplémentaires auront lieu à court terme et tout au long de l'année 2026.

Nous sommes conscients des répercussions de ces réductions sur nos employés, leurs familles et la communauté de Sault-Sainte-Marie, et nous demeurons déterminés à travailler en étroite collaboration avec les dirigeants syndicaux, les partenaires gouvernementaux et les organismes communautaires afin d'offrir une aide à la transition, peut-on lire dans la déclaration.

M. Slater informe également que certains travailleurs ont pu conserver leur emploi aux dépens des employés ayant le moins d'ancienneté, afin de terminer des formations qui leur serviront dans l’exercice de leurs nouvelles fonctions.

C'est une situation terrible pour tout le monde […] soit vous ressentez la culpabilité du survivant, soit vous faites partie des personnes qui ont le malheur de se retrouver sans emploi.

Colin Mang, professeur adjoint en économie à l’Université McMaster à Hamilton, estime que la perte d’un si grand nombre d’emplois aura de lourdes répercussions sur l’économie locale.

C'est environ 3 % de toute la main-d'œuvre de la région. C’est une très grande proportion d'emplois à perdre en même temps. Cela va avoir un impact important sur les familles d'ici, ainsi que sur les commerces locaux , indique-t-il.

Portrait de Colin Mang en costume.

Colin Mang juge que de nombreux projets de construction doivent voir le jour pour que l'industrie sidérurgique puisse regagner en force.

Photo : Université McMaster

M. Mang est lui aussi persuadé que la réembauche de 500 des 1 000 travailleurs licenciés d’ici la fin de l’année n’est pas réaliste.

Ce sera bénéfique pour la communauté locale, mais cette expansion prendra un certain temps. Ces emplois ne verront donc pas le jour immédiatement , souligne-t-il.

D’après lui, la survie de l’industrie sidérurgique canadienne, qui dépendait largement du marché américain, repose sur la mise en place de grands projets d'infrastructures tels que l'amélioration du port de Vancouver, ou encore la construction de la liaison ferroviaire à grande vitesse entre Toronto et Québec.

Un lac qui donne vue au loin sur l'usine d'Algoma Steel

Le projet de construction du port maritime de Sault-Sainte-Marie serait estimé à 200 milliards de dollars. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

La ville de Sault-Sainte-Marie souhaite également construire un port maritime qui, selon M. Mang, pourrait avoir un impact économique énorme, non seulement pour l'industrie sidérurgique, mais aussi pour les secteurs manufacturier, forestier et agricole.

Beaucoup de ces grands projets utiliseront de l'acier canadien. Ça prendra donc quelques années avant que tout cela ne démarre, et l'industrie devra en quelque sorte patienter jusque-là pour connaître cette expansion , conclut-il.

Au moment de la publication de cet article, le bureau de la ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue.

Avec les informations de Alex Flood de CBC

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