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Culture 14/05/2026 18:00 Actualisé le 14/05/2026 19:31
Ébats sexuels, bruitages et orage… En compétition au Festival de Cannes, le nouveau drame d’Asghar Farhadi avec Isabelle Huppert, Pierre Niney, Virginie Efira et Vincent Cassel est un petit bijou sonore, qu’on soit amateur d’ASMR ou non.
Silence, ça joue. Parmi les films les plus attendus sur la Croisette, Histoires parallèles d’Asghar Farhadi fait office de sérieux candidat pour la Palme. Le nouveau drame du cinéaste iranien, avec Isabelle Huppert, Adam Bessa, mais aussi Virginie Efira, Pierre Niney et Vincent Cassel, sort, ce jeudi 14 mai, dans toutes les salles de cinéma.
Son histoire, c’est d’abord celle de Sylvie. En mal d’inspiration, l’écrivaine parisienne, qui perd un peu la boule, pense avoir trouvé une bonne matière pour son prochain roman : les trois voisins de l’appartement d’en face, qu’elle parvient à espionner un peu plus chaque jour du bout de son télescope, sans se faire griller.
Fini la bonne entente entre les trois collègues de ce petit studio de bruitage. Sous sa plume, tout est question de tromperies et non-dits, que la romancière saupoudre d’une bonne dose de drama supplémentaire en y convoquant ses propres souvenirs familiaux, dont le suicide de son père et l’adultère de sa mère.
Découvrez ci-dessous la bande-annonce :
Le film, lui, s’embrase à l’arrivée d’Adam. À la rue, le jeune homme vient d’être embauché pour donner un petit coup de main dans le rangement de l’appartement vétuste de notre héroïne, qu’elle doit quitter sous peu. Le manuscrit lui tombe entre les mains. Et dès lors, rien ne sera plus pareil pour lui, ni personne. Où s’arrête la fiction ? Qui tire les ficelles ?
Déjà primé au Festival de Cannes, Asghar Farhadi revient, ici, avec un casting cinq étoiles et une intrigue savamment tordue, malgré des ressorts parfois attendus. Au cœur du film : une flopée d’interrogations sur la mort, d’autres sur la créativité. Isabelle fait du grand Huppert. Elle fume dans le métro, envoie chier tout le monde, y compris Catherine Deneuve.
Les bruiteurs
Le must ? Un traitement du son qui mérite que vous ouvriez grand les oreilles. Il s’invite dans le scénario. La petite entreprise de Nita, Christophe et Pierre y est pour quelque chose. On les observe, nous, dans le plus grand calme reproduire des bruits insoupçonnés, comme des pas sur le sable mouillé ou une envolée d’oiseaux pour un documentaire animalier.
Ces bruiteurs sont à la genèse du projet d’Asghar Farhadi. Histoires parallèles s’inspire d’un des épisodes du Décalogue de Krzysztof Kieślowski, le sixième : Brève histoire d’amour, récit d’un voyeur dont le fantasme est lié à l’image. Le cinéaste iranien, lui, s’est posé une question : qu’en est-il du son de l’autre côté, celui de la personne espionnée ?

Carole Bethuel
Vincent Cassel et Virginie Efira, ici en bruiteurs professionnels dans « Histoires parallèles ».
Le soin apporté à l’ambiance est capital, aussi. La captation en catimini des souffles d’un ébat sexuel est le témoin d’une inquiétude. La pluie et l’orage sur les fenêtres, de l’enfermement intérieur. Autant d’éléments auxquels le réalisateur a prêté une attention toute particulière, au même titre que la voix de ses acteurs, déterminante dans le choix de certains d’entre eux.
La voix de Virginie Efira
C’est le cas de Virginie Efira, qu’il avait rencontrée brièvement lors d’un précédent Festival de Cannes, mais dont la voix, « emprunte d’une sorte de chaleur, de présence caractéristique », a suffi pour le convaincre. Les voix, précise-t-il dans les notes de production, « nous accompagnent encore plus » que l’apparence des comédiens.
Lui a longtemps planché sur le sujet, avant de s’y attaquer. Déjà à l’époque de ses études théâtrales, il avait fait le choix d’écrire un mémoire sur les silences et les hésitations dans les pièces du dramaturge britannique Harold Pinter. Le silence n’est pas l’absence de son, y développait-il. Mieux : le silence est sous-jacent au verbiage, selon lui.
« À mesure que j’ai mûri dans mon parcours de cinéaste, j’ai appris à accorder plus de place au son qu’à l’image, continue Asghar Farhadi, selon qui la dimension culturelle de ses origines n’y est pas pour rien. Le cinéma iranien, dans son écriture, a donné beaucoup d’importance à ce qui se passe hors cadre. » Ou ici, chez ses voisins.


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