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Fermeture de RYAM : entre inquiétude et espoir à Témiscaming

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À Témiscaming, l'annonce de la fermeture temporaire de l'usine Rayonier Advanced Materials (RYAM) suscite des réactions partagées.

Citoyens et travailleurs expriment des sentiments qui vont de l'inquiétude à l'espoir, alors que des entrepreneurs craignent les répercussions à venir.

C’est vraiment très, très insécurisant… On espère qu’il va y avoir des développements, parce que c’est énorme, particulièrement pour la région ici qui ne vit que de cette usine, confie Bianca Cousineau, copropriétaire d'une entreprise de chargement et transport de bois.

La fermeture l'affecte directement comme sous-traitante. Son entreprise venait déjà d’encaisser un coup dur avec la fermeture de la Scierie Béarn en juillet, qui envoyait à RYAM les parties de l’arbre non utilisées.

L'affiche de RYAM à l'avant-plan et une partie de l'usine derrière des arbres.

L'usine RYAM, autrefois Tembec, n'en est pas à sa première fermeture économique.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Toutes les autres usines de pulpe sont déjà fermées. RYAM, c'est la dernière. Donc, ça peut nous mettre dans le trouble, explique Bianca Cousineau. Avec des machineries qui coûtent quand même très très cher, si ma machine ne travaille pas, je ne peux pas la payer.

Son entreprise avait été touchée lors de la fermeture d’une ligne de production en 2024, mais pas aussi fort que maintenant.

Dans cette ville de 2300 habitants située dans le sud du Témiscamingue, 400 emplois sont touchés à court ou moyen terme par cette fermeture dite temporaire. Avec les quelques dizaines de travailleurs qui veilleront à la maintenance de l’usine, ce sont plutôt 325 personnes qui seront mises à pied dès le 15 septembre, selon le maire Alain Gauthier.

Même si elle était dans l’air depuis les menaces tarifaires, la nouvelle est un choc pour la communauté, souligne la citoyenne Johanne Simard.

Je trouve ça inquiétant, parce que ç'a beau être une fermeture temporaire, on ne sait pas combien de temps ça va durer. Il faut espérer pour le mieux, dit-elle, encouragée par des échos de projets de relance possible.

Quelques maisons et des arbres à l'avant-plan, et des cheminées d'usine un peu plus loin.

Le complexe de la compagnie RYAM est visible d'un peu partout à Témiscaming.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Tant qu’il n’y a pas de cadenas...

Rencontré dans un casse-croûte, Sylvain œuvre pour RYAM depuis 16 ans. On va voir qu’est-ce qui va en être avec les débats de Trump et Carney!, lance-t-il.

L'homme est optimiste, mais il se garde la possibilité de faire du navettage dans les mines comme alternative.

C'est sûr que j'ai des options, mais on a des belles nouvelles quand même, de ce qui se passe au moulin, affirme le travailleur. Nous autres, on attend le 8 septembre. Ça pourrait être positif.

Le 8 septembre, c'est l'entrée en vigueur de la riposte du Canada aux tarifs américains.

Dans un commerce, un autre employé de RYAM ne s’en fait pas trop avec l’arrêt temporaire. Tant qu’il n’y a pas de lock sur la porte, il y croit toujours.

Les commerces aussi

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de Témiscaming qu’un arrêt survient, nous a-t-on rappelé sur place.

Mais la nouvelle demeure préoccupante pour la copropriétaire du restaurant et de l’auberge Tem-Rose, Sylvie Lévesque. C'est sûr que ça va affecter notre commerce. On a beaucoup de touristes, mais quand même..., indique-t-elle.

Sylvie Lévesque sourit à la caméra en posant à l'extérieur, avec le restaurant TemRose derrière elle.

Sylvie Lévesque est copropriétaire de la brassette et de l'auberge Tem-Rose et du magasin Rose et Compagnie, à Témiscaming.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Beaucoup de visiteurs de l’extérieur ont rempli ses installations dans la dernière année avec le parc Opémican, la chasse, la pêche et la motoneige. Une bonne nouvelle, mais on veut garder notre moulin.

Comme plusieurs, Sylvie Lévesque garde espoir d’une relance ou d’un rachat éventuel. « Je suis quand même confiante qu’on va s’en sortir », exprime-t-elle.

Alain Gauthier laisse savoir que des groupes sont intéressés à un rachat, en majorité de l’extérieur de la région, bien que des intérêts locaux puissent vouloir s’y greffer également.

« Il va y en avoir d’autres »

Une intervention gouvernementale est réclamée. Un citoyen déplorait de ne pas avoir entendu les gouvernements se prononcer sur la fermeture, tandis que d’autres s’interrogeaient sur l’aide qui leur serait apportée.

Si les gouvernements accordent de l’aide, souvent ce qu’ils font, c’est qu’ils donnent de l’aide aux grosses entreprises, mais toutes les autres à côté, dont moi, c’est probablement quelque chose que je n'aurai pas accès, s’inquiète l’entrepreneure en transport Bianca Cousineau.

Le maire Gauthier rappelle que RYAM pourrait revoir sa position en cas de changement avec les tarifs douaniers ou si de l’aide est apportée.

Alain Gauthier pose pour la photo.

Le maire de Témiscaming, Alain Gauthier. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

On est la première annonce de fermeture. Ç’a fait grand bruit au Québec, mais il va y en avoir d’autres, prévoit-il.

Lors de l’arrêt d’une ligne en 2024, Alain Gauthier se souvient que l’entreprise et lui avaient l’oreille attentive et directe de Québec. Mais cette fois-ci, c’est différent.

Pour la première fois, c’est un arrêt économique qui dépend du fédéral et ça, c’est rare en business, fait observer cet ancien directeur de l’usine.

Il déplore que l’aide proposée par Ottawa soit un prêt remboursable et doute que beaucoup d’entreprises, dont RYAM, s’endettent ainsi. Déplorable serait le bon mot, qu’on prenne cet argent-là gratuit en temps de guerre et qu'on la prête au lieu de la redonner dans le système, poursuit-il.

Une fontaine au milieu d'un carrefour giratoire.

La fontaine de Venise, un symbole de la cité-jardin de Témiscaming.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Avec les profits qui seront engendrés par le gouvernement en appliquant des contre-tarifs, le maire Gauthier est d’avis que cet argent devrait être directement redistribué aux entreprises touchées.

Il estime aussi que l’industrie des pâtes et papiers n’est pas assez considérée aux yeux du gouvernement fédéral lorsque vient le besoin d’aides spéciales, contrairement à l’industrie de l’automobile et du fer.

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