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À Hénanbihen (Côtes-d’Armor), la Cooperl a inauguré son Observatoire de l’élevage. Derrière les rideaux, un élevage expérimental où se dessinent de nouvelles pratiques.
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Par Bertrand Dumarché Publié le 13 oct. 2026 à 18h10
Les lumières de l’auditorium baissent, puis les rideaux s’ouvrent. Derrière la scène, le décor n’est pas celui d’un théâtre, mais celui d’un élevage porcin. Des truies et leurs porcelets évoluent dans des espaces aménagés pour observer leurs comportements, mesurer leurs performances et tester de nouvelles façons de conduire un cheptel. Le spectacle est bien vivant, et chaque comportement compte.
À Hénanbihen, dans les Côtes-d’Armor, la Cooperl a inauguré le 8 octobre son Observatoire de l’élevage, au cœur de son écosystème de recherche et développement, le Farm Lab. À l’occasion des 60 ans de la coopérative, ce bâtiment entend répondre à une question centrale : à quoi ressemblera l’élevage porcin de demain ?
« La question qu’on se pose, c’est : quels seront les bâtiments d’élevage demain ? », lance Mickaël Benoist, éleveur à Coëtmieux et vice-président de la Cooperl. Bien-être animal, conditions de travail, environnement, performances technico-économiques : l’ambition est de faire progresser ces différents paramètres sans les opposer. Ici, les idées ne restent pas sur le papier : elles sont mises à l’épreuve des animaux et du terrain.
Des truies et leurs porcelets qui grandissent ensemble
Dans un élevage conventionnel, le parcours des animaux suit plusieurs étapes : verraterie, gestation, maternité, puis post-sevrage. Les porcelets changent d’environnement et de groupe au fil de leur croissance. Au Farm Lab, les chercheurs testent une autre organisation, baptisée conduite « en compagnie », inspirée des structures sociales observées chez les sangliers.
« On maximise le temps de présence entre les truies et les porcelets », explique Arnaud Buchet, coordinateur recherche et développement. Il s’agit de conserver la truie comme repère pour les jeunes animaux, tout en favorisant une organisation sociale plus stable.
Une compagnie rassemble huit truies et leurs portées. Cinq jours après les naissances, les différentes portées sont mélangées. Huit jours après la mise bas, l’espace est ouvert aux truies, qui peuvent alors circuler et cohabiter avec les porcelets. Au bout de 28 jours, les mères retournent en verraterie pour une semaine, avant de retrouver leurs petits. La cohabitation se poursuit jusqu’à 76 jours.
Le sevrage intervient donc plus tard que dans un système conventionnel. La présence prolongée des truies doit contribuer à stabiliser la hiérarchie au sein du groupe et à limiter les tensions. Les porcelets grandissent ensemble dans un environnement où les interactions sociales sont observées de près.
Les premiers résultats sont encourageants. Les observations réalisées dans le cadre du projet GOODPIG montrent notamment une diminution de la sévérité des morsures de queue, un comportement connu sous le nom de caudophagie. Le retrait des truies, à l’inverse, s’accompagne d’une hausse du stress et des interactions agressives chez les jeunes animaux.
« On se rend compte que la truie est un régulateur majeur de la stabilité sociale des porcelets », souligne Arnaud Buchet. L’enjeu est désormais de confirmer ces résultats et d’en mesurer les impacts sur la santé, la croissance et les performances de reproduction.
Un élevage transformé en laboratoire

Pour suivre ces évolutions, le bâtiment a été conçu comme une plateforme expérimentale. Ses cloisons et ses équipements sont modulables. Les espaces peuvent être réorganisés en fonction des protocoles, des types de litière ou des aménagements à tester. Les accès extérieurs peuvent aussi être intégrés aux essais.
L’objectif n’est pas de produire un modèle unique, mais de disposer d’un outil suffisamment souple pour étudier plusieurs configurations. « Chaque élevage est différent, il n’est pas question de dupliquer. Ce lieu permet de créer de la connaissance », rappelle Mickaël Benoist.
La technologie occupe une place importante dans le dispositif. Caméras, capteurs d’ambiance, compteurs d’eau, identification individuelle par puce RFID : autant d’outils pour recueillir des données sur les animaux et leur environnement. Les chercheurs peuvent ainsi suivre la croissance, les consommations et les comportements, mais aussi analyser les interactions au sein du groupe.
Les séquences vidéo servent notamment à observer le jeu, les combats, les déplacements, les comportements alimentaires ou encore les allaitements. Le zonage des animaux dans le bâtiment fait également partie des éléments étudiés. Ces observations doivent permettre de mieux comprendre comment les porcs utilisent l’espace et comment l’aménagement influe sur leur comportement.
Un autre chantier porte sur le jumeau numérique, développé dans le cadre du projet IRIS Twin. En associant les données des capteurs aux images des caméras, cette représentation virtuelle de l’élevage doit permettre, à terme, de repérer des anomalies et de détecter des signes de tension ou de stress. L’objectif est d’aider l’éleveur à intervenir de manière préventive, avant que les difficultés ne s’installent.
Repenser aussi le travail de l’éleveur
Derrière les innovations technologiques et les nouvelles organisations sociales, une autre question demeure : comment rendre ces évolutions compatibles avec le quotidien des éleveurs ?
Le bâtiment doit justement permettre de tester des équipements et des pratiques en tenant compte du travail humain. L’alimentation des truies en lactation lorsqu’elles sont regroupées constitue, par exemple, un sujet d’étude. Elle suppose de revoir les automates de distribution pour répondre aux besoins d’animaux réunis dans un même espace, tout en tenant compte de leur hétérogénéité.
L’Observatoire doit aussi permettre d’évaluer le temps de travail et les contraintes associées aux différentes configurations. Car un système plus favorable aux animaux ne peut être envisagé sans mesurer ses conséquences sur l’organisation de l’élevage, les investissements nécessaires et les résultats économiques.
Pour Mickaël Benoist, l’enjeu est d’objectiver les évolutions possibles. « Que peut-on faire pour progresser ? Que peut-on faire pour avoir une objectivation technique ? », interroge-t-il. Les données recueillies doivent nourrir les échanges entre les équipes de recherche et les éleveurs de la coopérative, dont les remontées de terrain contribuent à orienter les travaux.
À proximité de l’Observatoire, l’élevage classique de la Ville Poissin offre un point de comparaison. Ancienne exploitation du fondateur de la Cooperl, Sébastien Coupé, ce site permet de confronter les résultats obtenus dans le dispositif expérimental à ceux d’un élevage de terrain.
Une vitrine pour préparer les évolutions
L’Observatoire n’a pas vocation à devenir un modèle à reproduire à l’identique dans toutes les exploitations. La Cooperl veut plutôt y éprouver des solutions, vérifier leur pertinence et identifier celles qui peuvent être adaptées à d’autres contextes. Les travaux sur la maternité doivent notamment être déployés au lycée agricole de Pommerit, dans une perspective de moyen terme.
Les essais portent aussi sur la conduite des animaux sans castration, sans meulage des dents et sans caudectomie, c’est-à-dire sans coupe de la queue. Ces choix impliquent de mieux maîtriser les conditions d’élevage, les interactions entre animaux et la prévention des comportements agressifs.
L’étape suivante consistera à pousser plus loin la conduite en compagnie, notamment en échelonnant les mises bas et en travaillant sur des systèmes sans contention. Autant de pistes qui nécessitent encore des essais pour en évaluer les effets et les conditions de mise en œuvre.

« Les éleveurs ont besoin d’investissements réguliers. Il faut lever les préjugés et avoir des évolutions pratiques », estime Mickaël Benoist. Pour la coopérative, l’Observatoire est ainsi autant un outil de recherche qu’un lieu de dialogue avec la société sur les pratiques d’élevage.
Lorsque les rideaux de l’auditorium se referment, l’élevage expérimental reste en activité. Les animaux continuent de se déplacer, de jouer, de s’alimenter et d’interagir. C’est précisément cette vie quotidienne que la Cooperl entend mieux comprendre pour dessiner la suite : un élevage porcin où le bien-être animal, les conditions de travail et la performance économique se construisent à partir de résultats mesurés, et non de seules intentions.
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