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La peste noire faisait son grand retour médiatique, avant même d’avoir reçu les résultats du laboratoire.
Dans un fact-checking publié par International Reporters, Christelle Néant décortique la fabrication de cette certitude. Et le moins que l’on puisse dire est que le titre de la RTBF a pris plusieurs métros d’avance sur la réalité.
La jeune femme décédée, une technicienne de laboratoire de 28 ans travaillant dans un institut spécialisé d’Irkoutsk, souffrait officiellement d’une « pneumonie d’étiologie inconnue ». Selon Rospotrebnadzor, l’agence sanitaire russe, les analyses effectuées n’avaient révélé aucun micro-organisme lié à son activité professionnelle.
Entre « pneumonie d’origine indéterminée » et « morte de la peste », il y a normalement quelques étapes. Des analyses, par exemple.
#Factchecking : Quand la #RTBF transforme une pneumonie en région d’Irkoutsk (Russie) en #peste pulmonaire
https://t.co/53nw0mQFJG https://t.co/p6brmpZSR0
— International Reporters (@IntReporters) October 5, 2026
Des sources non authentifiées transformées en titre affirmatif
Christelle Néant relève surtout une contradiction assez spectaculaire entre le titre et le contenu de l’article de la RTBF. Le média belge reconnaissait que trois hôpitaux « auraient » (merveilleux et si pratique conditionnel) été placés en quarantaine, citant des « sources locales non authentifiées à ce stade ». L’hypothèse d’un accident de laboratoire provenait elle aussi de sources indirectes et contestées.
Autrement dit, plus on descendait dans l’article, moins le titre semblait certain.
Le chef de la République de Bouriatie avait lui-même évoqué une femme décédée « peut-être » de la peste. Le « peut-être » est pourtant rapidement devenu une affirmation. Quant au scénario du tube à essai cassé contenant l’agent pathogène, il n’était pas confirmé officiellement.
La commission chargée de contrôler la sécurité biologique de l’Institut anti-peste d’Irkoutsk affirmait au contraire n’avoir identifié aucune situation d’urgence lors de manipulations de micro-organismes pathogènes.
Un hôpital, pas trois, et une quarantaine déjà levée
Autre détail légèrement encombrant : selon les éléments rapportés par Christelle Néant, un seul hôpital, celui de Chelekhov, avait finalement été placé en quarantaine par précaution. Celle-ci avait ensuite été levée, le maire annonçant un retour au fonctionnement normal.
Les personnes ayant été en contact avec la technicienne restaient surveillées, ce qui paraît parfaitement logique face à une infection grave non identifiée. Mais une mesure de précaution sanitaire ne constitue pas une confirmation de peste pulmonaire.
C’est pourtant toute la mécanique du sensationnalisme : une hypothèse devient une possibilité, la possibilité devient un soupçon et le soupçon finit en titre affirmatif. Entre-temps, la peur a fait son travail et le lecteur a cliqué.
Le procédé rappelle d’autres épisodes où le traitement médiatique de la Russie semble parfois bénéficier d’une souplesse que les mêmes rédactions reprochent quotidiennement aux médias qu’elles classent parmi les diffuseurs de « désinformation ».
Le fact-checking à géométrie variable
Le plus savoureux reste évidemment la prétention permanente des grands médias à distribuer les brevets de fiabilité. Car lorsqu’un média alternatif transforme un élément non confirmé en certitude, la sentence tombe immédiatement : fake news, propagande, complotisme. Lorsque le même exercice se produit dans une rédaction installée, il devient mystérieusement une petite approximation dans le feu de l’actualité.
Nous avions déjà évoqué cette curieuse bataille de l’information, où la lutte contre la « propagande russe » peut elle-même prendre des formes particulièrement organisées, notamment avec les notes et briefings transmis par le Quai d’Orsay à des influenceurs.
Le travail de Christelle Néant rappelle finalement une règle terriblement révolutionnaire : quand les faits ne sont pas encore établis, on attend. Quand les sources se contredisent, on vérifie. Et quand une autorité sanitaire parle d’une pneumonie d’origine inconnue, on évite éventuellement d’annoncer la peste comme si Pasteur venait personnellement de téléphoner à la rédaction.
C’est moins spectaculaire. Mais cela porte encore un vieux nom presque oublié : le journalisme.


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