Les élections régionales en Mecklembourg-Poméranie occidentale ainsi qu’à Berlin confirment une tendance lourde constatée lors du scrutin pour le parlement régional de Saxe-Anhalt: avec 37,9% des voix dans le premier scrutin et 13,9% dans la capitale, la montée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite fondée en 2013 à l’époque contre la gestion de la crise de l’euro par Bruxelles, semble inarrêtable.
Lire aussi: A Berlin, capitale «pauvre mais sexy» devenue bien trop chère, l’enjeu du prix des loyers au cœur des électionsRadicalisée, l’AfD attire aujourd’hui avant tout des jeunes qui rejettent les élites de Berlin et les étrangers, mais aussi les institutions allemandes et européennes. Chez cette frange de la population galvanisée par des slogans ultra-provocateurs comme «La coalition du gouvernement Merz te hait», le passé de l’Allemagne et le travail exceptionnel accompli pour dépasser un sentiment de culpabilité extrêmement prégnant découlant de la Seconde Guerre mondiale paraissent oubliés.
L’alerte relative au triomphe de l’AfD est d’autant plus inquiétante qu’elle découle aussi de l’effondrement d’un parti qui a porté, depuis 1949, la reconstruction et la démocratisation de l’Allemagne. La CDU a occupé en 77 ans six fois sur dix la chancellerie fédérale avec des figures tutélaires comme Konrad Adenauer, Helmut Kohl ou encore Angela Merkel. Ce week-end en Mecklembourg-Poméranie occidentale, avec 5,2 % des votes, le parti a failli purement et simplement disparaître du landtag.
Comment expliquer une telle bérézina? Helmut Kohl a en grande partie réussi la réunification économique, mais ne s’est pas embarrassé de ses aspects culturels. Aujourd’hui, la CDU en paie le prix. Angela Merkel, grande humaniste et bonne gestionnaire de crise, a eu le courage et le pragmatisme d’ouvrir les frontières du pays en 2015 pour accueillir et intégrer dans l’économie près d’un million de migrants. Mais deux échecs majeurs figurent à son bilan: elle n’a rien fait pour réformer et moderniser le pays dont l’inadéquation des infrastructures est criante. Forte de sa sensibilité d’ex-RDA, elle s’est méprise sur les vraies intentions de Vladimir Poutine, pensant que le commerce avec Moscou allait automatiquement permettre la paix.
Lire aussi: Manuela Schwesig, la femme qui veut faire barrage à l’extrême droite en AllemagneQuant à l’actuel chancelier, Friedrich Merz, il s’est senti obligé dimanche d’intervenir publiquement avant même l’officialisation des résultats pour reconnaître le cuisant échec chrétien-démocrate en Mecklembourg-Poméranie occidentale, avouant qu’il s’agit d’un «désastre». Mais aucune intention de sa part de quitter la Chancellerie. A l’image du premier ministre britannique qui est tombé à la suite des résultats désastreux du Parti travailliste lors d’élections locales, Friedrich Merz pourrait ne pas résister à la pression de l’électorat et de son propre parti. Il a beau appeler à la «résilience» et à la «patience» pour remettre le pays sur les bons rails, il n’est pas sûr qu’il parvienne à convaincre - avec une popularité de 14% à l’échelle fédérale et de 7% dans la partie orientale - qu’il demeure le commandant de bord dont la première économie européenne a besoin pour naviguer dans les eaux agitées qui secouent le «paquebot» Allemagne.
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