Il y a une quinzaine d’années, des scientifiques fait une découverte incroyable dans une mine d’or en Afrique du Sud. A plus d’un kilomètre de profondeur, où l’environnement est on ne peut plus hostile, vit le « ver du diable ». Il s’agit de l’animal terrestre vivant le plus profondément jamais découvert alors qu’auparavant, la Science pensait que seuls des organismes unicellulaires pouvaient survivre aussi loin sous terre.
Des fouilles jusqu’à 3,6 kilomètres de profondeur
La mine d’or de Beatrix est une exploitation minière souterraine majeure située en Afrique du Sud, à près de 300 km au sud-ouest de Johannesburg. Ouverte en 1983 et toujours exploitée aujourd’hui, cette mine se situe à une profondeur comprise entre 700 et 2 200 mètres. L’exploitation est d’ailleurs assez connue en raison d’un incident survenu en 2018, lorsqu’une tempête a causé une panne d’électricité, bloquant pas moins de 950 mineurs sous terre durant 30 heures.
En 2011, deux chercheurs – Gaetan Borgonie et Tullis Onstott – ont capturé un animal minuscule (0,5 mm de longueur) dans la mine à 1,3 km de profondeur, comme le révélait à l’époque un article du National Geographic, puis une publication scientifique en 2019. Il s’agissait du ver de l’espèce Halicephalobus mephisto (ou « ver du diable »), un nématode extrêmophile – s’épanouissant dans des milieux mortels pour la majorité des autres espèces. Le ver en question a été extrait de fissures rocheuses contenant de l’eau isolée de la surface depuis 3 000 à 12 000 ans.
Par la suite, les deux scientifiques ont effectué des fouilles jusqu’à 3,6 km de profondeur dans la mine d’or de TauTona, une autre exploitation de la région. Si lors de ces recherches, les experts n’ont pas réussi à attraper de ver vivant dans leurs filtres, ces derniers ont toutefois analysé l’eau s’écoulant des fissures de la roche. Or, ces analyses ADN ont permis de prouver que le ver du diable – et potentiellement d’autres espèces très proches – vivent à plus de 3 500 mètres sous terre.
La mine d'or de Beatrix, lieu de la découverte du ver du diable.Crédit : Borgonie et al., Nature Communications., 2019Une chaleur suffocante, une eau toxique et peu d’oxygène
Avant cette découverte, la Science estimait que seuls des organismes unicellulaires étaient capables de survivre à de telles profondeurs. Il faut dire que l’environnement y est particulièrement hostile : une obscurité totale, une pression écrasante, une température de l’eau et de la roche atteignant 48°C et surtout, un air contenant seulement 21% d’oxygène, soit 1% de moins que le taux relatif à l’eau des océans. D’ailleurs, l’eau dans laquelle baignait l’animal était chargée en méthane et en hydrogène, avec de fortes concentrations de sulfures réduits hautement toxiques. Évoquons également un pH de l’eau entre 5 et 6 (modérément acide) agressant les tissus organiques, ainsi qu’une forte minéralisation (en sels).
« Imaginez que vous êtes un nématode vivant dans la terre de votre jardin. Un jour, il fait une chaleur torride. Soudain, il peut pleuvoir des cordes et inonder le sol, privant ce dernier d’oxygène. Chaque nuit, la température baisse et, en hiver, elle gèle. Autrement dit, les nématodes terrestres subissent un stress constant, du matin au soir, chaque jour.« , avait déclaré Gaetan Borgonie, biologiste et nématologue de l’Université de Gand (Belgique).
A l’époque, la découverte du fameux ver a évidemment repoussé la limite absolue de la biosphère, c’est à dire la zone où l’on considère que la vie est possible sur Terre. Par ailleurs, trouver des traces biologiques à plus de 3,5 km de profondeur démontre que la vie animale ne se contente pas de seulement survivre. En effet, celle-ci s’est installée de manière durable et ce, depuis au moins des milliers d’années.


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