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Pendant que le gouvernement fédéral promet de faire du Canada une destination de choix pour les investissements, un nombre croissant d’entreprises manufacturières semblent plutôt conclure que les meilleures perspectives se trouvent au sud de la frontière.
Selon un nouveau sondage de KPMG Canada, relayé notamment par The Hub et le National Post, 42 % des fabricants canadiens ont déjà transféré ou envisagent de transférer une partie de leur production aux États-Unis. Parmi eux, 29 % ont déjà franchi le pas, tandis que 13 % prévoient le faire prochainement. Plus préoccupant encore, 77 % des entreprises qui planifient un déménagement comptent le réaliser d’ici deux ans.
Le phénomène dépasse largement une simple réaction aux droits de douane américains. Les dirigeants interrogés évoquent un environnement d’affaires plus favorable aux États-Unis, où la fiscalité, la réglementation, les chaînes d’approvisionnement et les possibilités de croissance apparaissent plus attrayantes.
Un signal inquiétant pour Ottawa
Comme le rapporte The Hub, l’économiste en chef de KPMG Canada, Ali Jaffery, estime qu’il ne s’agit pas d’un abandon complet du Canada, mais plutôt d’un «rééquilibrage stratégique» des investissements vers les endroits offrant les meilleurs rendements.
Autrement dit, plusieurs entreprises choisissent désormais d’effectuer leurs nouveaux investissements aux États-Unis plutôt qu’au Canada. Si les sièges sociaux demeurent encore majoritairement au pays, les capacités de production, les investissements et, éventuellement, les emplois risquent progressivement de suivre les usines.
Même les quartiers généraux pourraient finir par migrer. Le sondage révèle que 11 % des fabricants prévoient déplacer leur siège social aux États-Unis au cours des cinq prochaines années.
Les tarifs ne sont qu’une partie du problème
Bien sûr, l’incertitude entourant les tarifs américains et l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) joue un rôle important.
Toutefois, comme le souligne Alex Greco, directeur principal de la fabrication et des chaînes de valeur à la Chambre de commerce du Canada, cité par The Hub, les entreprises évaluent une multitude de facteurs : le coût des affaires, l’efficacité réglementaire, la disponibilité de la main-d’œuvre, les infrastructures, le prix de l’énergie et la proximité des marchés.
Autrement dit, les droits de douane ne font qu’amplifier des faiblesses qui existaient déjà.
Le National Post souligne d’ailleurs que plusieurs entreprises interrogées mentionnent explicitement les coûts d’exploitation plus faibles dans certains États américains, un régime fiscal plus avantageux ainsi que des chaînes d’approvisionnement simplifiées lorsque leurs principaux clients se trouvent déjà aux États-Unis.
Un environnement d’affaires qui inquiète
Pour Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), ces résultats devraient servir d’avertissement au gouvernement fédéral.
Dans une entrevue accordée à The Hub, il affirme que le sondage en dit long sur la qualité de l’environnement d’affaires canadien.
Selon lui, le problème dépasse largement la crise commerciale actuelle. Il rappelle que, dans plusieurs secteurs, le Canada connaît depuis plusieurs années davantage de fermetures d’entreprises que de nouvelles créations.
«Le déclin de l’entrepreneuriat n’a pas commencé avec les tarifs», souligne-t-il. «Dans plusieurs secteurs, il a commencé bien avant que Donald Trump impose les récents droits de douane.»
La FCEI réclame notamment un environnement fiscal plus compétitif, des mesures favorisant l’investissement dans les équipements industriels ainsi qu’une réduction des obstacles réglementaires qui nuisent à la croissance des entreprises.
Les investissements sont déjà gelés
Le sondage de KPMG révèle également que les conséquences se font déjà sentir.
Ainsi, 57 % des fabricants ont réduit, suspendu ou annulé des projets d’investissement au Canada. Par ailleurs, 42 % ont ralenti leurs dépenses en recherche et développement, tandis que 52 % affirment être simplement en «mode survie» en attendant davantage de certitude.
Selon KPMG, ce ralentissement risque d’entraîner une baisse de la productivité canadienne, puisque les nouveaux équipements, les technologies et les capacités de production seront développés ailleurs.
Le National Post ajoute que 32 % des entreprises interrogées disent obtenir de meilleures marges bénéficiaires lorsqu’elles fabriquent et vendent directement aux États-Unis plutôt que d’exporter leurs produits depuis le Canada.
Une crise qui dépasse les droits de douane
Le phénomène s’inscrit dans une tendance plus large.
Comme le rappelle The Hub, le directeur des politiques fiscales de l’Institut Fraser, Charles Lammam, soutient que le Canada traverse depuis près d’une décennie une véritable crise de l’investissement. Les capitaux canadiens quittent le pays plus rapidement que les investissements étrangers ne viennent les remplacer, tandis que l’investissement direct étranger représente aujourd’hui une part de l’économie beaucoup plus faible qu’au milieu des années 2000.
Cette situation soulève un paradoxe pour le gouvernement de Mark Carney, qui souhaite attirer 1 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030. Or, pendant qu’Ottawa tente de convaincre les investisseurs étrangers de venir au Canada, un nombre croissant d’entreprises canadiennes semblent conclure que leur avenir se trouve désormais… aux États-Unis.
Si cette tendance devait se poursuivre, il ne s’agirait plus simplement d’un épisode lié aux tensions commerciales avec Washington, mais d’un symptôme beaucoup plus profond : celui d’un environnement économique que de plus en plus d’entrepreneurs jugent moins concurrentiel que celui de leur principal partenaire commercial.


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