Dans le cadre d’une récente étude, des chercheurs australiens ont testé avec succès une méthode surprenante pour identifier les espèces animales menacées. L’idée est de transformer les moustiques en « observateurs volants de la faune sauvage ». Comment ceci est-il possible ?
Moustiques, ADN et protection de la faune
Il faut savoir qu’aujourd’hui, 41% des amphibiens, 11% des oiseaux et 26% des mammifères sont menacés d’extinction à l’échelle mondiale. Le repérage des ces espèces est donc crucial pour leur protection. Actuellement, les moyens utilisés pour y parvenir combinent des suivis de terrain par différents organismes – notamment l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) – et des technologies de pointe telles que la génétique et l’imagerie satellite. Cependant, une récente étude ayant fait l’objet d’une parution dans la revue Environmental DNA en décembre 2025 décrit un autre moyen possible : le recours aux moustiques.
Les chercheurs de l’Université Macquarie (Australie) ont prélevé l’ADN présent dans le sang de moustiques dans le parc national de Kakadu (Territoire du Nord). L’objectif était d’identifier les animaux vivant dans la zone, notamment les espèces en danger et évidemment vérifier la viabilité de la méthode. En effet, dans la mesure où les moustiques contiennent du sang des animaux dont ils se sont récemment nourris, le fait d’extraire l’ADN à des fins d’analyse permet d’identifier les espèces présentes. Par ailleurs, cette méthode est possible grâce à la capacité des moustiques à digérer rapidement le sang des animaux.
Selon les scientifiques, ces recherches viennent combler un réel besoin en Australie, où le suivi des animaux sauvages est plutôt difficile, en particulier celui des espèces menacées. Or, dans la mesure où l’Australie a perdu un certain nombre d’espèces durant les dernières décennies, les auteurs estiment qu’il est nécessaire d’améliorer les méthodes d’identification et de localisation afin de mieux protéger les espèces restantes.
Source: DRUne méthode très efficace
Dans les faits, les scientifiques ont identifié 51 espèces d’oiseaux et 19 espèces de mammifères après deux nuits consistant à piéger des moustiques. En comparaison, les pièges photographiques habituellement utilisés se sont montrés moins performants, ayant enregistré le passage de seulement dix mammifères en six semaines. De plus, l’ADN de moustique a permis d’identifier des animaux généralement très difficiles à observer, notamment le wallaby-lièvre à lunettes (Lagorchestes conspicillatus) et le mérion leucoptère (Malurus leucopterus).
« L’étude révèle la spécificité du signal de l’ADN de moustique et son potentiel à refléter des schémas écologiques à fine échelle dans un paysage vaste et complexe, ainsi que son potentiel pour la détection d’espèces préoccupantes, incluant la faune introduite et les espèces indigènes menacées. », peut-on lire dans la publication.
Pour les chercheurs, la méthode a le mérite d’être très précise et même plus efficace que les moyens habituels et ce, tout en évitant de capturer des animaux et donc, de les stresser ou de les blesser. Les auteurs de l’étude estiment que les moustiques disposent « de véritables outils naturels de prélèvement biologique » et que ceux-ci peuvent devenir de véritables « observateurs volants de la faune sauvage ». Enfin, il s’agit là d’une preuve supplémentaire que les moustiques, insectes mal aimés, peuvent être utiles. Rappelons également que ces mêmes moustiques sont des pollinisateurs, bien que leur efficacité reste en dessous de celle des abeilles.


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