En survolant un astéroïde de 8 kilomètres baptisé Donaldjohanson, la sonde Lucy de la NASA a percé les secrets d’une collision cataclysmique vieille de 150 millions d’années. Et la découverte la plus surprenante n’est pas sa forme étrange en deux lobes — c’est l’absence totale de petits cratères, révélant une surface étonnamment active.
Ce que vous allez apprendre
- Comment un astéroïde formé il y a 150 millions d’années révèle la naissance de toute une famille de 2 000 corps célestes
- Pourquoi l’absence de cratères de moins de 400 mètres intrigue les planétologues
- Ce que la présence d’eau ancienne dans cet astéroïde révèle sur les débuts du système solaire
Un petit caillou aux origines spectaculaires
L’astéroïde 52246 Donaldjohanson — surnommé DJ — mesure 8 kilomètres de long pour 3,5 kilomètres de large. Modeste à l’échelle du système solaire, il n’en raconte pas moins une histoire violente : il s’est formé il y a environ 150 millions d’années lors d’une collision cataclysmique qui a fragmenté un corps parent en quelque 2 000 astéroïdes, formant ce qu’on appelle aujourd’hui la famille d’Érigone.
La sonde Lucy de la NASA, en mission de douze ans pour explorer huit astéroïdes, a survolé DJ en avril 2025 — sa deuxième cible après l’astéroïde Dinkinesh. Les données récoltées lors de ce passage viennent d’être publiées dans la revue Science.
Deux lobes, un cou lisse, et une absence troublante
Les images du survol ont révélé une structure caractéristique : deux lobes cratérisés reliés par un cou lisse — typique des astéroïdes formés par accrétion progressive de fragments. En comptant les cratères présents, les planétologues estiment l’âge de surface de DJ à environ 155 millions d’années, cohérent avec la collision d’origine de la famille d’Érigone.
Mais un détail intrigue particulièrement Simone Marchi, du Southwest Research Institute : l’absence quasi totale de cratères de moins de 400 mètres de diamètre. Sur un corps céleste aussi ancien, on s’attendrait à observer de nombreux petits impacts récents accumulés au fil du temps.
Un astéroïde géologiquement actif
L’explication proposée par Marchi est que la surface de DJ est constamment remodelée par le mouvement de matériaux meubles — une sorte de régolite mobile qui efface progressivement les petits reliefs et donne au cou de l’astéroïde son aspect particulièrement lisse.
Ce phénomène ne serait pas un processus géologique figé dans un lointain passé. Il se déroulerait à un rythme relativement rapide à l’échelle astronomique — de l’ordre de quelques dizaines de millions d’années tout au plus. Un astéroïde de cette taille, loin d’être un simple bloc de roche inerte, possède donc une dynamique de surface active et continue.
Les traces d’une eau disparue depuis longtemps
La découverte la plus significative concerne la composition chimique de DJ. La présence de phyllosilicates ferreux dans les minéraux de surface indique que le corps parent de la famille d’Érigone abritait autrefois de l’eau liquide — probablement peu après sa formation, à l’aube du système solaire.
Contrairement à d’autres astéroïdes primitifs étudiés comme Bennu ou Ryugu, l’altération chimique provoquée par cette eau ancienne reste limitée sur DJ. Cette différence offre aux chercheurs un point de comparaison précieux pour comprendre comment l’eau a façonné différemment les corps primitifs du système solaire selon leur histoire spécifique.
L’étude est publiée dans la revue Science.


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