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Le rejet des décrets logement aura finalement précipité l’Espagne dans une campagne électorale à haut risque.
Cette fois, ce n’est plus une rumeur madrilène. Le décret royal publié au Bulletin officiel de l’État espagnol ce mardi 6 octobre acte la dissolution du Congrès des députés et du Sénat. Les Espagnols voteront le dimanche 29 novembre et la campagne officielle se déroulera du 13 au 27 novembre.
Autrement dit, après avoir tenté pendant trois ans de faire tenir une majorité parlementaire avec du ruban adhésif, des accords régionaux et beaucoup de patience, Pedro Sánchez rend la parole aux électeurs.
Le logement fait sauter le dernier fusible
Le détonateur immédiat est venu du logement. Deux décrets défendus par le gouvernement ont été rejetés au Congrès vendredi dernier. PP, Vox et Junts ont notamment voté contre. Le PNV s’est également opposé au second texte.
Parmi les mesures figuraient la prolongation de protections contre certaines expulsions, l’encadrement de locations temporaires, la prolongation de certains contrats de location et des restrictions visant les achats spéculatifs de logements par des fonds d’investissement.
Le gouvernement voulait présenter ces textes comme sa réponse à une crise devenue centrale dans le pays. Le Parlement a répondu non. Sánchez a donc choisi une méthode particulièrement efficace pour ne plus avoir de problème avec ce Parlement : le dissoudre.
Le chef du gouvernement avait déjà montré ces derniers mois qu’il pouvait prendre des positions spectaculaires sur la scène internationale. Pedro Sánchez avait notamment refusé que l’Espagne serve de base à l’offensive contre l’Iran, s’attirant les foudres de Washington.
Un scrutin qui dépasse largement l’Espagne
Le vote du 29 novembre sera évidemment observé depuis Bruxelles. L’Espagne reste l’un des grands pays de l’Union européenne et tout changement de majorité peut modifier les rapports de force sur l’immigration, l’énergie, le budget européen ou encore la politique étrangère.
L’Union européenne sait parfaitement regarder avec attention les urnes nationales lorsqu’un scrutin menace de déranger son agenda. Bruxelles cherche déjà à accélérer plusieurs dossiers avant la présidentielle française de 2027. L’Espagne ajoute désormais une élection majeure au calendrier.
Et le contexte n’a rien d’une promenade dominicale. À la crise du logement s’ajoutent les fractures parlementaires et la pression migratoire. Cet été, Ceuta s’était retrouvée confrontée à une arrivée massive de migrants, autre dossier explosif pour le gouvernement.
Sánchez veut encore sauver ses décrets
Petit détail savoureux : dissoudre le Parlement n’empêche pas l’exécutif de tenter de sauver ses mesures sur le logement.
Le gouvernement prévoit de représenter ses deux décrets, légèrement modifiés, afin qu’ils puissent être examinés par la Diputación Permanente, l’organe parlementaire qui reste actif après la dissolution des Cortes. Dans cette formation réduite, les rapports de force ne sont pas exactement les mêmes et le gouvernement pourrait réussir à faire adopter au moins une partie du dispositif sans dépendre de Junts.
La démocratie espagnole entre donc dans une séquence assez remarquable : le Parlement rejette les textes, le gouvernement dissout le Parlement, puis tente de faire adopter les textes par l’organe qui remplace le Parlement dissous.
Rendez-vous le 29 novembre
Pedro Sánchez présente son choix comme un retour devant les citoyens après une législature devenue extrêmement difficile à piloter. Ses adversaires y verront surtout l’aveu qu’une majorité qui dépend en permanence de formations aux intérêts contradictoires finit, tôt ou tard, par manquer de carburant.
Le 29 novembre dira si les Espagnols souhaitent offrir une nouvelle majorité à Sánchez ou profiter de cette consultation anticipée pour changer de conducteur.
À Bruxelles aussi, on regardera le résultat. La défiance envers les institutions européennes progresse dans plusieurs pays et les scrutins nationaux deviennent de plus en plus difficiles à considérer comme de simples affaires intérieures.
Sánchez voulait retrouver une majorité. Il aura d’abord retrouvé les électeurs.


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