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« Ce n’est pas une impression, c’est un fait. » Les crimes commis avec des armes à feu sont bel et bien en hausse sur la Côte-Nord, affirme en ces mots l’ancien responsable des crimes majeurs de la Sûreté du Québec sur la Côte-Nord, Arold Bernatchez.
Selon lui, cette recrudescence de la violence s’explique par un conflit entre organisations criminelles qui cherchent à prendre le contrôle du lucratif marché de la drogue dans la région.
Les données obtenues auprès de la Sûreté du Québec montrent effectivement une augmentation des événements impliquant des armes à feu depuis 2021.
Pour Arold Bernatchez, qui a dirigé pendant huit ans le bureau des crimes majeurs à Baie-Comeau avant de prendre sa retraite après une carrière de 28 ans au sein du corps policier, cette tendance correspond à ce que la Sûreté du Québec désigne comme un « conflit de redevances ».
« Il y a eu une guerre de territoire depuis 2023 qui s’est installée. […] Les actions sont de plus en plus violentes parce qu’il y a une escalade pour savoir qui va avoir le contrôle », résume-t-il.
Une lutte pour un marché lucratif
Selon l’ancien enquêteur, la reprise de la consommation de cocaïne au cours des dernières années a rendu le marché nord-côtier particulièrement attrayant pour les organisations criminelles.
« Le marché de la cocaïne a repris énormément de place », affirme-t-il. « Il s’en consomme beaucoup plus qu’il y a un ou deux ans. Plus il s’en consomme, plus les profits se multiplient. »
Il explique que des gangs de rue, principalement issus des grands centres, tenteraient désormais de prendre le contrôle de territoires auparavant associés aux groupes de motards criminalisés.
Selon lui, ces organisations cherchent d’abord à convaincre les trafiquants locaux de changer d’allégeance en leur offrant de meilleures conditions financières. Si cette approche échoue, les méthodes deviendraient plus coercitives.
« On va y aller par la menace, l’intimidation. Si ça ne fonctionne pas, on va augmenter d’un seuil : faire brûler des voitures, des maisons, faire des menaces de mort, battre du monde ou tirer des coups de feu », explique-t-il.
Pour Arold Bernatchez, les groupes criminels actuels se distinguent par leur façon d’opérer. « Les gangs de rue n’ont pas cette structure-là. Ils passent rapidement à l’action et veulent prendre le contrôle sans attendre. »
Cette réalité explique pourquoi les actes de violence semblent aujourd’hui plus fréquents et parfois moins ciblés. « Ça crée des psychoses collectives et ça met un sentiment d’insécurité énorme dans la population », se désole-t-il.
L’ancien policier se dit également préoccupé par le recrutement de mineurs. « Les gangs de rue recrutent n’importe qui. Ils font miroiter à des jeunes qu’ils vont devenir des gros caïds. […] Ce sont eux qui vont au combat », soutient-il.
Il raconte notamment qu’au printemps dernier, deux individus liés à des gangs de rue se seraient présentés à une fête organisée après un bal de finissants afin de recruter et d’intimider des adolescents de 17 ans. Les policiers seraient rapidement intervenus et auraient procédé à leur arrestation.
Arold Bernatchez a dirigé le bureau des crimes majeurs sur la Côte-Nord pendant 8 ans. Photo courtoisie
Des ressources policières accrues
Malgré la recrudescence des événements violents, Arold Bernatchez estime que les corps policiers disposent aujourd’hui de davantage de moyens pour lutter contre le crime organisé.
Il souligne l’augmentation des effectifs en renseignement criminel, la création d’équipes mixtes regroupant plusieurs corps policiers ainsi que le déploiement de renforts provenant d’autres régions du Québec afin d’appuyer les policiers de la Côte-Nord.
« Il se fait un travail colossal à tous les jours », affirme-t-il.
Selon lui, une partie importante des interventions demeure volontairement peu médiatisée afin de préserver les stratégies d’enquête. « Il y a beaucoup d’arrestations et plusieurs dossiers vont connaître des dénouements à court, moyen et long terme », ajoute-t-il.
Une période charnière
Sans aller jusqu’à parler d’une situation hors de contrôle, l’ancien responsable des crimes majeurs estime que la Côte-Nord traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente en matière de crime organisé.
« La Côte-Nord connaît une de ses très grosses périodes où le crime organisé est présent. Le volume de crimes et le degré de violence sont plus élevés qu’auparavant », estime-t-il.
Selon lui, les armes utilisées dans ces conflits proviennent majoritairement du marché noir.
Malgré tout, Arold Bernatchez demeure convaincu que les efforts actuellement déployés permettront de réduire cette violence.
« Est-ce que les services de police sont en perte de contrôle ? La réponse est non. Leur objectif est d’assurer la sécurité, de prévenir le crime et de l’enrayer. Je fais confiance aux moyens que l’État met en place pour y arriver », conclut-il.
Johannie Gaudreault
Johannie Gaudreault oeuvre dans le milieu journalistique depuis la fin de ses études en Arts et technologie des médias. Ayant toujours un sentiment d'appartenance pour... Lire la suite


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