Châteaux, vignobles, vestiges archéologiques... Ils existent parfois depuis des siècles et ont résisté à moult guerres et catastrophes. Mais les sites patrimoniaux français sont aujourd’hui menacés par les conséquences du réchauffement climatique, alerte ce jeudi le Réseau Action Climat, qui appelle à l’action pour protéger ces vecteurs de notre mémoire collective.

Juliette Mitoyen - Aujourd'hui à 05:00 - Temps de lecture :

Pourra-t-on encore naviguer sur le canal du Midi dans 20 ans ? Ou se promener sur les digues de Saint-Malo dans 40 ans ? Ces questions se posent sérieusement car notre patrimoine culturel est lui aussi particulièrement vulnérable face aux conséquences du changement climatique, alerte un rapport du Réseau Action Climat (RAC) paru ce jeudi. En passant à la loupe 20 sites aux quatre coins de l’Hexagone et de l’Outre-Mer, « on montre que les aléas climatiques qui vont devenir de plus en plus fréquents et violents menacent nos monuments, nos collections, nos vestiges industriels et archéologiques, nos lieux de mémoires, nos savoir-faire. Donc tout ce qui compose notre patrimoine matériel et immatériel », explique Benjamin Crettenand, auteur du rapport et chargé de sensibilisation au changement climatique au RAC.

Inondations, incendies, sécheresse, reculs du trait de côte… Les risques sont multiples. Ce sont les inondations qui mettent en péril les châteaux de la Loire de Chambord ou d’Azay-le-Rideau et leurs collections, de même que les vestiges du bassin minier des Hauts-de-France. Dans la grotte de Lascaux, la température a augmenté de 1 °C en seulement 20 ans sous l’effet du réchauffement de l’atmosphère. Sur nos côtes, les marais salants de Guérande et la ville fortifiée de Saint-Malo deviennent de plus en plus vulnérables aux submersions à mesure que le trait de côte recul.

Des symboles de la gastronomie française sont également sur le gril, comme en Côte-d’Or, où les 1 247 parcelles qui composent les Climats du vignoble de Bourgogne sont aujourd’hui soumises à des conditions météorologiques extrêmes (sécheresses prolongées, gel précoce…) qui transforment l’identité même des vins. Moins visible mais tout aussi inquiétant, à Strasbourg, l’emblématique cathédrale de grès est menacée par l’évolution du climat qui pourrait modifier les conditions dans lesquelles cette pierre vieillit et se dégrade. Et le rapport du RAC est loin d’être exhaustif : l’intégralité des 110 sites gérés par le Centre des monuments nationaux sera fortement exposée à plusieurs aléas climatiques en 2050.

L’économie touristique menacée

Dans un pays où le tourisme représente deux millions d’emplois et 7,5 % du PIB, l’adaptation et la protection du patrimoine sont cruciales pour l’économie française. « Elle passe par l’anticipation des risques, l’entretien des bâtiments, la préparation de plans d’urgence dans les musées pour protéger les collections », énumère Benjamin Crettenand. L’enjeu est également sanitaire : pour continuer à (faire) profiter de notre patrimoine, il faut aussi adapter l’accueil du public et le travail des professionnels aux canicules appelées à se multiplier et s’intensifier.

Mais pour certains sites emblématiques, le glas a peut-être déjà sonné. Sur les plages du Débarquement, difficile de lutter face à l’érosion et à la montée du niveau des eaux, qui pourraient faire disparaître ces vestiges de la Seconde Guerre mondiale. Doit-on préserver ces sites quitte à leur faire perdre leur identité, ou accepter leur disparition ? La question pourrait se poser rapidement au Montenvers, point de vue panoramique sur la Mer de Glace, à mesure que ce glacier du Mont-Blanc continuera de fondre. « C’est un symbole en Haute-Savoie. Mais est-ce qu’il pourrait devenir un observatoire des conséquences du changement climatique, par exemple ? », s’interroge Benjamin Crettenand. « On ne peut pas protéger tous les sites contre tous les aléas. Donc des choix politiques, presque philosophiques, devront être faits… »

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