Les avoirs détenus dans la prévoyance professionnelle ne sont pas soumis à l’impôt sur la fortune et leurs revenus ne sont pas imposés pendant la phase d’épargne. Pour un entrepreneur ou un dirigeant dont le patrimoine est réparti entre entreprise, portefeuille privé, immobilier et prévoyance, le rachat doit donc être considéré dans une vision patrimoniale d’ensemble, et non comme une décision isolée.
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si un rachat est possible, mais combien racheter, quand le faire, avec quelles liquidités et comment l’intégrer à l’ensemble de son allocation patrimoniale.
Mais à quoi sert concrètement un rachat de 2e pilier? Un rachat consiste à verser volontairement un montant dans sa caisse de pension lorsque le règlement et sa situation personnelle le permettent. La capacité disponible dépend notamment de l’âge, du salaire assuré, du plan de prévoyance et des avoirs déjà constitués. Pour les entrepreneurs et dirigeants, elle peut être particulièrement significative lorsque la structure de rémunération ou le plan de prévoyance ont évolué au cours de la carrière.
Un avantage fiscal immédiat, mais qui doit être mis en perspective
Sous réserve du respect des conditions légales, le montant du rachat est déductible du revenu imposable de l’année durant laquelle il est effectué. Le capital transféré dans le 2e pilier sort également de la fortune imposable. L’intérêt peut donc être particulièrement important lors d’une année marquée par un revenu élevé, par exemple après le versement d’un bonus ou d’une rémunération exceptionnelle.
Au moment du retrait, les prestations en capital de la prévoyance restent aujourd’hui imposées séparément des autres revenus selon un barème spécifique.
Prenons un cas concret: un entrepreneur qui dispose d’une capacité de rachat importante et connaît une année de revenus élevés peut décider d’affecter une partie de ses liquidités à un rachat plutôt que de conserver l’intégralité de cette somme dans son patrimoine privé. Le montant versé réduit son revenu imposable de l’année et n’entre plus dans sa fortune imposable. L’économie effective dépend toutefois du canton, de la commune, de la situation familiale et du niveau de revenu: le montant du rachat doit donc être calibré individuellement.
Combien faut-il racheter?
La première étape consiste à déterminer la capacité de rachat disponible auprès de la caisse de pension. Mais disposer d’une capacité de CHF 500 000, par exemple, ne signifie pas nécessairement qu’il faut la combler en une seule fois. Il peut être préférable d’étaler les versements afin de bénéficier de la déduction sur plusieurs exercices fiscaux, en fonction de l’évolution prévisible des revenus et du patrimoine.
Trois stratégies clés peuvent permettre d’optimiser l’utilisation de cette capacité de rachat. Plutôt que de verser un montant important en une seule fois, il peut être avantageux d’échelonner les rachats sur plusieurs années fiscales afin de bénéficier de leur impact fiscal sur plusieurs exercices.
Les liquidités excédentaires, issues par exemple de bonus ou de dividendes, peuvent également être utilisées pour financer ces rachats, sans mobiliser les fonds nécessaires à d’autres projets.
Enfin, la stratégie doit être adaptée à la situation personnelle. Les indépendants et entrepreneurs peuvent notamment disposer de possibilités de rachat liées à des années non cotisées, ce qui peut contribuer à réduire leur revenu imposable et à optimiser leur situation fiscale globale.
Certaines restrictions et délais s’appliquent néanmoins: il est important de noter qu’un délai de 3 ans est requis après un rachat avant de pouvoir retirer les prestations en capital sur la part rachetée. Cela inclut les retraits pour l’achat d’une propriété ou une retraite anticipée. En outre, d’un point de vue fiscal, tout rachat suivi d’un versement en capital dans un délai de trois ans n’est pas déductible fiscalement du revenu de l’assuré. Cette règle vise à éviter les abus fiscaux.
La fin de l’année est donc particulièrement importante: pour pouvoir être pris en compte fiscalement pour l’exercice 2026, le rachat doit être crédité auprès de l’institution de prévoyance suffisamment tôt avant la clôture de l’année. Attendre les dernières semaines de décembre peut donc être trop tardif, notamment compte tenu des démarches administratives préalables.
Entrepreneurs: une marge de manœuvre souvent plus importante
Pour un entrepreneur, la prévoyance professionnelle peut être construite de manière plus personnalisée que dans un plan standard. Selon la structure de l’entreprise et le statut de la personne, indépendante ou salariée actionnaire, des solutions de prévoyance surobligatoire, telles que certains plans cadres ou plans 1e, peuvent permettre d’adapter le niveau de salaire assuré, les prestations et la stratégie de placement.
La réflexion sur le rachat doit donc commencer par l’architecture même du plan de prévoyance: avant de décider combien verser, il faut s’assurer que le bon niveau de revenu est assuré et que le dispositif correspond aux objectifs patrimoniaux du dirigeant.
La réforme de la valeur locative change aussi l’équation patrimoniale
Pour les propriétaires, un autre changement doit désormais entrer dans la planification à moyen terme. À compter du 1er janvier 2029, la valeur locative des logements occupés par leur propriétaire sera supprimée.
En parallèle, la déduction des frais d’entretien sera supprimée dans de nombreux cas et la déductibilité des intérêts passifs sera fortement restreinte, voire supprimée, hors exceptions prévues par la loi. Pour certains contribuables, la diminution, voire la suppression future des déductions liées à l’immobilier pourrait renforcer l’intérêt d’examiner aujourd’hui les autres leviers de planification fiscale, dont les rachats de prévoyance. L’effet dépendra néanmoins fortement de la situation immobilière, hypothécaire et fiscale individuelle.
Le rachat du 2e pilier dans une stratégie patrimoniale globale
Le rachat du 2e pilier est un outil puissant pour anticiper la retraite, optimiser la fiscalité et améliorer la structure patrimoniale globale. Il nécessite cependant une planification minutieuse et une bonne compréhension des règles fiscales. Une analyse de la situation dans son ensemble permet de déterminer comment intégrer au mieux cette stratégie dans la gestion du patrimoine.
Un système de consolidation et de gestion intégrée permet ainsi de repenser l’architecture de la caisse de pension de l’entreprise, avec son propre plan de retraite et/ou compte de libre passage, avec une approche englobant l’ensemble de leurs avoirs. Il est ainsi possible d’allouer au compte de prévoyance des actifs financiers générant des rendements plus élevés, et au compte privé des actifs offrant un rendement inférieur, mais un potentiel de plus-value, afin d’améliorer la performance après impôts sans augmenter le niveau de risque.


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