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William Trudeau n’avait même pas pris la peine d’attendre de voir s’il serait réclamé au ballottage. Il avait déjà pris la direction de Hartford, là où se trouve le club-école des Rangers de New York dans la Ligue américaine.
Ce n’est qu’une fois rendu à l’aréna où s’entraînait le Wolf Pack que le défenseur québécois a reçu un appel l’avisant que les Predators de Nashville avaient retenu ses services.
Il ne l’avait pas vu venir.
En l’espace de deux ou trois heures, raconte Trudeau, il était dans l’avion afin d’aller rejoindre les Predators.
En étant réclamé, l’arrière de 23 ans était assuré d’amorcer la saison dans la LNH. À savoir s’il jouerait des matchs, cela restait à voir. Mais sa situation venait de changer du tout au tout.
Pour le mieux.
Les choses changent très vite, a constaté Trudeau. C'est là qu'on réalise ce qu’est le rythme de vie d'un joueur de hockey. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver, et là on l'a vraiment vécu, ma famille et moi. Dans l’ensemble c’était excitant, c’était stressant, on a vécu beaucoup d'émotions, mais maintenant que ça s'est calmé un petit peu, je pense que tout le monde est bien content de la tournure des événements.
Trudeau a disputé deux matchs avec les Predators et il a de bonnes chances d’en jouer un troisième face au Canadien, jeudi au Centre Bell.
Le chemin le moins célébré
Voir des joueurs au profil plus humble être récompensés pour leurs efforts est toujours bien accueilli dans le hockey. Cela dit, le vétéran Jonathan Marchessault, son nouveau coéquipier à Nashville, a passé quatre saisons complètes dans la Ligue américaine avant d’amorcer sa percée dans la LNH. Il comprend donc ce par quoi est passé Trudeau, et il souligne que la résilience dont il a fait preuve passe trop souvent inaperçue.
On n’entend pas beaucoup d'histoires de même de nos jours, constate l’ailier de 35 ans, qui a vite remarqué chez Trudeau son acharnement, la maturité de son jeu et son efficacité dans les deux sens de la patinoire.
Maintenant, dans le monde du hockey, c'est tout le temps "ce gars-là est un gros espoir, on lui donne deux ans au collège et il s'en vient sur le deuxième trio, sur l’avantage numérique et il a toutes les chances du monde". Des gars comme Will, ça trime dur.
Chez le Rocket de Laval, où Trudeau a joué pendant quatre saisons, ses anciens coéquipiers se réjouissent également.
Le vétéran Alex Belzile répète à qui veut l’entendre que, même si les joueurs de la Ligue américaine appartiennent à une organisation, des observateurs d’autres équipes sont toujours aux aguets et suivent leur progression. Il suffit d’une personne et d’un moment pour changer le cours d’une carrière.
Il est heureux que cela ait été le cas pour Trudeau.
Ce n'est pas que Trudeau n’avait pas de chance à Montréal, c'est juste que, quand tu es une équipe de tête dans la Ligue nationale, tu as vraiment beaucoup de profondeur, et c'est rare que tu vas avoir beaucoup de place dans la formation, a dit Belzile. C'est un petit peu ce qui est arrivé, et il y a d'autres joueurs comme lui dans cette situation-là.
Mais tu ne sais jamais quand le téléphone va sonner, alors il faut que tu sois prêt quand ça sonne. Tu ne peux pas t’apitoyer sur ton sort, être une victime là-dedans, dire que tu n’as pas de chance ou dire "regarde lui et regarde l’autre". Essayer de se comparer, c'est la pire affaire à faire. William est un pur exemple du fait que ça change vite dans le hockey. Tu ne sais jamais.

William Trudeau a passé quatre saisons avec le Rocket.
Photo : Gracieuseté : Rocket de Laval
Qui veut d'un poste?
Dès la saison dernière, Trudeau voyait bien que ses chances d’atteindre un jour la Ligue nationale passaient probablement par un changement d’organisation, et qu’il lui revenait de bien jouer afin de convaincre une équipe de faire son acquisition.
C’est ce qui s’est produit cet été quand le Canadien l’a cédé aux Rangers en échange de l’attaquant Brett Berard.
Son transfert à Nashville, en revanche, est le fruit d’une situation un peu particulière.
Un camp d’entraînement écourté a suffi pour que le nouveau DG Chris MacFarland juge sa brigade défensive insatisfaisante. Il a soumis au ballottage les vétérans Nick Perbix et Ilya Lyubushkin, mais leurs contrats respectifs ont découragé les autres équipes.
MacFarland a donc réclamé Trudeau afin d’ajouter une option et de laisser la compétition interne déterminer qui seraient ses défenseurs réguliers.
Au moment de soumettre leur formation de début de saison à la LNH, les Predators avaient neuf défenseurs sur leur liste.
On cherche quelqu’un qui va vraiment s’imposer, a expliqué l’entraîneur-chef, Andrew Brunette. Je trouve que tout le monde a été assez ordinaire dans l’ensemble. C’est vraiment difficile d’avoir une bonne continuité avec des partenaires de jeu quand personne ne joue vraiment à un haut niveau. On essaie donc différentes combinaisons.
Quant à William, je trouve qu’il a plutôt bien joué lors des deux derniers matchs. On verra s’il parvient à s’imposer dans un rôle précis. (Adam) Wilsby, lui, il a été un peu irrégulier. Ses bons matchs ont vraiment été très bons, tandis que ses mauvais matchs ont juste été moyens. On espère qu’il fera un pas en avant en tant que jeune défenseur.
Et les autres éléments, lorsqu’ils sauteront sur la glace, qu’ils s’arrangent pour que je ne les remplace pas.
On dirait bien que la trentaine de billets qu’a pu trouver Trudeau en vue du match de jeudi en vaudront la peine.
Compétitif et travaillant
Pour l’instant, l’arrière originaire de Varennes ne regarde pas plus loin que cette prochaine rencontre. Il obtient présentement une audition qu’il n’a jamais obtenue à Montréal, faute de place, et il entend en profiter.
Je crois en mes chances de jouer dans la Ligue nationale. Je ne pense pas que Montréal ne croyait pas en moi, mais c'est une question de timing et d'opportunités. Ce n’est pas partout la même situation qu’à Montréal. C'est pour ça que je suis ailleurs.
Cette situation instable à la ligne bleue des Predators apporte un certain bénéfice à être le dernier arrivé. Car si le constat de départ était que le personnel en place était insatisfaisant, Trudeau devrait avoir une véritable chance de faire partie de la solution.
En dépit d'un temps d’utilisation très limité à ses deux premiers matchs, Brunette a vu en lui un joueur compétitif et travaillant qui, pour le moment du moins, sacrifie un peu d’offensive afin de bien intégrer le système de jeu de sa nouvelle équipe.
Même s’il vient tout juste de faire ses premiers pas dans la LNH, Trudeau ne trouve pas que l’ajustement a été si ardu.
Il y a certaines facettes, je pense, où le jeu va plus vite, les gars sont bien plus habiles et les lancers rentrent fort. Il y a tout ce côté-là auquel je m'habitue. D’un autre côté, tout ce qui concerne ce que je fais sur la glace, je savais où ce que je m'en allais. Dans mes sorties de zone et toutes ces petites affaires-là, j’ai été capable de faire mes jeux sans avoir besoin d’avoir un ou deux matchs pour m’adapter.
L’aventure commence.


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