À retenir
- Le lac Karla a été totalement vidé en 1962 via un tunnel vers le golfe Pagasétique pour gagner des terres agricoles et réduire les inondations.
- La disparition du lac a provoqué la salinisation des sols, la désertification et l’épuisement des nappes souterraines, contractant l’économie locale.
- Depuis 2000, la Grèce restaure un réservoir de 38 km² alimenté par pompage, classé Natura 2000 et Ramsar, où flamants et pélicans sont revenus.
Sommaire
Un lac qui retenait l’eau, supprimé pour la rendre inutile
Le lac Karla, en Thessalie, à l’est de Larissa, a été totalement vidé en 1962 par un tunnel creusé vers le golfe Pagasétique, du côté de Volos. L’objectif était de gagner des terres agricoles et de mettre fin aux inondations. Il a fallu relancer un chantier inverse à partir de 2000 pour recréer un réservoir de 38 km².
Le chiffre de 180 km² est un maximum saisonnier, pas une taille fixe.
L’ancien lac Boibéis, celui de l’Antiquité, dépendait des crues du Pénée et des eaux de ruissellement du bassin. Sa surface oscillait, selon les saisons, entre 40 et 180 km², pour une profondeur de moins de 2 mètres. Les chercheurs grecs y voient l’une des zones humides les plus importantes du pays, avec une pêche qui faisait vivre les villages riverains. Surtout, il jouait le rôle de réservoir naturel et rechargeait la nappe souterraine.
Dans les années 1950 et 1960, l’État a vu surtout une plaine inondable à convertir. La vidange complète s’est achevée en 1962, et le fond du lac est devenu un champ.
Le prix d’une plaine gagnée sur l’eau
Les chercheurs Sidiropoulos, Chamoglou et Kagalou, dans la revue European Water en 2017, résument les suites de cette décision. Le bassin a connu un bilan hydrologique négatif, avec salinisation des sols, désertification et affaissement du terrain. L’économie locale s’est contractée, c’est-à-dire l’inverse de ce que visaient les promoteurs du projet.
Un reportage de 2009 du Circle of Blue y ajoute l’érosion des sols, l’épuisement des eaux souterraines et la perte de faune. Il rappelle aussi que les puits illicites, très répandus dans la région, aggravaient la pression sur la nappe. Je ne chiffrerai pas la baisse de la nappe en mètres : les sources que j’ai consultées ne la donnent pas de façon vérifiable.
La décision ministérielle 112839 date du 18 décembre 2000.
Un nouveau lac, mais pas le même
Ce texte lance la « réinondation de l’ancien lac Karla ». Le nouveau réservoir couvre 38 km², pour une profondeur maximale de 4,5 mètres, et il est alimenté par pompage dans le Pénée. Sa capacité avoisine 200 hm³, de quoi irriguer 9 000 hectares et alimenter la ville de Volos. Le centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) indique un investissement de 245 millions d’euros, un montant qui couvre l’ensemble du dispositif (pompages et irrigation compris) et pas seulement la remise en eau.
Avec 38 km², le plan d’eau reste en dessous du minimum de l’ancien lac, qui ne descendait pas sous 40 km². Il représente environ un cinquième de son extension maximale. Il se remplit par pompage, là où l’ancien lac recevait les crues du fleuve. Parler d’un lac « revenu comme avant » serait donc faux.
Quand le remède a ses propres poisons
Le deuxième retournement tient à la qualité de l’eau. Le réservoir, très chargé en nutriments, connaît des efflorescences de cyanobactéries productrices de microcystine, une toxine qui a touché les poissons. En 2013, Papadimitriou et ses collègues ont publié dans Science of the Total Environment une étude sur ce phénomène. Son titre évoquait un « lac tueur » né artificiellement, et le surnom vient de là, pas d’un constat officiel.
Les chercheurs décrivent un plan d’eau eutrophe, soumis aux apports agricoles de son bassin versant. Ils notent que les premières années de la remise en eau, entre 2010 et 2012, ont été marquées par des changements d’usage des sols, des modifications des flux hydrologiques et un excès de produits chimiques.
Le bilan n’est pourtant pas qu’un échec. Le site est aujourd’hui classé Natura 2000 et Ramsar, et les flamants et les pélicans y sont revenus. Les spécialistes le décrivent comme un exemple rare à l’échelle européenne, celui d’un lac asséché puis restauré, qui doit désormais arbitrer entre irrigation, biodiversité et qualité de l’eau.
Entre la vidange de 1962 et la remise en eau, achevée autour de 2010-2012 selon les études, il s’est écoulé près d’un demi-siècle. Pendant ce temps, la plaine de Thessalie a fonctionné sans le tampon que le lac lui offrait gratuitement.
Sources : circleofblue.org | aroundus.com


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