Neuf heures du matin plutôt que trois heures de l’après-midi : ce simple décalage d’horaire aurait suffi à booster l’efficacité du vaccin antigrippal chez les personnes âgées, selon une étude britannique restée l’une des références sur la question. Des chercheurs de l’université de Birmingham ont suivi 276 patients de plus de 65 ans répartis dans 24 cabinets médicaux du West Midlands, en Angleterre, et ont observé que ceux vaccinés le matin développaient davantage d’anticorps un mois plus tard que ceux vaccinés l’après-midi. Un résultat qui, sur le papier, ne coûte rien à appliquer : il suffirait de reprogrammer les rendez-vous.
À retenir
- Des chercheurs britanniques ont testé l’impact de l’horaire de vaccination sur 276 seniors en cabinets médicaux
- Les résultats montrent des écarts importants d’anticorps selon que la vaccination se faisait le matin ou l’après-midi
- Le cortisol, cette hormone libérée au réveil, pourrait être la clé pour comprendre pourquoi le timing change tout
Sommaire
- Un essai clinique bâti pour éliminer le hasard
- Des anticorps plus nombreux, mais pas pour toutes les souches
- Le cortisol du matin, chef d’orchestre suspecté
- Un effet qui ne se confirme pas partout
Un essai clinique bâti pour éliminer le hasard
L’étude, publiée dans la revue Vaccine et menée par Jenna Long et son équipe, n’a rien d’une observation informelle glanée sur quelques patients. Les 24 cabinets médicaux du West Midlands ont été répartis entre créneaux matinaux (9h-11h, 15 cabinets) et créneaux d’après-midi (15h-17h, 9 cabinets) pour la campagne annuelle de vaccination antigrippale, incluant 276 adultes de 65 ans et plus, sans infection en cours, ni trouble immunitaire, ni traitement immunosuppresseur. La vaccination s’est déroulée entre 2011 et 2013, avec une prise de sang avant l’injection puis un mois après pour mesurer précisément l’évolution du taux d’anticorps.
Ce choix méthodologique, la randomisation en grappes de cabinets entiers plutôt que de patients individuels, a son importance. Il permet d’éviter qu’un même cabinet mélange des créneaux matin et après-midi, ce qui aurait brouillé les résultats. Les chercheurs présentent d’ailleurs ce travail comme le premier essai randomisé à grande échelle testant différents horaires de vaccination. Avant cela, seules de petites études, aux résultats contradictoires, avaient exploré la piste.
Des anticorps plus nombreux, mais pas pour toutes les souches
Le vaccin testé ciblait trois souches grippales : A/H1N1, A/H3N2 et la souche B. Résultat ? Contrasté, mais parlant. L’augmentation du taux d’anticorps différait selon le moment de l’injection, avec une différence moyenne significative pour la souche A/H1N1 et pour la souche B, mais pas pour la souche A/H3N2. sur les trois cibles du vaccin, deux ont montré une réponse nettement meilleure chez les patients vaccinés le matin.
Les chiffres bruts donnent une idée de l’ampleur de l’écart. Pour la souche H1N1 notamment, la différence entre les deux groupes dépassait largement la marge d’erreur statistique, avec une valeur p de 0,03, ce qui, en recherche médicale, signale un résultat difficilement attribuable au hasard. Une correction publiée ultérieurement par les auteurs a légèrement nuancé l’ampleur de l’effet pour la souche B, la faisant passer du statut de résultat significatif à celui de tendance, mais l’orientation générale du résultat, en faveur du matin, restait la même. Aucune différence en revanche n’a été observée pour la souche H3N2, ce qui invite à ne pas généraliser trop vite l’effet à toutes les composantes vaccinales.
Le cortisol du matin, chef d’orchestre suspecté
Pourquoi une simple histoire d’horloge changerait-elle la donne ? L’hypothèse avancée par les chercheurs tient au rythme circadien du système immunitaire. Le corps humain ne fonctionne pas de la même façon à 9 heures et à 17 heures : le cortisol, cette hormone du stress qui module aussi l’activité immunitaire, atteint son pic naturel au réveil avant de décliner progressivement au fil de la journée. Or cette hormone influence directement la façon dont les lymphocytes T, des cellules clés de la réponse immunitaire, réagissent à un antigène comme celui contenu dans un vaccin.
L’équipe de Birmingham a justement analysé, en parallèle des anticorps, les concentrations de cytokines et d’hormones stéroïdiennes prélevées au moment de la vaccination. L’idée : identifier un mécanisme biologique capable d’expliquer pourquoi le matin semble plus propice. Chez les personnes âgées, le phénomène prend un relief particulier. Le déclin de l’immunité lié à l’âge réduit la capacité des seniors à produire une réponse anticorps suffisante après vaccination, ce qui rend chaque point de pourcentage d’efficacité gagné d’autant plus précieux face à une maladie qui reste loin d’être anodine. La grippe est responsable de 250 000 à 500 000 décès chaque année dans le monde, et les personnes âgées représentent la plus grande part des hospitalisations et des décès liés au virus.
Un effet qui ne se confirme pas partout
Voilà pour la théorie séduisante. Mais la science avance rarement en ligne droite. Une étude plus récente, publiée début 2025, a tenté de reproduire cet effet chez une cohorte plus jeune (moyenne d’âge 57 ans, contre 71 ans dans l’étude initiale) en testant à la fois le vaccin antigrippal et un vaccin antipneumococcique. Le moment de la journée n’a cette fois pas modifié les réponses anticorps à court ou long terme contre la grippe. Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent la contradiction : ayant précédemment montré qu’une vaccination matinale pouvait être plus immunogène chez les personnes âgées, ils ont cherché à savoir si ce constat se reproduisait dans une population plus jeune. La réponse, apparemment, est non.
Cette nuance ne balaye pas pour autant l’intérêt de l’étude originale. Elle rappelle simplement que l’effet de l’horloge biologique sur l’immunité vaccinale semble dépendre de l’âge, et probablement du type de vaccin utilisé, puisque des travaux similaires menés sur les vaccins contre le Covid-19 ou l’hépatite A ont, eux aussi, livré des résultats variables selon les populations étudiées. Reste une piste concrète pour les praticiens qui vaccinent des patients de plus de 65 ans en pleine campagne hivernale : privilégier, quand l’organisation du cabinet le permet, les rendez-vous du matin plutôt que ceux de la fin de journée.
Sources : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov | sciencedirect.com


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