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En tirant depuis la Terre trois grenades sur la Lune en 1972, les Américains ont littéralement sondé son sous-sol à coups d’explosifs

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Sur le site de Descartes, là où les astronautes d’Apollo 16 ont posé le pied, un drôle d’engin attend toujours ses ordres. Un mortier capable de tirer des grenades explosives jusqu’à 1 500 mètres, piloté depuis la Terre, bien après le départ de l’équipage. Son histoire mêle ingéniosité, imprévus techniques et sismologie lunaire.

À retenir

  • Sur les quatre grenades prévues (150, 300, 900 et 1 500 m), seules trois ont été tirées avec succès depuis la Terre, le tir le plus lointain ayant échoué à cause d'un capteur d'angle de tangage hors échelle.
  • Cette expérience sismique active (S-033), pilotée par Robert Kovach de Stanford, visait à sonder la structure du régolithe lunaire grâce à un mortier de 11,2 kg associé à 21 initiateurs explosifs.
  • Contrairement à Apollo 14 dont le tir n'a jamais pu être déclenché, la sismologie lunaire de la NASA devrait reprendre avec la Farside Seismic Suite, attendue entre 2026 et 2027 selon les sources.

Un mortier oublié sur la lune depuis plus de 50 ans

Quand on pense au matériel laissé par les missions Apollo sur la Lune, on imagine volontiers des rovers, des drapeaux ou des sismomètres. On pense rarement à un lance-grenades. Pourtant, c’est bien ce type d’instrument qu’Apollo 16 a déployé sur le site de Descartes, une région montagneuse choisie pour ses caractéristiques géologiques particulières.

Ce mortier faisait partie de l’expérience sismique active, baptisée S-033 dans la nomenclature de la NASA. Son rôle n’avait rien d’anecdotique : il s’agissait de provoquer de petites explosions contrôlées pour étudier la structure du sol lunaire en profondeur, un peu comme on sonde une pièce en tapant dessus pour deviner ce qu’elle contient.

L’ensemble, associé à un dispositif appelé le thumper et équipé de 21 initiateurs explosifs, pesait 11,2 kilogrammes pour une consommation de 9,75 watts. Des chiffres modestes, presque dérisoires face à l’ambition du projet, piloté scientifiquement par Robert Kovach, de l’université Stanford.

Quatre tirs programmés pour sonder les entrailles du régolithe

Le principe de l’expérience sismique active de la NASA reposait sur une mécanique précise. Quatre grenades devaient être tirées à des distances bien définies du sismomètre, 150, 300, 900 et 1 500 mètres, pour mesurer la façon dont les ondes se propagent dans le régolithe, cette fine couche de poussière et de débris rocheux qui recouvre la surface lunaire.

Chaque grenade possédait une masse différente selon la portée visée. La plus légère, 695 grammes, était destinée au tir le plus proche, tandis que la plus lourde, 1 261 grammes, devait atteindre la distance maximale de 1 500 mètres. Une logique simple mais efficace, pensée pour obtenir une image en profondeur du sous-sol.

Le mortier avait été correctement mis à niveau et armé pour tirer sur commande. Mais la Lune, même silencieuse et immobile en apparence, réserve parfois des surprises techniques, et ce dispositif allait rapidement en faire l’expérience.

Une détonation silencieuse déclenchée après le départ des astronautes

Les tirs ont eu lieu après le départ de l’équipage, entièrement commandés depuis la Terre. L’ALSEP, le réseau d’instruments scientifiques laissé sur place, avait été basculé en mode haut débit pour l’occasion, entre 05h20 et 06h44 GMT. Pas un seul humain présent sur le sol lunaire pour assister à ces explosions programmées à distance.

Trois grenades ont été tirées avec succès, dans cet ordre : celle de 900 mètres, puis celle de 150 mètres, et enfin celle de 300 mètres. La plus grosse, destinée aux 1 500 mètres annoncés dans certains récits populaires, n’a en revanche jamais quitté le mortier. Le capteur d’angle de tangage était passé hors échelle, rendant le tir impossible.

Le tir le plus puissant a tout de même eu un effet mesurable : il a incliné le capteur de l’expérience sismique passive de 3 secondes d’arc vers le sud, une variation infime mais révélatrice de la force dégagée. Les deux tirs plus modestes, eux, n’ont laissé aucune trace détectable.

Le déploiement n’avait d’ailleurs pas été parfait dès le départ. Sur les quatre piquets destinés à fixer le mortier, un seul n’a pas pu être enfoncé correctement, sa goupille s’étant tordue et bloquée. Un détail technique qui rappelle que même les missions les mieux préparées composent parfois avec l’imprévu.

À titre de comparaison, Apollo 14 n’a jamais eu cette chance. Une tentative de tir avait été envisagée en fin de vie de son ALSEP, mais la liaison montante avait été perdue et les condensateurs d’armement ne se rechargeaient plus après un long séjour en surface. La capacité de commande du poste central avait été définitivement perdue en mars 1975.

Depuis, la sismologie lunaire version NASA est restée en sommeil. Mais cela pourrait bientôt changer avec la Farside Seismic Suite, livrée via l’initiative CLPS dans le bassin de Schrödinger. Elle doit fournir les premières données sismiques lunaires de l’agence depuis Apollo, près de 50 ans plus tard, même si les calendriers annoncés diffèrent selon les sources, entre juin 2026 pour le CNES et 2027 pour le JPL.

En attendant ces nouvelles données, le mortier d’Apollo 16 continue son sommeil immobile sur le site de Descartes. Trois grenades tirées, une quatrième restée muette, et un petit bout d’histoire spatiale qui témoigne à la fois de l’ingéniosité des équipes au sol et des limites bien réelles de la technologie des années 1970.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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