6 h 26, le 24 août 2001. Au-dessus de l’Atlantique, le second moteur de l’Airbus A330 du vol Air Transat 236 s’arrête à environ 120 km de la base aérienne de Lajes, aux Açores. À bord se trouvent 293 passagers et 13 membres d’équipage, soit 306 personnes.
Le moteur droit s’était éteint 13 minutes plus tôt.
À retenir
- Le vol Air Transat 236 a perdu ses deux moteurs au-dessus de l’Atlantique en 2001.
- L’avion a plané environ 19 minutes sur les 120 km restants jusqu’à la base de Lajes, aux Açores.
- Les 306 occupants ont survécu, et l’A330 a repris du service quatre mois plus tard.
Sommaire
6 h 13 : le premier moteur cède, la piste est encore à 280 km
Le vol relie Toronto à Lisbonne, de nuit. Quand le premier moteur s’arrête, l’appareil vole à 39 000 pieds, soit près de 12 000 mètres, et se trouve à environ 280 km de Lajes. Le commandant Robert Piché et son copilote Dirk de Jager ont déjà décidé de se dérouter vers les Açores et déclaré une urgence carburant.
Piché amorce une descente vers 33 000 pieds, l’altitude qui correspond à un vol sur un seul moteur pour la masse de l’avion. L’équipage transmet un message de détresse. Treize minutes plus tard, le moteur gauche s’arrête à son tour, et il reste environ 120 km à parcourir, à peu près la distance qui sépare Paris de Rouen. Une petite turbine de secours se déploie automatiquement dans le flux d’air pour alimenter les instruments et les commandes de vol indispensables.
Sans moteurs, plus d’air prélevé pour pressuriser la cabine non plus. Le temps joue désormais contre l’équipage, et la seule piste utilisable se trouve sur l’île de Terceira, un point minuscule à environ 1 400 km à l’ouest du Portugal.
19 minutes de vol plané pour couvrir 120 km
19 minutes, c’est la durée d’un épisode de série court. C’est aussi le temps pendant lequel l’A330 a plané sans la moindre poussée pour couvrir ces 120 km jusqu’à Lajes.
Un avion de ligne privé de moteurs ne tombe pas, il descend en planant, à un rythme que l’on peut calculer mais pas négocier. Les contrôleurs de la base guident l’appareil grâce à leur radar. Lajes dispose d’un radar primaire militaire, précieux ici parce que le transpondeur de l’avion était tombé en panne, ce qui le rendait invisible sur un radar secondaire. Les pilotes ont aussi écarté l’idée d’un amerrissage, jugé trop dangereux.
La base apparaît quelques minutes plus tard.
Piché doit alors perdre de l’altitude plutôt que d’en chercher. Il exécute un virage complet à 360°, puis une série de virages en S pour dissiper l’excès de hauteur. Aucune remise de gaz n’est possible, puisqu’il n’y a plus de moteurs, donc une seule approche. Les 306 occupants sortent vivants de l’appareil, même si l’évacuation d’urgence a fait des blessés.
Ce que les enquêtes ont retenu, et ce que cela a coûté
Les enquêtes ont conclu à des erreurs de maintenance et de pilotage. Le rapport est arrivé près de 3 ans après les faits et a mis en cause, en partie, le commandant. Piché a répondu qu’aucun instrument ne lui permettait de comprendre ce qui se passait et qu’il n’avait eu que quelques minutes pour sauver ses passagers.
Air Transat a été condamnée à une amende, dont le montant varie selon les sources, entre 250 000 et 1 million de dollars. La compagnie a aussi indemnisé des passagers.
Une offre de 12 500 dollars par passager a d’abord été faite, soit environ 8 800 dollars une fois les frais déduits. Un règlement de 7,65 millions de dollars a ensuite été conclu pour 175 passagers. Cela représente environ 43 700 dollars par personne, plus de 3 fois l’offre de départ.
Ces chiffres montrent à quel point un vol de 19 minutes sans moteur peut peser longtemps sur ceux qui l’ont vécu. Ils laissent aussi entrevoir un bilan humain qu’aucun communiqué ne chiffre vraiment. Certains passagers ont gardé des séquelles, dont des troubles de stress post-traumatique.
Après l’Atlantique : deux carrières, une fondation
En 2010, Piché pilotait encore pour Air Transat et de Jager pour Emirates.
Le commandant n’a jamais revendiqué le titre de héros. Il a dit en substance qu’il se serait volontiers passé de cette épreuve. En 2007, il a créé une fondation consacrée au traitement des addictions, un engagement sans lien direct avec l’aviation. Vingt ans après les faits, l’Organisation de l’aviation civile internationale lui a consacré une vidéo, preuve que l’épisode sert toujours de cas d’école.
L’A330 impliqué, lui, a été réparé et est reparti en service chez Air Transat en décembre 2001, quatre mois après l’atterrissage aux Açores.
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Sources : ici.radio-canada.ca | migflug.com


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