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En simulant une compensation carbone à l’échelle de la planète, des chercheurs allemands ont littéralement dû sacrifier plus d’un quart des terres agricoles mondiales

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Et si la fameuse compensation carbone, celle que l’on nous vend comme une baguette magique pour effacer nos émissions, n’était en réalité qu’un pari perdu d’avance ? L’idée paraît séduisante sur le papier : nous continuons à émettre du CO2, et pour rééquilibrer la balance, on plante des arbres à tour de bras. Le problème, c’est que lorsqu’on sort la calculatrice et qu’on simule cette opération non pas dans un coin de forêt, mais à l’échelle de la planète entière, le résultat a de quoi glacer le sang. Des chercheurs allemands, en modélisant ce scénario, ont abouti à un constat vertigineux : pour absorber nos émissions par la seule force de la végétation, il faudrait littéralement rayer de la carte plus d’un quart des terres agricoles mondiales. Autrement dit, sacrifier les champs qui nourrissent l’humanité pour verdir notre bilan carbone. Un marché de dupes qui mérite qu’on s’y attarde.

Un quart des terres agricoles rayées de la carte pour compenser nos émissions

Imaginez un instant que l’on décide de compenser la totalité de nos émissions actuelles en misant sur la biosphère, c’est-à-dire sur les plantes et les arbres qui captent naturellement le carbone. C’est exactement l’exercice auquel se sont livrés des scientifiques de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur les impacts climatiques. Leur simulation, poussée à l’échelle planétaire, révèle une équation implacable : pour capturer une quantité significative de CO2 par la végétation, il faudrait mobiliser des surfaces colossales, au point d’empiéter sur les terres qui produisent notre alimentation.

Le chiffre est brutal. Compenser massivement nos rejets supposerait de convertir plus d’un quart des terres agricoles mondiales en zones dédiées au captage du carbone. On parle ici de champs de blé, de rizières, de vergers, transformés en plantations forestières. Le remède, on le comprend vite, risque d’être pire que le mal : comment nourrir une population mondiale en pleine croissance si l’on ampute d’un tiers, presque, notre garde-manger collectif ?

Planter des arbres partout : le calcul qui ne tient pas la route

L’arbre a bonne presse, et à juste titre. Planter des forêts reste un geste noble et utile. Mais élever cette pratique au rang de solution miracle revient à confondre un pansement avec un remède de fond. Car les végétaux, aussi vaillants soient-ils, ne travaillent pas à la vitesse de nos usines. Une forêt fraîchement plantée met des années, voire des décennies, avant de séquestrer des quantités réellement significatives de carbone. Pendant ce temps, nos cheminées et nos pots d’échappement continuent, eux, de cracher sans attendre.

Ce décalage temporel est le talon d’Achille de toute stratégie de compensation par le reboisement. On émet aujourd’hui, on espère compenser demain. Et même dans les régions les plus favorables, les forêts n’absorbent qu’une fraction des émissions : à titre de comparaison, l’ensemble des forêts d’un grand pays industrialisé ne capte qu’un peu plus de 14 % de ses rejets annuels. Miser sur la seule végétation pour effacer notre ardoise revient donc à jouer une partie que l’on a déjà, mathématiquement, perdue d’avance.

Détruire un puits de carbone pour en fabriquer un autre

Voici sans doute le paradoxe le plus déroutant de toute cette affaire. Pour créer de nouveaux puits de carbone, il faudrait, dans bien des cas, en détruire d’autres qui existent déjà. En effet, planter des essences très productives à grande échelle suppose de remplacer de vastes surfaces d’écosystèmes naturels et de terres cultivées. Or, ces prairies, ces forêts primaires, ces sols vivants stockent eux aussi d’énormes quantités de carbone. On déshabille Pierre pour habiller Paul.

Les plantations pensées uniquement pour le captage, notamment dans les régions tropicales, illustrent parfaitement ce piège. Elles menacent la biodiversité pour un bénéfice climatique souvent limité. Le carbone n’est pas la seule richesse d’un écosystème : une monoculture d’arbres ne vaut pas une forêt foisonnante de vie. La conclusion des chercheurs est sans appel : le retrait de carbone par la biosphère ne peut pas servir de solution de dernier recours. Ce n’est pas le héros qui débarque à la fin pour sauver la situation, mais un simple acteur de soutien, à activer dès maintenant, sans jamais oublier que le rôle principal revient à la réduction des énergies fossiles.

Ce que valent vraiment les crédits carbone que vous achetez

Chaque fois que vous cochez la case « compensation carbone » en réservant un billet d’avion, vous financez un crédit censé annuler votre empreinte. Mais tous ces crédits ne se valent pas, loin de là. Mesurer précisément le carbone réellement stocké est une opération coûteuse et complexe, qui exige des tests intensifs et un suivi continu. Sans cette vérification rigoureuse, un crédit peut n’être qu’une promesse en l’air, une compensation sur le papier qui ne retire pas un seul gramme de CO2 de l’atmosphère.

C’est bien là tout l’enjeu pour le consommateur. Derrière le mot rassurant de « compensation » se cache parfois un investissement dont le rendement écologique est proche de zéro. La prudence des investisseurs vis-à-vis de l’agriculture du carbone, freinée par ces mêmes complexités et coûts, en dit long. Avant d’acheter sa bonne conscience, mieux vaut donc s’interroger sur la qualité et la durabilité réelles de ce que l’on paie.

Au fond, cette simulation planétaire nous rappelle une vérité que l’on préférerait esquiver : il n’existe pas de tour de passe-passe pour effacer nos émissions sans effort. Le reboisement, l’agriculture à faible labour, l’irrigation intelligente ou encore la lutte contre le gaspillage alimentaire sont autant d’outils précieux, mais aucun ne remplacera la condition première : réduire drastiquement notre consommation d’énergies fossiles. Et si, plutôt que de rêver à des forêts miracles qui absorberaient nos excès, nous commencions par produire moins de CO2 à la source ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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