Pour mettre la Durance au pas, la France a retenu 1,272 milliard de m³ d’eau sur 28,2 km², et le village d’Ubaye n’a pas survécu. Plus de 1 000 habitants ont dû partir et plus de 400 bâtiments ont été démolis. Le lac de Serre-Ponçon, aujourd’hui associé aux voiles et aux baignades, est né de ce déracinement.
Contre les crues de la Durance, l’État a choisi un mur de terre.
À retenir
- Le village d’Ubaye a été entièrement démoli puis inondé sans reconstruction, tandis que Savines a été relevé plus haut sur la rive opposée.
- Le barrage de Serre-Ponçon mesure 123 mètres de haut et a nécessité 14 millions de mètres cubes de matériaux, soit six fois le volume de la pyramide de Khéops.
- L’État français a indemnisé pour la première fois le déracinement lui-même, au-delà de l’expropriation, pour compenser la perte de vie rurale et d’emplois agricoles.
Sommaire
Un remblai de 123 m contre les colères de la rivière
La déclaration d’utilité publique date du 5 janvier 1955. Les travaux s’étendent d’avril 1957 à novembre 1959, pour un barrage en remblai de 123 m de haut et de 600 m de long en crête. Il a fallu 14 millions de m³ de matériaux, soit six fois le volume de la pyramide de Khéops, selon le site touristique de la vallée de l’Ubaye. La retenue stocke 1,272 milliard de m³ sur 28,2 km².
L’ouvrage ne se contente pas de retenir l’eau. Il écrête les crues de la Durance, alimente une production hydroélectrique de 352 MW, irrigue les cultures et fait vivre le tourisme autour du lac.
Ubaye sous l’eau, Savines remonté sur la rive
Le remplissage court du 16 novembre 1959 au 18 mai 1961.
Ubaye a été entièrement démoli avant d’être inondé, puis jamais reconstruit. Le village occupait la rive droite de l’Ubaye, juste en face de l’actuel camping, d’après le site touristique de la vallée. Seul son cimetière a été transporté en bordure du lac.
Pour Savines, le sort est moins radical. La partie la plus basse du village disparaît, mais un nouveau Savines est créé au bord du lac, plus haut sur la rive gauche. Un viaduc de 924 m le relie à l’autre rive, et son architecture géométrique porte la marque des années 1960. L’église du vieux Savines a été détruite en dernier, le 3 mai 1961, quinze jours avant la fin de la mise en eau.
Une indemnisation inédite pour le déracinement
Une première en France : le déracinement lui-même est indemnisé.
Les pouvoirs publics prennent alors des dispositions pour réparer le préjudice subi par les expropriés, au-delà de la seule valeur du bien exproprié. La majorité de la population vivait de l’agriculture, et la filature de Savines employait encore 200 personnes, rappelle l’INA. Selon un site régional consacré au barrage, certains agriculteurs ont pu rester dans les Hautes-Alpes pour poursuivre l’élevage, tandis que d’autres sont partis dans la plaine de la Crau.
Octobre : le lac redescend
La fin de saison marque le début d’une baisse progressive du niveau. La variation annuelle peut atteindre 58 m, entre une cote maximale de 780 m et une cote minimale autour de 722 m. En été, EDF garantit 775 m du 1er juillet au 31 août, pour que baigneurs et plaisanciers retrouvent leur plan d’eau. Un relevé en ligne daté du 3 octobre 2026 indiquerait 770,23 m, soit un peu moins de 10 m sous le maximum.
Selon le site de la vallée de l’Ubaye, quand le lac descend de plus de 30 m en hiver, il serait possible de retrouver quelques traces du village. Mieux vaut ne pas promettre de ruines à chaque visite : la cote dépend de la demande d’électricité et du volume de neige à fondre. Début 2018, le niveau est descendu à 731 m, le plus bas connu depuis la mise en eau, hormis une courte période en 1984 liée à des raisons techniques.
Le chiffre de plus de 1 000 habitants déplacés reste un plancher. L’INA évoque 1 200 personnes évacuées et 13 hameaux submergés, d’autres sources avancent 1 500 déplacés.
Sources : m.ubaye.com | ubaye-serre-poncon.fr | paysages-hautesalpes.fr


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