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Life 01/04/2026 12:00
TÉMOIGNAGE
En parcours de PMA depuis 2022, Julie nous raconte son expérience éprouvante, entre espoir et épuisement, et dénonce le manque de soutien psychologique.

Daniel de la Hoz / Getty Images
« Pendant des années, nous avons mis notre vie entre parenthèses pour pouvoir avoir un enfant », raconte Julie
Comme pour beaucoup de couples, la procréation médicalement assistée (PMA) ne s’est pas imposée comme un choix, mais comme une nécessité. Quand nous avons commencé nos essais bébé avec mon mari en 2022, j’ai arrêté la pilule, je me suis fait prescrire de l’acide folique par ma gynécologue et nous avons attendu, pleins d’espoir. Puis, les mois passant sans résultat, nous nous sommes tournés vers une aide médicale. D’abord, l’insémination artificielle. La première tentative s’est soldée par une fausse couche et les quatre autres n’ont pas abouti.
C’est en octobre 2023 que ma gynécologue nous a orientés vers un parcours de fécondation in vitro (FIV). Je ne le savais pas encore, mais ce n’était que le début des épreuves. Suivie à Paris, j’ai d’abord enchaîné les examens, dont certains très douloureux, pour détecter un éventuel SOPK, une endométriose ou une trompe bouchée, soit une anomalie qui expliquerait ma fausse couche, mais aucun problème n’a été trouvé.
Ce n’est qu’en janvier, soit trois mois plus tard, qu’un spermogramme a finalement été proposé à mon mari. J’ai eu alors un sentiment de perte de temps : pourquoi n’a-t-il pas été prescrit plus tôt, quand j’étais partie dès le départ côté avec toute une liste d’examens à faire ?
La FIV, un parcours du combattant
Fin février, nous avons enfin obtenu le feu vert pour réaliser une première FIV. J’ai donc commencé les injections hormonales, puis la ponction ovarienne, qui n’a permis d’obtenir qu’un seul embryon viable.
En avril, une prise de sang le confirme : je suis enceinte. Quand on nous annonce la nouvelle, nous sommes aux anges, nous commençons à nous projeter, d’autant que la première échographie est très rassurante. L’embryon est bien installé et grandit bien. Suivie par ma gynécologue de ville, je me rends donc sans stress à l’échographie du premier trimestre.
C’est à ce rendez-vous que tout a basculé. Le cœur du bébé s’était arrêté de battre depuis plus d’une semaine. J’ai dû être opérée le lendemain en urgence, puis subir un mois plus tard une seconde intervention pour retirer un fragment de placenta resté dans ma trompe.
Suite à cette nouvelle fausse couche, j’ai réalisé un bilan utérin appelé MatriceLAB, très coûteux et non remboursé, pour voir si un dérèglement hormonal aurait pu en être à l’origine. Une nouvelle fois, aucune anomalie n’a été détectée. Nous avons alors poursuivi notre parcours de FIV et les traitements. Certains sont pris en charge par l’Assurance maladie, d’autres sont à nos frais.
Une nouvelle ponction a été réalisée au printemps 2025, mais aucun des dix ovocytes ne s’est avéré exploitable. Une seconde a permis plusieurs transferts, tous infructueux. Puis est venu le transfert de deux embryons.
L’un des deux s’est accroché et à l’automne, je suis à nouveau enceinte. Sur le moment, je n’ai pas réussi à me réjouir. Le souvenir des précédentes fausses couches était encore vif, j’avais le sentiment que cette nouvelle grossesse ne tenait qu’à un fil. La suite m’a donné raison puisqu’au cours de l’échographie, on m’a annoncé que le sac ovulaire était vide, appelé œuf clair, et qu’il n’y avait donc pas d’embryon. J’avais pourtant tous les symptômes d’une femme enceinte.
Un isolement difficile à vivre
Aujourd’hui, avec mon mari, nous avons décidé de faire une pause dans notre parcours PMA. C’est si éprouvant psychologiquement et physiquement que nous avons besoin de souffler. Pendant des années, nous avons mis notre vie entre parenthèses pour pouvoir avoir un enfant. Nous avons reporté des rendez-vous avec des amis, annulé des week-ends ou même des vacances en prévision d’une grossesse à venir. Ça a aussi été très difficile de supporter ces fausses couches, de voir nos espoirs déçus à chaque fois.
La PMA est d’autant plus difficile à vivre qu’elle nous isole. Nos proches, nos familles nous soutiennent comme ils peuvent, ils entendent notre tristesse, mais ils ne comprennent pas tout ce qu’on subit et ont parfois des paroles maladroites. On m’a déjà dit « Tu n’as qu’à partir en vacances, ça fonctionnera », ce qui, en plus d’être faux, n’est pas du tout réconfortant ! C’est pour ça que je choisis désormais les personnes à qui je parle de notre PMA, celles qui ne jugent pas et nous soutiennent.
Ce que je trouve aussi très difficile dans ce parcours, c’est que nous sommes finalement très peu aidés d’un point de vue psychologique. Suite à ma fausse couche en 2024, aucune prise en charge ne m’a été proposée, alors que ce que je vivais était d’une violence inouïe. Cela donne vraiment l’impression de n’être qu’un numéro de dossier. J’ai donc pris seule la décision de me faire aider par une thérapeute que je vois toujours aujourd’hui, cela me fait beaucoup de bien, tout comme le groupe de parole que j’ai rejoint en 2025 et dont certaines membres sont depuis devenues des amies.
Politiser l’infertilité, une nécessité
Il y a tellement de choses à faire pour améliorer la prise en charge des personnes en PMA. Les États généraux de la bioéthique se sont ouverts en janvier et, comme plusieurs associations, j’aimerais que le diagnostic préimplantatoire (DPI-A), qui permet de sélectionner les embryons avant leur implantation, soit enfin autorisé en France, comme c’est le cas en Espagne et en Belgique. Cela permettrait de savoir plus tôt si les embryons prélevés peuvent mener à une grossesse, sans nourrir de faux espoirs qui se solderaient par une fausse couche.
Je suis d’accord avec Marine Tondelier : il faut politiser le sujet de l’infertilité et les fausses couches ne devraient plus être un sujet tabou car elles concernent de très nombreux couples. Notre cher gouvernement a récemment annoncé vouloir envoyer un courrier aux Français de 29 ans pour les inciter à avoir des enfants même s’ils n’en ont pas envie, alors que l’urgence serait plutôt d’aider les couples qui sont en parcours PMA.
Aujourd’hui, grâce à mon travail avec ma psy, j’ai compris que la PMA faisait partie de ma vie, mais qu’elle n’était pas ma vie. Je sais que je vais à nouveau devoir faire des injections, que je vais voir mon corps changer à cause des hormones, mais j’ai décidé de ne plus me priver, de profiter, de partir en vacances. J’y crois encore, mais je ne veux plus y dévouer toute mon énergie car je ne sais pas de quoi sera fait demain.


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