Le 4 juin 1836, 2 ouvriers plombiers laissent un brasero sans surveillance sur la cathédrale de Chartres, et la toiture médiévale part en fumée. Quelques années plus tard, elle est remplacée par une charpente en fer et en fonte d’environ 600 tonnes, selon Wikipédia et Structurae, recouverte de plaques de cuivre.
Eux n’ont rien hissé, bien sûr : ils ont seulement rendu le chantier inévitable.
À retenir
- Un brasero laissé sans surveillance déclenche l’incendie du 4 juin 1836
- La forêt de bois de châtaignier est détruite et la toiture avec elle
- Une charpente de 600 tonnes en fer et fonte la remplace entre 1836 et 1841
Sommaire
Un brasero de trop sous les combles
Selon Wikipédia, l’incendie du 4 juin 1836 est dû à la négligence de 2 ouvriers plombiers qui avaient laissé leur brasero sans surveillance. Il détruit la toiture et la « forêt », nom donné à la charpente en bois de châtaignier. La relation de l’accident est rédigée par Lejeune en 1839, puis reprise par Merlet et Sablon en 1860.
Ce surnom de « forêt » n’a rien d’une coquetterie. D’après l’office de tourisme de Chartres, il vient du nombre d’arbres qu’il avait fallu pour concevoir cette charpente. La couverture était en plomb, un métal qui fond bien avant que la pierre ne souffre, et l’on raconte qu’il aurait coulé par les gargouilles pendant le sinistre. Toujours selon l’office, la voûte est ensuite restée un temps exposée à nu.
Le récit publié par la ville de Chartres situe le départ du feu dans l’angle nord-ouest du transept. Des ouvriers qui soudaient sur la toiture, abîmée par une tempête, l’auraient repéré vers 15h30, et le tocsin sonne à 18h30. Selon la même source, les plombiers avaient posé leur réchaud près d’une porte ouverte, et un violent courant d’air a emporté des étincelles vers la charpente.
Chartres connaissait pourtant la chanson. Le site de la cathédrale rappelle un premier incendie en 741, lors d’une attaque des Wisigoths, puis un second en 858, lors d’un raid viking. Celui de 1836 a une origine plus prosaïque : un outil de chantier, pas un assaut. Dans le beffroi, seul le bourdon a survécu, d’après l’office de tourisme.
600 tonnes de fonte et de fer pour remplacer le bois
La révolution industrielle et sa foi dans des matériaux incombustibles font pencher la balance, explique Wikipédia. L’architecte départemental Édouard Baron propose de remplacer la forêt par une charpente métallique d’environ 600 tonnes de fonte et de fer laminé, sous une toiture de 11 000 plaques de cuivre.
Cela représente environ 20 camions de 30 tonnes chargés à ras bord.
L’ingénieur Émile Martin et l’entrepreneur parisien de serrurerie Sylvain Mignon réalisent la charpente, tandis que Quenehen se charge de la couverture en cuivre. Le site de la cathédrale précise que Martin avait remporté le concours de reconstruction. Wikipédia date les travaux de 1836 à 1841, et la notice Monumentum, issue de la base Mérimée du ministère de la Culture, confirme une fin de chantier en 1841.
Pour situer l’échelle, la tour Eiffel, achevée en 1889, pèse environ 7 300 tonnes de structure métallique, soit 12 fois plus. À Paris, après l’incendie de Notre-Dame le 15 avril 2019, dont la charpente médiévale était elle aussi surnommée la « forêt », le choix s’est porté sur une reconstruction à l’identique en chêne : Chartres avait tranché dans l’autre sens, près de 2 siècles plus tôt.
La silhouette de l’ensemble surprend ceux qui la découvrent. Selon l’association Fontes d’art, la charpente prend la forme d’une coque de bateau renversée, et l’office de tourisme de Chartres la compare à un immense zeppelin. Au-dessus, le cuivre s’est oxydé au fil des décennies et a donné au toit sa couleur verte caractéristique, le vert-de-gris. Cette teinte, visible depuis les rues de la ville, est donc une conséquence directe de l’incendie de 1836.
Novatrice, oui. La plus ancienne, rien ne le prouve
Le ministère de la Culture parle d’une structure métallique « alors totalement novatrice ». La notice Monumentum décrit, de son côté, une « charpente en fer et fonte, couverte de plaques de cuivre ». Rien dans ces sources officielles ne fait de Chartres la toute première charpente métallique du pays, et le site de la cathédrale s’en tient à « l’une des plus anciennes » de France.
Le tonnage appelle la même prudence.
Wikipédia avance 600 tonnes de fonte et de fer laminé, tandis que Structurae en compte 601. Le ministère de la Culture ne donne pas ces chiffres dans les textes consultés, et les 11 000 plaques de cuivre ne figurent que sur Wikipédia.
Une thèse consacrée aux charpentes métalliques des cathédrales au XIXe siècle, à partir de l’exemple de Chartres, relève que la place de cette charpente dans l’histoire de l’architecture reste imprécise. Son auteur a comparé 12 autres charpentes métalliques d’édifices publics et religieux de la première moitié du XIXe siècle. Il estime que la charpente en fonte de Chartres, comme le projet non réalisé d’une charpente en fer forgé, a exercé une influence considérable sur celles qui ont suivi.
Sources : theses.fr | fontesdart.org


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