Le 20 février 1943, en fin d’après-midi, Dionisio Pulido, paysan purépecha, travaille dans son champ de maïs près du village de Parícutin, dans l’État du Michoacán. Ce village se trouve à environ 320 km à l’ouest de Mexico, à peu près la distance entre Paris et Rennes. Il brûle des branches pour dégager sa parcelle quand le sol se fend devant lui. Un volcan vient de naître sous ses pieds, et il ne s’éteindra qu’en 1952.
À retenir
- Un cône volcanique atteint 424 m de haut en neuf ans d’activité.
- La lave a enseveli le village de Parícutin et la majeure partie de San Juan Parangaricutiro.
- Les cendres ont couvert 233 km² et environ 4 000 personnes ont dû quitter leurs terres.
Sommaire
Une fissure, de la fumée, puis une montagne
La famille de Pulido assiste à la scène et devient le premier témoin de l’éruption. Les signes avant-coureurs n’avaient pourtant rien de discret: une quinzaine de jours plus tôt, secousses et grondements souterrains avaient été enregistrés autour de San Juan Parangaricutiro. Dans le champ, une cavité de 5 m de diamètre existait déjà, et le terrain s’y creusait doucement depuis août 1942. Ce 20 février, une fissure d’environ 45 m de long s’ouvre à cet endroit.
La nuit venue, des bombes incandescentes sont projetées à plus de 300 m dans l’obscurité, soit la hauteur d’un gratte-ciel. Une masse de lave scoriacée recouvre déjà les cultures de Pulido.
Au bout de 24 heures, le cône mesure déjà environ 50 m.
Le rythme ne ralentit pas les jours suivants. Dès le 5e jour, le cône dépasse 150 m, soit presque la moitié de la hauteur de la tour Eiffel. Les cendres retombent sur les villages voisins, et San Juan disparaît sous la poussière volcanique bien avant que la lave n’y parvienne.
Avant de quitter sa maison pour de bon, Pulido aurait planté dans son champ un panneau à l’humour grinçant. On y lisait que ce volcan lui appartenait et qu’il l’exploitait lui-même.
De Parícutin à San Juan, la lave avance
En juin 1943, la lave atteint le village de Parícutin, celui qui avait donné son nom au volcan. Les coulées l’enfouissent peu à peu, et ses habitants perdent leurs maisons comme leurs champs de maïs. Le bourg voisin, San Juan Parangaricutiro, voit la menace approcher pendant près d’un an. Son nom complet, Parangaricutirimícuaro, passe d’ailleurs pour le plus long toponyme du Mexique.
Le 9 mai 1944, tous les habitants de San Juan Parangaricutiro quittent le bourg en procession, derrière la statue du Señor de los Milagros. Le cortège rejoint un site épargné par l’éruption, à environ 8 km à l’ouest d’Uruapan.
Les habitants avaient quitté les lieux bien avant que la lave n’atteigne le bourg, et la coulée n’a fait aucune victime directe. Ils ont aussitôt entrepris de bâtir une nouvelle église dans leur village neuf. Celui-ci se situe à environ 16 km à l’est du sommet de Parícutin, hors de portée des coulées.
Le 12 mai 1944, Nuevo San Juan Parangaricutiro est fondé.
En juillet 1944, la lave pénètre dans l’église de l’ancien bourg, alors encore inachevée, et recouvre la majeure partie des habitations, environ les 3/4 du bourg. La légende locale veut que les cloches du vieux sanctuaire aient dansé pendant l’éruption. Elles ne sonneront plus jamais pour une messe dans ces murs.
Le bilan chiffré d’une éruption de 9 ans
L’éruption s’arrête en 1952, après 9 ans d’activité. Le cône culmine alors à 424 m au-dessus de l’ancien champ de Pulido, l’équivalent de deux tours Montparnasse empilées. Les cendres ont touché 233 km², plus de deux fois la superficie de Paris intra-muros. Environ 4 000 personnes ont dû quitter leurs terres.
Les coulées de lave couvrent environ 25 km², soit quelque 3 500 terrains de football.
Parícutin est un volcan monogénétique: son cône et son champ de lave se sont formés au cours d’un seul épisode éruptif. Des géologues ont donc pu suivre, pour la première fois, la vie entière d’un volcan de ce type, de la fissure initiale à l’extinction. Cette chance scientifique s’est payée en terres perdues pour les familles de deux villages.
Le titre de cette histoire mérite une précision, car les deux villages n’ont pas subi le même sort. Parícutin, le village de Pulido, a été enseveli par les coulées. À San Juan, la lave a recouvert la majeure partie du bourg, mais pas sa totalité, et c’est précisément ce reste qui se visite aujourd’hui. Un volcan né dans un champ de maïs a ainsi laissé derrière lui une ruine précise, que l’on peut encore toucher.
Ce qu’il reste de l’église aujourd’hui
Les coulées noires et figées s’étendent jusqu’à l’ancienne église de San Juan, qui émerge de la roche comme un navire échoué. Il en reste l’abside, l’autel et la tour gauche. La tour droite n’ayant jamais été finie, elle manque à l’édifice depuis le premier jour.
Le site se visite à cheval depuis Angahuan, village de la communauté purépecha, ou à pied. L’ascension du cône demande un guide, alors que l’église se visite sans. Pour la région, la catastrophe a fini par produire une ressource: l’église à moitié enfouie et le volcan attirent des visiteurs, ce qui pèse dans l’économie locale. Le paysage volcanique y côtoie la culture purépecha, très présente à Angahuan.
Le cône fume encore par endroits, l’eau s’infiltrant dans la roche restée chaude. En 2006, un essaim de plus de 300 séismes localisés près du volcan a rappelé que la région reste active, sans éruption à la clé.
👉 Un petit geste pour Sciencepost ? Suivez-nous sur Google, ajoutez-nous à vos favoris et retrouvez-nous sur Google Actualités pour ne manquer aucune découverte.
Sources : scienceblog.com | atlasobscura.com


3 hour_ago
72



























.jpg)






French (CA)