Plus de 300 000 captures par an : le chiffre donne la mesure d’un problème que la France s’est fabriqué elle-même. Le ragondin, originaire d’Amérique du Sud, a été introduit en France au XIXe siècle pour l’exploitation de sa fourrure. Échappé d’élevages ou lâché volontairement, il a rapidement colonisé la majorité du pays. Les éleveurs ont donc ouvert la porte à l’animal que des piégeurs bénévoles courent aujourd’hui après dans les marais.
Il est désormais présent sur tout le territoire national, sauf en altitude.
À retenir
- Les ragondins ont été introduits en France en 1882 pour exploiter leur fourrure destinée à imiter des pelleteries précieuses.
- Des enclos mal sécurisés et des abandons volontaires après l’effondrement économique de la filière dans les années 1930 ont libéré les animaux.
- Sans prédateurs naturels en France, la population explose à raison de 90 individus par couple en 2 ans, avec plus de 300 000 captures annuelles.
Sommaire
Une fourrure bon marché, puis des cages ouvertes
Un élevage de ragondins en captivité est signalé dès 1882 en Indre-et-Loire. L’animal avait de quoi séduire les pelletiers : sa fourrure était utilisée pour imiter des pelleteries plus précieuses, celles de la loutre ou du castor. Son poil servait aussi à fabriquer du feutre pour chapeaux. Sa bonne adaptation au climat et son taux de reproduction ont favorisé la multiplication des élevages.
Selon la Coordination Rurale, l’État avait financé cette filière.
Des enclos mal adaptés ont laissé s’échapper beaucoup d’animaux. Dans les années 1930, la fourrure de ragondin est passée de mode et l’élevage n’était plus rentable. Des éleveurs en faillite ont alors lâché leurs bêtes volontairement.
Sur place, rien ne les attendait pour les freiner. L’espèce n’a pas de prédateur naturel en France, alors que le jaguar ou le caïman la chassent dans son aire d’origine, et seuls les gels prolongés lui résistent mal. Selon les conditions du milieu, un couple peut engendrer 90 individus en 2 ans. L’espèce a envahi les milieux en suivant le réseau hydrographique, avec une explosion démographique dans les années 1970.
300 000 captures : que compte-t-on vraiment ?
Polleniz, qui anime la lutte collective contre le ragondin et le rat musqué, affiche un bilan annuel de captures dépassant 300 000 individus. Ce chiffre vient pourtant d’un réseau régional, celui des Pays de la Loire, et non d’une statistique nationale consolidée. Les deux espèces y sont comptées ensemble. En 2016, le réseau a capturé ou tué 302 701 ragondins et rats musqués dans la région. Le rat musqué représente moins de 20 % des effectifs des deux espèces.
Sur la période 2005-2016, les captures ont constamment augmenté.
La loi laisse la main libre aux piégeurs. L’arrêté du 2 septembre 2016, publié sur Légifrance, autorise le piégeage et la destruction du ragondin et du rat musqué toute l’année. Polleniz organise depuis 40 ans des actions de lutte collective et de surveillance contre les deux rongeurs. Lors d’une opération intensive en Loire-Atlantique, 36 bénévoles ont prélevé 986 ragondins et rats musqués en trois semaines. Ils disposaient d’environ 250 pièges-cages garnis de carottes et touchaient 3 € par animal capturé.
Berges minées et leptospirose
Les dégâts sont d’abord mécaniques. Le ragondin creuse des terriers dans les berges, ce qui fragilise celles-ci comme les digues. La terre rejetée dans l’eau à chaque terrier accélère le comblement des fossés et des canaux.
Le risque est aussi sanitaire. Selon la fiche de l’INPN, le ragondin transmet la leptospirose. Il peut aussi héberger la douve du foie, qui touche surtout les ovins : 8 à 40 % des ragondins en seraient porteurs, d’après une étude publiée en 2001 dans la revue Veterinary Research. Dans les années 1980, l’espèce a envahi le Marais poitevin, où la lutte contre sa prolifération est devenue obligatoire.
La Coordination Rurale rappelle qu’on ne sait pas quantifier la population de ragondins ni son évolution. Faute de pouvoir les éradiquer, elle voit des perspectives dans les pièges connectés et dans un vaccin contraceptif.
Sources : pnr.parc-marais-poitevin.fr | coordinationrurale.fr


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