Sur 56 m de haut, la rue commerçante de la Cité radieuse ne se trouve ni au rez-de-chaussée ni sous le toit. Elle coupe l’immeuble à mi-hauteur. Le Corbusier l’a glissée en 1952 au cœur d’une barre qui compte environ 330 logements, avec un hôtel-restaurant, une librairie et des commerces à portée d’ascenseur des appartements.
À retenir
- Une rue commerçante occupe les 7e et 8e étages de la Cité radieuse.
- L’immeuble mesure 56 m de haut et accueille environ 1 600 habitants.
- Le bâtiment a été inauguré le 14 octobre 1952 et est inscrit à l’Unesco depuis 2016.
Sommaire
Une commande née des ruines
Le 20 juillet 1945, l’État passe commande.
À Marseille, le besoin est criant. Selon la Fondation Le Corbusier, les ruines s’étendent sur 10 hectares, avec environ 3 600 immeubles détruits et 10 800 partiellement sinistrés. Le ministère de la Reconstruction demande à l’architecte un modèle d’habitat collectif capable de reloger vite et en nombre. La première pierre est posée le 14 octobre 1947, et l’inauguration a lieu le 14 octobre 1952, jour pour jour cinq ans plus tard.
Cinq ans de chantier, c’est long pour une époque qui manque de toits. Mais l’objet n’a rien d’une barre de logements ordinaire, et la Cité radieuse sera le prototype des Unités d’habitation que Le Corbusier construira ensuite.
Une barre sur pilotis qui se veut un village
Les chiffres donnent la mesure : 56 m de haut, 24 m de large, environ 135 m de long. Posé sur pilotis, le bâtiment dépasse la longueur d’un terrain de football et libère le sol sous lui. La Fondation Le Corbusier indique que la structure prévoit d’accueillir 1 600 habitants, soit la population d’un bourg entier réunie sous un seul toit.
Le plus surprenant se trouve à l’intérieur. Les logements se déclinent en 23 types différents, la plupart en duplex, du studio pour une personne seule à l’appartement conçu pour une famille de huit enfants. La Fondation précise que, hors façade sud, les appartements sont traversants, et que l’escalier de chaque duplex est né d’une collaboration entre Jean Prouvé, les ateliers de Nancy et Le Corbusier.
Le principe tient en une idée. Plutôt que de loger des gens et de les renvoyer vers la ville pour tout le reste, l’architecte a voulu une ville verticale où l’on trouve sur place de quoi vivre.
La rue à mi-hauteur et le toit-terrasse
La « rue » commerçante n’est pas une métaphore. Selon la Fondation, elle s’étend sur deux niveaux, aux 7e et 8e étages, et d’autres rues intérieures desservent les appartements. Elles permettent aux habitants de rentrer chez eux, mais aussi à l’épicier de l’Unité de déposer les commissions devant les portes et de remettre le courrier.
Cette rue accueille un hôtel-restaurant, une librairie et des commerces. Une partie de l’équipement existe toujours : la Fondation signale que la rue abrite encore une librairie spécialisée en architecture.
Au-dessus, le toit-terrasse est lui aussi exploité de bout en bout, et il est accessible au public. On y trouve une école maternelle dotée d’une petite piscine, une piste de course, un gymnase et un théâtre de plein air. Les enfants du bâtiment pouvaient donc passer de leur salle de classe à la piste de course sans jamais descendre dans la rue.
Cette densité de services a un revers. Le gymnase est aujourd’hui l’un des lieux les plus visités, et la vie commune dans un immeuble aussi complet n’a pas toujours été simple pour les voisins.
Du « fada » au patrimoine mondial
Les Marseillais ont vite trouvé leur mot pour ce colosse de béton : la « Maison du fada ». Le surnom, moqueur à l’origine, est resté, et il se dit aujourd’hui avec une certaine tendresse. L’édifice, lui, a traversé les décennies avec ses cicatrices, dont un grave incendie le 9 février 2012.
La reconnaissance officielle est arrivée par étapes. La Cité radieuse est protégée au titre des monuments historiques par un arrêté de 1995, complété en 2023. Elle a rejoint le patrimoine mondial de l’Unesco en 2016, au sein de la série d’œuvres de Le Corbusier.
Se rendre sur place permet de mesurer ce que les plans ne disent pas. Le hall, la rue commerçante et le toit-terrasse se visitent, et l’on y croise des habitants qui vivent là au quotidien, ce qui rappelle que le bâtiment n’est pas un musée. Au sommet, le gymnase abrite depuis 2013 le Mamo, un centre d’art contemporain installé par le designer Ora Ito.
Sources : fondationlecorbusier.fr | lapresse.ca


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