En éclairant leurs rues toute la nuit, les Florentins ont littéralement décalé le calendrier de leurs platanes, et deux équipes italiennes ont fini par le mesurer. Le chiffre qui circule, 2 mois d’hiver en moins, vient pourtant d’une expérience menée en conditions contrôlées à l’université de Pise, pas d’un relevé en pleine rue. Les deux travaux se complètent : l’un observe la ville telle qu’elle est, l’autre isole la lumière, et tous deux pointent dans la même direction.
À retenir
- Des platanes éclairés gardent leurs feuilles vertes de mi-décembre à fin janvier à Florence
- À Pise, la dormance du platane est retardée d’environ 2 mois sous LED
- Le tilleul ne montre aucun retard comparable sous le même éclairage
Sommaire
Florence : 283 platanes suivis pendant quatre automnes
Le platane représente plus de 4 000 arbres à Florence, soit 6 % de la végétation publique de la ville. Pour savoir ce que la lumière nocturne lui fait, Luciano Massetti, du CNR-IBIMET de Florence, en a suivi 283 pendant les chutes de feuilles de 2014 à 2017, moins de 7 % de l’effectif. Son étude, parue en 2018 dans la revue Urban Forestry & Urban Greening, repose sur une méthode de présence ou d’absence de feuilles vertes. Les observations relevaient des sciences participatives.
Sur tous les sites, la part d’arbres gardant des feuilles vertes est plus élevée sous les luminaires, de manière statistiquement significative. La fenêtre concernée court de la mi-décembre à la fin janvier, en plein cœur de la saison froide. L’effet s’est renforcé pendant l’hiver 2016-2017, plus froid que les précédents.
Le parc des Cascine offre le contraste le plus net, car il est plus sombre que le reste des sites. La période sans feuilles vertes y a commencé au moins 20 jours plus tôt, soit près des deux tiers d’un mois de décembre.
Dès 1936, Matzke voyait les branches proches d’une lampe garder leurs feuilles.
Pise : 2 mois de répit pour le platane, aucun pour le tilleul
À Pise, six chercheurs (Guidi, Landi, Lauria, Lo Piccolo, Massai et Remorini) ont réuni 15 platanes et 15 tilleuls à grandes feuilles, deux essences très répandues en ville. Pour chaque espèce, 10 arbres ont été éclairés par des LED placées à environ 2 mètres du sol et à 30 cm du houppier, les 5 autres servant de témoins.
Verdict : une entrée en dormance hivernale retardée d’environ 2 mois, chez le platane seulement.
Sur les 3 mois d’un hiver météorologique (décembre, janvier, février), 2 mois représentent les deux tiers de la saison. La formule du vol d’hiver frappe donc, mais elle décrit un dispositif expérimental, pas la ville entière.
Le tilleul n’a montré aucun retard de ce type, et l’université le décrit comme moins sensible à l’éclairage nocturne que le platane. Les chercheurs ont aussi relevé un effet « gueule de bois » : chez les feuilles matures, l’assimilation de CO2 est plus faible à l’aube. Les LED utilisées présentent un spectre à pics bleu et rouge. Ces résultats ont paru dans Science of the Total Environment et ont fait l’objet d’un communiqué de l’université le 29 juin 2023.
Reste à savoir ce que cela coûte à l’arbre. Les chercheurs évoquent, à titre d’hypothèses, un risque de gel pour des feuilles encore vertes en plein hiver et un effet sur les réserves de l’arbre.
Ce que les 2 mois ne disent pas
Les deux travaux ne mesurent pas la même chose. À Florence, on note si un arbre garde ou non des feuilles vertes, sous un luminaire ou à l’écart. À Pise, on suit la physiologie de 30 arbres dans un cadre où la lumière est la variable qui change, jusqu’à l’assimilation de CO2 à l’aube. Le premier travail décrit ce qui se passe dans la rue, le second montre que la lumière seule suffit à décaler la dormance du platane et pas celle du tilleul.
Ces 2 mois ne se transposent pas tels quels aux platanes de nos avenues, puisqu’ils viennent d’une LED posée à 30 cm du houppier dans un dispositif contrôlé, pas d’un luminaire de rue. Aucune étude française n’a été consultée pour cet article, et aucun chiffre ne sera donc avancé pour une ville de l’Hexagone.
Environ 326 millions de lampadaires dans le monde, 361 millions prévus en 2029.
Cela représente 35 millions de points lumineux supplémentaires, presque la population de la Pologne. Pour un gestionnaire d’espaces verts, la piste la plus simple est celle de Florence : comparer, à la mi-décembre, les platanes proches d’un luminaire et ceux qui restent dans l’ombre. Les écarts florentins sont apparus entre la mi-décembre et la fin janvier, une fenêtre d’observation qui ne réclame qu’un œil attentif.
Dernière nuance : l’expérience de Pise porte sur 30 arbres et 2 essences seulement, et l’étude de Florence sur un seul arbre, le platane. Le comportement des autres essences de nos rues reste, dans les sources consultées, à documenter.
Source : researchgate.net


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