Près de 1,4 milliard d’euros. Le chiffre vient de la communication de la Commission européenne du 14 mai 2013, et il n’est ni un déficit budgétaire ni une facture réellement réglée. C’est une estimation de l’écart entre le coût de fabrication des pièces de 1 et 2 centimes et leur valeur faciale, calculée sur les coûts de 5 États puis extrapolée à la zone euro. Elle porte sur la période 2002-2012 environ.
Le plus gros du problème traîne sans doute dans un tiroir.
À retenir
- La Commission européenne estime à environ 1,4 milliard d’euros l’écart entre le coût de fabrication et la valeur des pièces de 1 et 2 centimes.
- La part des petites pièces dans la zone euro est passée de 31 % en 2002 à 46 % en 2012.
- La Belgique pratique l’arrondi des paiements en espèces depuis le 1er décembre 2019.
Sommaire
1,4 milliard : un calcul de 2013, pas un relevé de caisse
Le document s’appelle COM(2013) 281 et traite de l’émission continue des pièces de 1 et 2 cents. Son point de départ est simple : dans environ la moitié des États de la zone euro, fabriquer ces pièces coûte plus cher que ce qu’elles valent. Les matières premières représentent à elles seules 50 à 60 % de leur valeur nominale.
L’ordre de grandeur ne fait pas l’unanimité. Le Centre for European Policy, qui a analysé la communication, juge l’estimation de 1,4 milliard « probablement trop élevée ». La raison tient à la méthode : un seul grand État aux coûts très élevés pèse lourd dans l’extrapolation. Mieux vaut donc lire ce montant comme une fourchette haute, bâtie sur 5 pays, que comme un compte arrêté.
Le chiffre couvre 2002-2012 environ : ce que ces pièces ont coûté depuis, la communication ne le dit pas. Il date de mai 2013, mais il reste la référence que brandissent les deux camps du débat.
La tirelire, vrai moteur de la production
Les pièces déjà frappées ne reviennent pas, et c’est ce qui entretient la fabrication de nouvelles. Selon la Commission, la part des petites pièces dans le total des pièces en circulation est passée de 31 % en 2002 à 46 % en 2012. Près d’une pièce de la zone euro sur 2 était alors un 1 ou un 2 centimes, et la Commission l’explique par la thésaurisation : les consommateurs les gardent chez eux.
Le circuit de retour n’est pas gratuit non plus. Les commerçants paient environ 40 centimes de frais pour un rouleau de 50 pièces de 1 centime, qui vaut 50 centimes.
Soit 80 % de la valeur avalée par la manutention.
La scène est connue de tous les foyers. La monnaie rendue aux courses du week-end atterrit dans la même coupelle que celle de la semaine précédente. Les enfants, eux, s’apprêtent à vider leur tirelire : les cours s’arrêtent le samedi 17 octobre, et les vacances de la Toussaint durent jusqu’au 2 novembre. Chaque rouleau reconstitué et remis en caisse pourrait, mécaniquement, réduire d’autant le besoin d’en émettre de neuves.
En France, un député, des chiffres, un ministère
La question écrite n° 2552, publiée au Journal officiel le 25 octobre 2022, pose le débat en termes politiques. Le député Hubert Wulfranc y demande au gouvernement de s’opposer à la disparition de ces pièces. Son argument : une pièce passe de main en main des centaines, voire des milliers de fois, et son coût unitaire de production ne dit donc pas tout.
Les chiffres de cette question sont ceux du député, pas ceux de la Commission ni de la Monnaie de Paris. Il avance 1,2 centime pour fabriquer une pièce de 1 centime et 1,97 centime pour une pièce de 2 centimes. Il cite aussi 13 milliards de pièces de 1 et 2 centimes mises en circulation en France depuis 2002, dont 300 millions frappées par la Monnaie de Paris en 2022.
Le ministère a répondu le 28 février 2023, au Journal officiel : le programme 2023 de la Commission ne contient aucune proposition de retrait de ces pièces. Statut à ce jour, côté européen : aucune proposition n’a abouti.
Belgique, Finlande, Pays-Bas : l’arrondi existe déjà
Les Belges n’ont pas attendu Bruxelles. Depuis le 1er décembre 2019, une loi du 2 mai 2019 (articles VI.7/1 à VI.7/3 du Code de droit économique) impose d’arrondir au multiple de 5 centimes le plus proche les paiements en espèces. Les totaux finissant par 1 ou 2 centimes passent à 0, ceux finissant par 3 à 7 passent à 5, et ceux finissant par 8 ou 9 montent à 10. Un total de 12,52 € devient donc 12,50 €, et 12,58 € devient 12,60 €.
La carte bancaire n’est pas concernée : seul le règlement en espèces est arrondi, pas le prix affiché sur l’étiquette.
La Finlande et les Pays-Bas pratiquaient déjà l’arrondi en 2013. D’après la Commission, il n’avait pas eu d’effet notable sur l’inflation. C’est précisément la crainte du député français : que les commerçants arrondissent toujours à leur avantage.
Aucune proposition européenne n’a abouti à ce jour, et la tirelire des enfants reste donc le meilleur test grandeur nature. 100 pièces de 1 centime ne valent que 1 euro, et un rouleau de 50 pièces coûte environ 40 centimes de frais au commerçant qui le traite.
Sources : questions.assemblee-nationale.fr | francebleu.fr | keops-ingenierie.fr


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