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En découpant deux temples en plus de mille blocs numérotés entre 1964 et 1968, les Égyptiens ont littéralement hissé une falaise entière 65 mètres plus haut

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Soixante-cinq mètres. C’est la hauteur qu’il a fallu gagner pour arracher Abou Simbel à la noyade. Entre 1964 et 1968, une armée d’ingénieurs et d’archéologues a découpé les deux temples nubiens en plus de mille blocs numérotés, avant de les hisser, pierre par pierre, jusqu’à un plateau reconstitué à l’identique, deux cents mètres en retrait du Nil. Le résultat tient de l’exploit d’orfèvrerie appliqué à l’échelle d’une montagne entière.

À retenir

  • Pourquoi un barrage égyptien a-t-il forcé le déplacement d’une montagne entière ?
  • Comment des ingénieurs ont-ils réussi à scier des temples sans laisser la moindre trace ?
  • Quel secret astronomique a dû être préservé à tout prix lors du déménagement ?

Sommaire

  1. Un barrage qui menaçait d’engloutir trois mille ans d’histoire
  2. Mille blocs, une précision au millimètre
  3. L’orientation du soleil, obsession numéro un des ingénieurs
  4. Un chantier pharaonique, au sens propre

Un barrage qui menaçait d’engloutir trois mille ans d’histoire

Tout commence par un problème d’électricité. La construction du haut barrage d’Assouan devait créer un immense réservoir, indispensable pour l’agriculture et l’électricité du pays. Mais cette retenue d’eau, devenue le lac Nasser, s’apprêtait aussi à submerger des dizaines de sites antiques disséminés le long du fleuve.

Face à l’urgence, l’UNESCO lance un appel international. L’UNESCO lança en 1960 un appel international pour sauver les monuments de Nubie, ce qui reste encore aujourd’hui l’une des toutes premières grandes campagnes de sauvegarde du patrimoine mondial. Cinquante pays répondent présent et financent l’opération : une mobilisation qui, avec le recul, préfigure ce que deviendra l’UNESCO dans la protection du patrimoine culturel. Le chantier démarre concrètement en 1964, avec l’édification d’un batardeau temporaire pour retarder la montée des eaux le temps des travaux.

Mille blocs, une précision au millimètre

La solution retenue relève presque du casse-tête géant. Entre 1964 et 1968, l’ensemble du site a été soigneusement découpé en grands blocs (jusqu’à trente tonnes, vingt tonnes en moyenne), démonté, soulevé et remonté à un nouvel emplacement, soixante-cinq mètres plus haut et deux-cents mètres en retrait du fleuve. Le grand temple, à lui seul, a fourni 807 de ces blocs, contre 235 pour le plus petit édifice dédié à Néfertari, comme le détaille le site Amusing Planet.

Impossible d’utiliser des scies mécaniques classiques : les scies électriques ne pouvaient pas être utilisées car elles produisaient des coupes trop larges, tout ce qui dépassait 8 millimètres aurait été visible une fois les blocs réassemblés. Les ouvriers ont donc travaillé à la scie manuelle et au fil d’acier, tranchant le grès millimètre par millimètre pour que la jointure reste invisible. Les quatre statues assises de Ramsès II, hautes d’une vingtaine de mètres, ainsi que les statues debout, ont été sciées en morceaux avant d’être reconstituées à l’identique sur leur nouveau socle.

Chaque tronçon portait un numéro, cartographié avec sa position exacte d’origine, avant d’être hissé au sommet de la falaise reconstruite à l’aide de grues, de vérins et de treuils puissants. Une fois remonté, l’ensemble reposait sur une coupole de béton armé recouverte de terre et de roche, une colline artificielle créée en utilisant environ 330 000 mètres cubes de roche pour ressembler à la colline rocheuse naturelle qui abritait autrefois les temples. Vu de l’extérieur, rien ne trahit la manipulation. C’est là toute la prouesse : une fausse montagne qui trompe l’œil depuis plus de cinquante ans.

L’orientation du soleil, obsession numéro un des ingénieurs

Déplacer des blocs de pierre, c’est une chose. Préserver un phénomène astronomique millénaire en est une autre. Les architectes de Ramsès II avaient orienté le grand temple pour que le soleil traverse soixante mètres de couloir et vienne illuminer les statues du sanctuaire deux fois par an. Reproduire cet alignement exigeait une marge d’erreur quasi nulle : la tolérance acceptée pour repositionner chaque bloc n’était que de plus ou moins 5 millimètres.

Le pari est presque parfaitement tenu. Le phénomène solaire se produit toujours, mais avec un léger décalage : selon plusieurs sources spécialisées dans l’histoire du site, l’événement survient désormais avec un jour de différence par rapport à la date originale. Un détail qui n’enlève rien à la performance : recaler au millimètre près un monument vieux de plus de trois mille ans, sans perdre son âme, relevait d’un défi que personne n’avait tenté à cette échelle auparavant.

Un chantier pharaonique, au sens propre

L’opération a mobilisé des centaines de personnes sous un soleil de plomb. Pendant quatre ans, environ 800 ouvriers et 100 techniciens ont travaillé dans le désert sous un soleil de plomb pour mener à bien le projet, dont le coût a atteint près de 40 millions de dollars de l’époque, financés par une collecte internationale. Rapportée au pouvoir d’achat actuel, cette somme représenterait plusieurs centaines de millions d’euros, un budget colossal pour sauver deux façades de grès.

Le chantier s’achève en beauté : Abou Simbel a été inauguré dans son nouvel emplacement le 22 septembre 1968. Depuis, le site attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, la plupart ignorant qu’ils se tiennent sur une coquille de béton armé, et non sur la roche originelle. L’illusion est si parfaite qu’elle est devenue elle-même une attraction : deux fois par an, en février et en octobre, des foules se pressent encore à l’aube pour observer le rayon de soleil traverser le temple, comme il y a plus de trois millénaires, à un jour près.

Sources : egyptours.fr | creativecommons.fr

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