En 1990, l’espèce arbustive Cylindrocline lorencei, endémique de l’île Maurice, est considérée comme éteinte. Cet arbuste de la famille des Astéracées, qui peut atteindre environ 2 m de haut, était classé « éteint à l’état sauvage » dans la littérature scientifique. Il ne subsistait que quelques graines, conservées à -18 °C au Conservatoire botanique national (CBN) de Brest, et qui étaient incapables de germer naturellement. Aujourd’hui, des plants de cette espèce poussent de nouveau dans un parc national mauricien.
L’espèce n’existait plus que dans un congélateur.
À retenir
- L’espèce est déclarée éteinte à l’état sauvage en 1990.
- Des embryons cultivés en laboratoire donnent naissance à des plantes entières.
- En 2024, 12 des 19 plants réintroduits en 2021 sont toujours présents.
Sommaire
Une récolte de la dernière chance
Dans les années 70, Cylindrocline lorencei est connue pour être au bord de l’extinction. Jean-Yves Lesouëf, fondateur du CBN de Brest, décide alors de collecter des graines et des boutures. La date de cette récolte varie selon les sources : 1977 pour le CBN et pour l’Encyclopædia Universalis, 1982 dans une étude publiée par Springer en 2015. On retiendra donc la fin des années 1970 ou le début des années 1980. Cette même étude rappelle que la fragmentation des habitats et les espèces exotiques envahissantes pèsent sur de nombreuses plantes endémiques de Maurice.
Le verdict tombe en 1990. Les derniers individus ont disparu de la nature, et il ne reste que ce que Brest a mis de côté, en banque de graines.
Mais une banque de graines ne sauve rien si les graines refusent de lever. Les semis tentés à Brest n’ont rien donné, et l’espèce se trouvait dans une impasse : des semences en bon état apparent, qu’aucune méthode classique ne parvenait à réveiller.
Des embryons cultivés en éprouvette
La solution est venue du laboratoire. Avec l’INRA de Ploudaniel, dans le Finistère, le CBN a testé la culture in vitro : des embryons ont été prélevés dans les graines puis cultivés sur milieu artificiel. Face aux difficultés de germination, la culture in vitro à partir de tissus viables prélevés dans les graines a été testée avec succès. Les premières plantes entières ont été régénérées dans les années 1990, le CBN donnant selon les pages 1993 ou 2000. Pour le conservatoire, cette technique de régénération n’avait, à l’époque, guère de précédent dans le domaine de la conservation.
Des graines qui ne germaient pas ont donc donné des arbustes.
Restait à les multiplier. Des plantules issues du sauvetage d’embryons ont été partagées avec les Royal Botanic Gardens de Kew en 2001, dans le cadre d’un programme d’échange. L’étude de 2015 signale pourtant un nouveau souci : les plantes adultes, à Brest comme à Kew, avaient cessé de produire des graines viables. À partir de 2009, le CBN a donc misé sur la micropropagation in vitro à grande échelle. À partir d’un seul bourgeon axillaire, il devient possible de produire en deux ans plus d’une centaine de plants, de quoi remplir trois classes de collège.
Huit colis pour Maurice
Huit colis de plantes ont été expédiés vers l’île Maurice, soit 288 plants et 300 vitroplants. Au total, 588 individus ont donc quitté la Bretagne, les uns déjà cultivés en pot, les autres encore en tube. Sur place, le partenaire technique est le National Parks and Conservation Service (NPCS), et la Mauritius Commercial Bank a financé l’opération.
Une première tentative de réintroduction a eu lieu au début des années 2010, selon Universalis. Le bilan est modeste : en 2024, 5 plants continuent de se développer. Les sources consultées ne précisent pas combien avaient été plantés au départ, ce qui empêche de calculer un taux de survie.
La seconde vague donne un chiffre plus lisible. En 2021, 19 plants ont de nouveau été réintroduits dans l’aire de conservation de Pétrin, et en 2024, 12 sont toujours présents et se sont bien développés. Cela représente environ 63 % des plants. Trois ans après la mise en terre, c’est un résultat encourageant pour une espèce dont aucun individu sauvage n’existait depuis 1990.
Le 4 juillet 2024, nouvelle plantation à Pétrin, dans le parc national des Black River Gorges. Le ministre de l’Agro-Industrie a mis en terre de jeunes pousses de cette plante endémique en fin de journée. Il a salué la collaboration entre le CBN de Brest, le NPCS et la Mauritius Commercial Bank, et la cérémonie a réuni de nombreuses organisations environnementales mauriciennes. Pour le CBN, ce retour en nature intervient plus de 40 ans après l’arrivée des premières graines à Brest.
Le suivi chiffré publié par le CBN s’arrête à 2024 : aucune des sources consultées ne dit combien de plants vivent aujourd’hui à Pétrin. Les plantations de juillet 2024 n’avaient alors que quelques mois, et seuls les prochains relevés dans le parc diront si elles s’installent comme celles de 2021.
Sources : universalis.fr | maurice-info.mu | link.springer.com


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