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En décollant sous la pluie de Floride en 1969, la fusée d’Apollo 12 a littéralement attiré sur elle deux éclairs, avec trois astronautes à bord

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Le 14 novembre 1969, à 11 h 22 heure de l’Est (16 h 22 GMT), une fusée Saturn V (référence SA-507) quitte le pas de tir 39A du centre spatial Kennedy, en Floride. À son bord se trouve la capsule « Yankee Clipper », avec trois hommes : Conrad, Gordon et Bean. Le ciel est couvert, une pluie fine mouille la côte, le vent souffle, et la fusée va attirer sur elle deux coups de foudre.

Le premier arrive à 36,5 secondes, le second à 52.

À retenir

  • Deux coups de foudre frappent la Saturn V d’Apollo 12 à 36,5 et 52 secondes après le décollage.
  • Les gaz d’échappement de la fusée ont guidé le premier impact jusqu’au sol.
  • Une consigne de John Aaron, reconnue par Alan Bean, rétablit les données et sauve la mission.

Sommaire

  1. Une fusée qui fabrique son propre orage
  2. Des voyants allumés, des données illisibles
  3. « Try SCE to AUX », une consigne que presque personne ne comprend
  4. Après l’orage, la Lune

Une fusée qui fabrique son propre orage

À 36,5 secondes, la Saturn V se trouve à environ 6 000 pieds d’altitude, soit près de 1 800 mètres, plus de cinq fois la hauteur de la tour Eiffel. La décharge suit le panache de la fusée jusqu’au sol, comme si les gaz d’échappement avaient tendu un fil entre le nuage et le pas de tir. Ce n’est pas un orage qui a surpris le lanceur : c’est le lanceur qui a déclenché la foudre. Quinze secondes et demie plus tard, à 52 secondes, un second coup frappe, et la seconde décharge serait restée dans le nuage, sans toucher le sol.

Avant Apollo 12, la NASA ne considérait le risque de foudre qu’avant le lancement. Tant que la fusée restait clouée à sa rampe, on pouvait surveiller le ciel et reporter le tir. Le risque en vol n’entrait pas dans cette logique.

La météo de ce jour-là n’avait pourtant rien de spectaculaire. Pas de ciel noir zébré d’éclairs, mais un temps couvert, une pluie fine et du vent. Pour un automobiliste, c’est une journée banale de novembre, de celles où l’on met simplement les essuie-glaces.

Des voyants allumés, des données illisibles

Dans la capsule, les voyants s’allument. La centrale de guidage est perdue. À Houston, les données reçues sont incompréhensibles, avec une perte du contact avec les données à 36 secondes, puis une autre à 52. Le directeur de vol Gerry Griffin envisage d’annuler.

Annuler aurait mis fin à ce qui devait être le deuxième alunissage habité de l’histoire.

Sans relevés lisibles, impossible de savoir quels systèmes tenaient encore à bord. Les astronautes voyaient des alarmes que le sol ne pouvait pas interpréter. Poursuivre ou interrompre le vol reposait sur des chiffres qui n’avaient plus aucun sens.

« Try SCE to AUX », une consigne que presque personne ne comprend

Au pupitre chargé de l’électricité, John Aaron, 24 ans selon la NASA, reconnaît ce qu’il voit. Un an plus tôt, lors d’un essai, il avait observé exactement les mêmes relevés. Sa demande tient en quelques mots : « Try SCE to AUX ». Elle consiste à faire passer l’électronique de mise en forme des signaux (la SCE, qui transforme les mesures des capteurs en données exploitables) sur sa position auxiliaire.

Le message passe mal. Le CAPCOM Gerald Carr fait répéter la consigne, et Conrad la comprend mal.

Alan Bean, lui, sait où se trouve l’interrupteur et le bascule. Environ une minute après le second impact, les données redeviennent lisibles à Houston. Le bilan établi par la NASA fait état de neuf capteurs non essentiels perdus.

Le geste a quelque chose de familier. C’est celui du technicien qui, devant un écran affichant n’importe quoi, bascule sur l’alimentation de secours avant de déclarer l’appareil mort. Ici, le mérite revient d’abord à une mémoire : celle d’un contrôleur qui avait retenu une anomalie croisée lors d’un essai, sans savoir qu’elle servirait un jour. La chaîne a tenu parce que chaque maillon a transmis l’information, Griffin, Carr, puis Bean, qui connaissait la position de l’interrupteur.

Après l’orage, la Lune

La mission a pu se poursuivre. L’atterrissage lunaire a lieu le 19 novembre, cinq jours après le décollage sous la pluie, et l’équipage regagne la Terre le 24 novembre 1969.

Pour la NASA, la leçon dépasse l’anecdote. Jusque-là, la foudre relevait de la surveillance de la rampe de lancement. Apollo 12 a montré qu’une fusée pouvait la provoquer elle-même en plein vol, par un temps couvert et pluvieux qui n’aurait pas inquiété grand monde au sol.

Dernière nuance sur le héros de la journée : son âge varie selon les récits, 24 ans selon la NASA, 26 ans dans d’autres versions. Dans tous les cas, il n’avait pas 30 ans lorsqu’il a lancé les quatre mots qui ont évité l’annulation d’un vol vers la Lune.

Sources : newsy-today.com | sciencing.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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