Le 15 juillet 1799, selon le récit le plus admis, des soldats français qui travaillaient sur un fort près de Rachid (Rosette) heurtent une dalle sombre couverte de signes. Elle pèse environ 760 kg et porte 3 inscriptions. Deux ans plus tard, la capitulation d’Alexandrie la remet aux Britanniques, qui l’exposent au British Museum depuis 1802.
Une trouvaille française, un trophée britannique.
À retenir
- La dalle a été découverte par des soldats français en juillet 1799 près de Rosette.
- Elle pèse environ 760 kg et porte le même décret en trois écritures.
- Elle a été cédée aux Britanniques en 1801 et exposée à Londres depuis 1802.
Sommaire
Un chantier de fort, pas une fouille
Le site s’appelait Fort Julien. C’était une ancienne place mamelouke que Bonaparte avait rebaptisée en hommage à Thomas Prosper Jullien, récemment assassiné en Égypte. Les ingénieurs de l’armée d’Orient l’agrandissaient pour tenir le delta du Nil, et leurs équipes creusaient les fondations d’une extension. L’officier Pierre-François Bouchard, qui supervisait les travaux, a compris que cette dalle n’était pas un simple bloc de maçonnerie et a fait remonter l’information à sa hiérarchie.
Le récit exact reste flou, et le British Museum le reconnaît lui-même. Les biographes de Bouchard hésitent entre le 15 et le 19 juillet 1799, et certains affirment que la pierre gisait au sol, d’autres qu’elle faisait partie d’un vieux mur que les soldats démolissaient.
Environ 760 kg de granodiorite, soit plus qu’un piano à queue de concert.
Le texte gravé date de 196 av. J.-C. Un décret voté par un conseil de prêtres, qui affirme le culte royal de Ptolémée V, alors âgé de 13 ans. Il est écrit en 3 blocs distincts, en hiéroglyphes, en démotique et en grec.
De Rosette à Londres, par la défaite
La nouvelle est d’abord sortie dans la presse locale : la trouvaille a été publiée dans le Courier de l’Égypte, un périodique du Caire. Bouchard a ensuite fait transporter la dalle au Caire pour que les savants de l’Institut d’Égypte l’examinent. L’expédition comptait environ 150 de ces savants, chargés de documenter l’histoire, la géographie et la culture du pays.
Les érudits de l’Institut n’ont pas gardé le secret. Ils ont copié les inscriptions par frottis, dessins et moulages, puis les ont envoyés à des spécialistes dans toute l’Europe. Le texte circulait donc bien avant que l’original ne change de mains. Le changement s’est produit en 1801, quand la capitulation d’Alexandrie a placé la pierre entre les mains des Britanniques, vainqueurs de l’armée française en Égypte.
Bouchard, lui, n’a pas eu une fin de campagne tranquille. Envoyé en mission auprès du Grand Vizir, il avait déjà passé 42 jours emprisonné à Damas. De retour à Rosette, il a été capturé de nouveau quand la petite garnison de Fort Julien a dû capituler devant 2 000 soldats britanniques et 4 000 soldats ottomans. Libéré à la fin de la guerre d’Égypte, il est rentré à Marseille le 30 juillet 1801.
La pierre a rejoint Londres, et le musée l’expose depuis 1802.
Londres expose, Paris déchiffre
Le déchiffrement a pris 23 ans. Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion rédige le mémoire qui ouvre la lecture des hiéroglyphes, en s’appuyant sur un fait que les savants avaient saisi dès 1799 : le message paraissait répété dans les 3 écritures, et le grec, lisible, pouvait servir de clé pour les 2 autres.
Aujourd’hui, la dalle reste souvent présentée comme l’objet le plus visité du British Museum. Ses découvreurs, ses premiers copistes et son déchiffreur étaient pourtant français. Elle mesure 1 123 mm sur 757 mm, pour 284 mm d’épaisseur, pas plus qu’un petit bureau. Et ce bloc a rassemblé, depuis 224 ans qu’il est exposé, plus de regards que n’importe quelle momie ou statue colossale de la collection, si l’on en croit le classement habituel des visites.
Cette dalle n’est d’ailleurs qu’un morceau. Il manque le haut de la stèle et un angle inférieur gauche, et la partie disparue aurait porté une scène de Ptolémée V faisant des offrandes aux dieux. On pense que la stèle était d’abord exposée dans un temple, peut-être à Saïs, avant d’être déplacée puis réemployée comme matériau dans les murs du fort. Les soldats de 1799 ont donc sorti de terre un fragment déjà recyclé une fois.


8 hour_ago
44



























.jpg)






French (CA)