Le pont d’Ås, à 20 km d’Oslo, sert de passage aux piétons et aux vélos au-dessus de l’autoroute E18. Son plan vient d’un dessin de Léonard de Vinci daté de 1502. L’ouvrage a été inauguré par la reine Sonja en novembre 2001, près de 500 ans après le croquis.
À l’origine, il s’agissait de franchir un bras de mer, pas du bitume.
À retenir
- Léonard de Vinci a proposé en 1502 un pont de 240 m de long à Istanbul, jamais construit
- L’artiste norvégien Vebjørn Sand redécouvre le projet en 1996 et le fait réaliser en cinq ans
- Le pont d’Ås mesure 109 m et franchit l’autoroute E18 près d’Oslo depuis 2001
Sommaire
Une lettre adressée à un sultan
En 1502, Léonard propose au sultan Bayezid II un pont de 240 m de long et 24 m de large sur la Corne d’Or, à Istanbul. Il le conçoit à travée unique, donc sans pile dans l’eau. Dans sa lettre, il écrit que le souverain avait songé à relier Galata à Stamboul, que cela n’avait pas été fait faute d’experts, et qu’il savait, lui, comment s’y prendre. Le ton est celui d’une offre de services.
240 m, c’est plus de deux terrains de football alignés bout à bout, d’un seul jet.
Le pont n’a jamais été construit.
1996 : un artiste norvégien tombe sur le dessin
En 1996, le peintre et plasticien Vebjørn Sand découvre ce projet oublié. Il convainc l’Administration norvégienne des routes de le réaliser, et c’est lui qui dirige le partenariat. Entre l’idée et l’inauguration, il se sera écoulé environ cinq ans.
Le résultat n’est pas une photocopie. Le pont d’Ås est en bois lamellé-collé renforcé d’acier, alors que Léonard envisageait de la pierre. Le dessin ne comportait qu’une seule parabole, l’ouvrage norvégien en compte trois. Côté bureau d’études, c’est l’ingénierie du groupe AFRY, alors Reinertsen Engineering, qui a dimensionné la structure. Un croquis de la Renaissance est ainsi passé entre les mains d’ingénieurs du XXIe siècle, avec calculs de charges à l’appui.
Sand a choisi la reine Sonja pour couper le ruban parce que presque tous les ouvrages publics de l’époque étaient inaugurés par des hommes, ce qu’elle a relevé dans son discours. Le détail dit quelque chose du projet : pour l’artiste, le pont était autant un geste qu’un équipement routier.
Moins de la moitié, au-dessus d’une autoroute
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’ouvrage mesure 109 m au total, avec une travée principale de 40 m. Face aux 240 m du dessin, on est à moins de la moitié pour la longueur totale, et la travée de 40 m représente un sixième de la portée de 1502. Les voitures de l’E18 passent dessous, là où Léonard visait des navires.
Le projet existe enfin, mais pas là où Léonard l’avait pensé.
Reste à ne pas en tirer trop. Un pont de 109 m en bois et en acier ne prouve pas qu’un ouvrage de 240 m en pierre aurait tenu au XVIe siècle : matériaux, échelle et nombre d’arcs diffèrent. Ce que le pont d’Ås démontre est plus modeste, et plus solide : le dessin pouvait servir de point de départ à un projet réel, avec des normes et un chantier d’aujourd’hui. Pour le reste, aucun document consulté ne tranche, et il vaut mieux s’en tenir là.
Ås a aussi lancé l’Oslo Leonardo Bridge Project, dont l’ambition est de bâtir des passerelles inspirées de Léonard dans d’autres pays, avec des ressources locales. Le pont norvégien devait donc être le premier d’une série.
Sources : dbpedia.org | youtube.com


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