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En allumant leur bouilloire à la fin d’une séance de tirs au but en 1990, les Anglais ont littéralement réclamé d’un coup 2 800 mégawatts à leur réseau électrique

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À retenir

  • Le 4 juillet 1990, la demande d’électricité britannique atteint 2 800 MW à la fin d’une séance de tirs au but.
  • Ce pic est le plus fort jamais enregistré pour un événement télévisé au Royaume-Uni.
  • Les opérateurs mobilisent des réservoirs de pompage et des centrales de réserve pour absorber ces hausses synchronisées.

Sommaire

  1. Turin, 4 juillet 1990 : 2 800 MW à la fin des tirs au but
  2. Équilibrer l’offre et la demande, seconde par seconde
  3. Un record qui devrait résister

Turin, 4 juillet 1990 : 2 800 MW à la fin des tirs au but

Le 4 juillet 1990, à Turin, la demi-finale de Coupe du monde entre l’Angleterre et la RFA se joue aux tirs au but. Quand la séance s’achève, une demande de 2 800 MW s’abat sur le réseau britannique, la plus forte jamais enregistrée pour un événement télévisé. Le gestionnaire, National Grid ESO devenu NESO, la classe en « all-time record », et le principal suspect se trouve dans toutes les cuisines du pays : la bouilloire.

Aucun autre événement télévisé britannique n’a fait grimper la demande aussi haut.

Ce soir-là, le match a déjà duré 120 minutes avant le début de la séance, et le pays reste rivé à l’écran jusqu’au dernier tir. Chris Waddle manque sa tentative et l’Angleterre voit sa finale s’envoler. Lothar Matthäus, qui avait tiré le deuxième penalty allemand, sera photographié en train de consoler Waddle. Ce fut aussi le premier d’une série noire : jusqu’à leur victoire de 2018 contre la Colombie, les Anglais ont perdu toutes leurs séances de tirs au but en Coupe du monde.

Dans les foyers, la pause se traduit par un geste réflexe, remplir la bouilloire. Une bouilloire britannique consomme en général 2,5 à 3 kW. Il faut pourtant écrire « bouilloires et autres appareils » : la presse spécialisée, Utility Week en tête, rappelle que l’éclairage, les portes de frigo et les pompes de chasse d’eau pèsent aussi dans le pic.

Reste à se représenter l’échelle. 2 800 MW, ce sont 2 800 000 kW, face aux 2,5 à 3 kW d’un seul appareil. Pour la finale de l’Euro 2020, NESO prévoyait jusqu’à 2 GW, l’équivalent d’environ 1,1 million de bouilloires, et le pic de 1990 se situe dans le même ordre de grandeur.

Équilibrer l’offre et la demande, seconde par seconde

Octobre, les soirées fraîches : la bouilloire reprend du service chaque soir, et personne ne songe à son effet sur un réseau national. Un foyer isolé ne pèse presque rien. 1990 rappelle ce que donne la synchronisation, le même geste répété par des millions de personnes à la même seconde.

Le gestionnaire du réseau équilibre l’offre et la demande seconde par seconde. Le « TV pickup » apparaît quand les spectateurs profitent d’une pause publicitaire pour mettre en route leurs appareils en même temps. Selon Wikipedia, ces hausses de demande calées sur la grille télé sont propres au Royaume-Uni.

Les opérateurs consacrent des moyens considérables à prévoir ces épisodes, qui ajoutent d’ordinaire environ 200 à 400 MW à la demande. Le record de 1990 pèse donc 7 à 14 fois un pic ordinaire. Pour y répondre, on s’appuie souvent sur des réservoirs de pompage, rapides à mettre en ligne. Les centrales fossiles et nucléaires, plus lentes, viennent en renfort.

NESO prépare aussi des centrales en réserve et les appelle au moment voulu grâce au « balancing mechanism ». L’avertissement pour la finale de l’Euro 2020 a été publié le 9 juillet 2021, avant le match.

Un record qui devrait résister

Le record de 1990 n’est pas le seul pic consigné par le gestionnaire. L’épisode « Who shot Phil » d’EastEnders, en 2001, a fait monter la demande de 2 290 MW, soit environ 82 % du record. À la mi-temps d’Angleterre-Danemark à l’Euro 2020, la hausse a atteint 1 400 MW.

En 1966, le dernier but de Geoff Hurst n’a provoqué que 600 MW.

Selon NESO, l’explication du record qui ne tombe plus tient à la manière dont on regarde la télévision. Avec Internet, le satellite et la vidéo à la demande, il n’existe plus d’« heure de fin » unique pour un programme. En 1990, les spectateurs étaient calés sur les mêmes diffusions, alors qu’aujourd’hui chacun décale sa pause. Wikipedia note aussi que l’élargissement de l’offre de chaînes atténue l’effet, qui reste une préoccupation pour les gestionnaires.

Pour la Coupe du monde 2026, NESO anticipait une hausse pouvant atteindre 800 MW, soit plus que les 600 MW de 1966. À la veille du tournoi, le gestionnaire présentait toujours le pic de 1990 comme le record en vigueur.

À la maison, le calcul se fait en kilowatts : une bouilloire de 2,5 à 3 kW appelle sa puissance pendant toute la durée de chauffe. Ne remplir que le volume nécessaire raccourcit ce temps, un geste simple à reproduire chaque soir de l’automne. Quant à la part exacte des bouilloires dans le pic de 1990, les sources consultées ne l’isolent pas.

Sources : neso.energy | gridinfocus.co.uk

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