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Du pestiféré au non-vacciné – Pierre Chaillot

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De la lèpre au Covid, l’histoire médicale révèle combien la peur sait fabriquer ses propres suspects.

1. La figure du pestiféré : Une obsession vieille comme le monde

​Les malades n’ont pas attendu l’invention du microscope électronique ni la découverte des virus pour être accusés d’être la cause des maux de la communauté. L’image du pestiféré et le réflexe de bouc émissaire sont aussi vieux que l’humanité.

​En France, une quarantaine de villages ou de lieux-dits s’appellent « La Madeleine ». Dans la très grande majorité des cas, ces toponymes rappellent la présence d’une ancienne léproserie médiévale. Les lépreux étaient bannis, forcés de porter une crécelle pour signaler leur présence et rejetés aux marges des villes pour « protéger » la population de la contamination. Pourtant, nous savons aujourd’hui que la lèpre se développe principalement sur des terrains physiologiques affaiblis par de multiples carences et des conditions de vie misérables.

​Le cas du scorbut est encore plus éclairant sur notre capacité collective à fabriquer de la fausse contagion. À partir du XIVe siècle et de l’essor de la navigation au long cours, le scorbut a fait des ravages dévastateurs. Rien que dans la marine britannique, cette maladie a fait des millions de morts, tuant bien plus de marins que toutes les batailles navales réunies.

​À bord des navires, le scénario était toujours le même : un premier matelot déclarait des symptômes, puis un deuxième, puis des dizaines d’autres. Face à cette dynamique temporelle — qui ressemble en tout point à ce qu’on appelle une épidémie —, l’esprit humain a immédiatement conclu à la propagation d’un mal contagieux. Les marins malades étaient confinés dans les cales, puis jetés par-dessus bord à leur mort pour éviter de « contaminer » le reste de l’équipage.

​Il aura fallu attendre le XVIIIe siècle pour que l’on comprenne qu’on pouvait résoudre ce problème en ajoutant du jus de citron à la ration des marins. Et ce n’est qu’au XXe siècle avec la découverte de la vitamine C que la médecine a définitivement cessé de considérer le scorbut comme une maladie infectieuse et transmissible !

​Aujourd’hui, la médecine admet avoir commis exactement la même erreur d’interprétation avec le béribéri (carence en vitamine B1) ou la pellagre (carence en vitamine B3/PP). À chaque fois que des groupes humains partageaient les mêmes conditions de vie, la même mauvaise alimentation ou les mêmes intoxications, la médecine a d’abord accusé un ennemi invisible et contagieux avant de découvrir la réalité du terrain.

Mais qu’en est-il des autres maladies dites transmissibles ? Le rhume, la grippe, la Covid, les MST ? Qui a déjà réellement fait l’exercice de vérifier si le pathogène incriminé a vraiment ete scientifiquement identifié et si on a vraiment établi son lien avec la maladie ? Un des objectifs de ce dossier est de vous permettre de faire le tri entre croyance, hypothèse, supposition, lieu commun et résultat scientifique.

​2. Un biais bicentenaire : L’obsession de l’État sanitaire et du vaccin

​La théorie du germe au XIXe siècle n’a fait que donner un vernis « scientifique » à ce très vieux réflexe d’exclusion. Comme le soulignait Modeste Schwartz dans son analyse « 214 ans pour rien », cette logique d’État sanitaire et d’obligation vaccinale repose sur les mêmes biais méthodologiques depuis plus de deux siècles.

Dès 1810, sous Napoléon Ier, la France organisait la promotion et la distribution de la vaccination contre la variole (la vaccine). Le premier territoire cobaye fut l’Italie du Nord, fraîchement conquise. Déjà à l’époque, la méthode statistique était totalement biaisée : on attribuait arbitrairement toute baisse de la mortalité au vaccin, en ignorant royalement les améliorations majeures de l’hygiène, de la salubrité publique et de la nutrition qui s’opéraient au même moment. La rhétorique était déjà axée sur le “progrés” et avaient reçu “l’assentiment des plus éclairés d’Europe”. Les “pauvres” étaient vaccinés gratuitement et, même s’il n’y avait pas d’obligation vaccinale officielle, les enfants non-vaccinés étaient exclus de l’école et les adultes de l’aide sociale.

Plus de deux cents ans plus tard, l’histoire se répète au mot près. L’illusion repose sur le même sophisme : constater un phénomène global, isoler un seul facteur (l’injection) et lui attribuer l’exclusivité des résultats positifs, tout en masquant les effets secondaires et en ignorant l’environnement. Seule la technologie a évolué : on est passé de l’inoculation (sacrifier le bras du patient pour y injecter du pus contaminé) au vaccin Arnm, sans jamais respecter le moindre principe de l’analyse scientifique.

3. L’engrenage historique : Comment le malade est devenu un criminel en puissance

Au XIXe siècle, les travaux de figures comme Louis Pasteur ou Robert Koch ont progressivement imposé l’idée que chaque maladie avait une cause unique, externe et vivante : un microbe. Les premières analyses de sang humain au microscope ont révélé tout une vie dans ce fluide qu’on croyait aseptique. Immédiatement, ces corps étrangers sont devenus les responsables de tous nos maux. La pratique médicale s’est alors résumé à prétendre identifier cet intrus pour le tuer.

Très vite, cette vision s’est heurtée à une réalité biologique embarrassante : la présence d’un micro-organisme chez un individu n’est même pas corrélée à la présence de symptômes. C’est l’apparition du concept de « porteur sain ».

Pour maintenir la théorie du germe malgré cette contradiction flagrante, la médecine institutionnelle n’a pas révisé son hypothèse de départ. Elle a préféré élargir la définition de la menace : désormais, n’importe quel individu bien portant peut être un vecteur de mort à son insu. Même si vous n’êtes pas malade, vous êtes quand même un danger public ! Personne n’est à l’abri ! Seul le corps médical peut décider de qui a le droit de se balader sans entrave.

Suite de l’article de Pierre Chaillot.

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