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Politique 02/01/2026 06:30 Actualisé le 02/01/2026 07:02
Si vous voulez tenter un mois de janvier sans alcool, il faudra le faire sans l’appui officiel du gouvernement.
Par Jade Toussay, Ange Teta et Marie Haynes

CHRISTOPHE ENA / AFP
Emmanuel Macron, sur l'Ile-de-Sein le 18 juin 2024.
EN BREF • Le Dry January peine à recevoir un soutien officiel du gouvernement, malgré l’intérêt croissant des Français pour cette initiative.
• Au Royaume-Uni, l’opération est soutenue par le ministère de la Santé, contrairement à la France où Emmanuel Macron et d’autres politiques restent réticents à s’y associer.
• Les lobbies influencent les décisions sur l’alcool, freinant les mesures restrictives, comme le montre le rejet d’un amendement pour taxer certaines boissons alcoolisées.
Le verre à moitié plein : sept ans après son introduction en France, le concept du Dry January - (« janvier sobre ») s’ancre petit à petit. Les soirées « sans alcool » voient le jour et cette année, près d’un Français sur quatre compte participer, selon l’enquête menée par notre partenaire YouGov. Le verre à moitié vide : il ne faut pas compter sur un soutien explicite et appuyé du chef de l’État ou du gouvernement.
Emmanuel Macron sacré personnalité de l’année 2022 par la Revue du vin pour sa défense « systématique » de ce produit national. Emmanuel Macron qui boit une bière cul sec en marge d’un match de rugby en 2023. Des ministres en poste jamais réticents à parler d’une bière. Un président du Sénat outré par une simple préconisation visant à supprimer l’alcool à la buvette de l’Assemblée. Les pouvoirs politiques français ont-ils un problème avec la boisson ?
Au Royaume-Uni où l’idée de ce mois sans alcool est apparue, le Dry January est officiellement appuyé par le ministère de la Santé. En France, un seul a publiquement dit vouloir « encourager les Français à réfléchir à leurs habitudes de consommation et à se rendre compte des bénéfices d’une pause » : Yannick Neuder, ministre de François Bayrou. Une déclaration qui tranche avec celles de ces prédécesseurs qui, s’ils se prêtaient au jeu pour certains, n’ont jamais endossé le sujet au nom du gouvernement. Quid de Stéphanie Rist, actuelle ministre de la Santé ? Contacté par nos soins, son cabinet n’a pas été en mesure de préciser sa position, personnelle ou officielle, à l’heure nous écrivons ces lignes.
Le soutien (très) timide de la classe politique
Décembre 2023, son prédécesseur à la Santé Aurélien Rousseau et ancien directeur de l’ARS d’Île-de-France ne cachait pas sa réticence : « À titre personnel, je suis toujours très méfiant ou prudent quand on dit : “Le gouvernement lance une campagne pour savoir comment vivre pendant un mois” », déclarait-il sur BFMTV.
Désormais élu Place Publique, il n’est pas le seul sur cette ligne et ce, qu’importe le bord politique. Si la plupart des députés interrogés par Le HuffPost voient d’un bon œil le principe du Dry January, ils sont plus partagés sur la nécessité de le faire soutenir par l’État. « Chacun est libre de faire ce qu’il souhaite. L’État peut mettre en place des outils, des dispositifs mais ne peut pas imposer aux gens le Dry January » estime le député EPR du Maine-et-Loire Denis Masséglia. Un avis que partage son collègue (LIOT) de la Marne Charles de Courson : « Ce n’est pas à l’État d’expliquer à nos concitoyens s’ils doivent consommer ou pas consommer. L’État ne se mêle pas de cela ».
À gauche dans l’hémicycle, le socialiste Philippe Brun « pense » qu’il pourrait s’agir d’« une bonne idée ». Son collègue insoumis Éric Coquerel estime que ce ne serait « pas anormal » au vu des autres politiques de santé publique et ajoute : « Ce serait peut-être positif pour lutter contre les dégâts de l’alcool ». Le soutien est timide.
L’influence du lobby pointée du doigt
Au-delà du Dry January, la réticence des responsables politiques français à prendre des mesures contraignantes vis-à-vis des produits alcoolisés s’est vue à l’Assemblée nationale lors de l’examen du projet de budget de la sécurité sociale. Un amendement, déposé par les socialistes sous l’impulsion d’Addiction France pour taxer les Vodys (ces boissons mi-alcoolisées mi-énergisantes) a ainsi été rejeté. Les opposants ont notamment fait valoir « le risque de toucher des vins apéritifs, comme le vermouth ou d’autres préparations traditionnelles à base de vin », selon le rapporteur (LR) du PLFSS Thibault Bazin. La ministre de la Santé Stéphanie Rist s’est contentée d’un avis de sagesse. Une façon de ne pas prendre position et une preuve de la sensibilité du sujet.
Un amendement de compromis a finalement reçu le feu vert des députés, sans convaincre Addiction France. L’association a dénoncé un dispositif« extrêmement réducteur » et « proposé par le lobby des vins et spiritueux. » Des propos qui font écho à ceux de la députée écologiste Sandrine Rousseau qui évoque « un lobby extrêmement présent dans l’hémicycle. » « Dès qu’on parle alcool ici, il est impossible d’obtenir la moindre micro taxe ou interdiction », a-t-elle déploré auprès du HuffPost.
« La culture ne considère pas l’alcool comme une drogue »
Elle n’est pas la seule à dénoncer l’intervention de ces cercles privés. En 2019, plusieurs organisations de lutte contre les addictions avaient aussi mis en cause le « lobby alcoolier » après l’annulation à la dernière minute d’une campagne de Dry January réalisée en lien avec Santé Publique France, un organisme géré par le ministère de la Santé. Sans confirmer l’influence des lobbies, l’Élysée avait détaillé à Libération la position d’Emmanuel Macron « qui ne souhaite pas interdire la consommation d’alcool de façon formelle ».
Ce n’est pourtant pas l’objectif affiché par les associations qui soutiennent le mois sans alcool. La Fédération- Le Dry January peine à recevoir un soutien officiel du gouvernement français, malgré l’intérêt croissant des Français pour cette initiative. Emmanuel Macron et d’autres politiques restent réticents à s’y associer.
- Au Royaume-Uni, le Dry January est soutenu par le ministère de la Santé, contrairement à la France où les politiques hésitent à promouvoir cette initiative.
- Les lobbies influencent les décisions politiques sur l’alcool, freinant les mesures restrictives, comme le montre le rejet d’un amendement pour taxer certaines boissons alcoolisées. Addictions, qui détient la licence « Dry January » pour la France, estime ainsi que le concept vise avant tout à « repenser durablement son rapport avec l’alcool. » Selon une enquête de Santé Publique France parue fin 2025, « 22,2 % des adultes ont déclaré une consommation au-dessus des repères de consommation à moindre risque » sur une semaine. Ce qui fait dire à Antoine Léaument qu’en France « la culture ne considère pas l’alcool comme une drogue à part entière. » Y compris au sein de la classe politique, jusqu’au sommet de l’État.


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