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Bernard Drainville veut donner tout ce qu’il a pour devenir le prochain premier ministre du Québec, quitte à casser quelques pots dans sa maison politique. « Je ne veux pas vivre de regrets », a-t-il lancé en entrevue éditoriale avec Le Devoir, à 11 jours de la conclusion de la course à la chefferie caquiste.
« Mon regret, dans ce cas-ci, [ce serait] justement de ne pas — bien oui — de ne pas avoir essayé d’être premier ministre », a-t-il affirmé, en soulignant qu’on a juste « une vie à vivre ».
Le candidat, qui tire de l’arrière dans les intentions de vote pour la succession de François Legault, s’est soumis à un barrage de questions pendant près d’une heure. Son adversaire, la favorite Christine Fréchette, a d’abord accepté de se prêter à l’exercice, puis elle s’est désistée.
En fin de course, l’aspirant premier ministre lâche les gants. Mercredi, il a reproché à sa rivale de « manquer de jugement », de « dire le contraire de la vérité » et d’avoir « caché de l’information » aux Québécois.
Il en a contre son refus de dévoiler une évaluation du ministère de l’Immigration, qui calcule que sa promesse de rétablir le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour deux ans entraînerait la sélection de 125 000 immigrants, selon des chiffres rapportés par La Presse. « Elle a une approche sur l’immigration qui est, oui, beaucoup plus proche de celle de Charles Milliard que de la mienne », a lancé M. Drainville, en faisant référence au chef libéral.
Fini, le beige
Dès le déclenchement de la course, le député de Lévis a défendu une vision de « centre droit » qui, estime-t-il, se rapproche davantage des valeurs d’origine du parti de François Legault.
« Moi, je pense qu’à bien des égards, on est devenus beiges, à la CAQ. Les gens ne savent plus très bien ce que nous incarnons, ce que nous représentons », a-t-il affirmé, en dénonçant notamment l’embauche de « 10 000 nouveaux fonctionnaires » depuis l’arrivée au pouvoir de François Legault en 2018.
Bernard Drainville admet que le « changement de cap » qu’il propose peut avoir rendu certains caquistes « inconfortables ». Notamment autour de la table du Conseil des ministres — dont un seul membre l’appuie, contre une quinzaine pour sa rivale.
Il refuse en revanche de lier sa personnalité à son impopularité auprès de ses collègues. Il juge que sa pugnacité est un avantage et se dit convaincu de la nécessité de « clarifier l’offre politique » de la CAQ pour lui redonner ses couleurs.
Et si, dans la défaite, il entraînait une série de caquistes déçus à tourner le dos à sa formation politique ? « Écoutez, l’avenir le dira », a répondu M. Drainville.
Une constitution à majorité simple
S’il s’assoit dans le siège du premier ministre le 12 avril, l’élu lévisien réduira la taille de son Conseil des ministres à 20 personnes. Il ouvre aussi la porte à proroger les travaux parlementaires.
M. Drainville assure qu’il n’a pas réservé de sièges au saint des saints pour ceux qui l’appuient dans la course. Mme Fréchette a-t-elle fait ce genre de promesses ? « Il faudrait [le] demander à M. [Lionel] Carmant », a-t-il répondu, en référence à l’ex-ministre des Services sociaux, qui appuie sa rivale.
Même si « ce n’est pas [son] premier choix », l’aspirant-chef caquiste n’exclut pas de recourir à la procédure d’exception pour faire adopter le projet de constitution de son collègue Simon Jolin-Barrette. Bâillon ou pas, le gouvernement n’a pas besoin d’être appuyé par les oppositions dans sa démarche, estime M. Drainville. « Je pense qu’on peut l’adopter à majorité simple. »
Jouer dans les conventions collectives
Pendant la course, Bernard Drainville s’est aussi engagé à mettre fin à la « permanence à vie » pour les membres de la fonction publique. Il reconnaît cependant que son engagement — qui concerne une modification à la Loi sur la fonction publique — n’a aucun effet, puisque les conventions collectives offrent cette garantie.
« Il va falloir, au moment des renégociations, arriver avec des propositions qui vont dans ce sens-là », a-t-il déclaré, en précisant n’avoir aucune intention de modifier les contrats de travail actuels.
M. Drainville, qui a connu un bref passage à l’Environnement, n’entend pas mettre en place de nouvelles mesures de lutte contre les changements climatiques s’il obtient l’appui d’une majorité des membres de la CAQ. Son programme environnemental s’appuie en priorité sur les 200 milliards de dollars d’investissements annoncés par Hydro-Québec dans son Plan d’action 2035.
« Je trouve que c’est déjà beaucoup », a-t-il affirmé. Et « vous me direz : “ce n’est pas plus”, mais sur la fracturation hydraulique, il y a quand même une position de principe », a ajouté celui qui, contrairement à son adversaire, a fait une croix sur la relance de l’industrie du gaz de schiste au Québec.
Ne pas oublier de sourire
Pour séduire l’électorat québécois, M. Drainville admet qu’il doit afficher son côté « givré » et plus « sympathique ». « C’est vrai que, par moments, je peux avoir l’air un peu plus bagarreur que chaleureux, mettons. Et donc, je reconnais que ça peut être un défi », a-t-il affirmé, en soulignant que son attachée de presse lui rappelle souvent de sourire.
À ceux qui doutent de sa sincérité — comme Christine Fréchette, qui l’a accusé samedi d’être une « girouette » —, l’ex-ministre du Parti québécois répond qu’il a « cheminé » depuis sa première victoire électorale, en 2007.
« On ne peut plus continuer avec le système actuel. Et je n’y arrive pas par idéologie. J’y arrive par la pratique, par l’expérience vécue », a-t-il affirmé. « Les idées que je mets de l’avant, j’y crois. » Il assure qu’il n’est pas « prêt à dire n’importe quoi pour gagner » des votes. « Je veux être capable de me regarder dans le miroir. […] Je veux être capable de dire à la fin de la course : j’ai vraiment tout donné. J’ai tout fait. »
Le candidat à la chefferie caquiste s’engage à se représenter cet automne, qu’il morde la poussière ou non le 12 avril. En cas de défaite, il demeure prêt à « travailler avec Christine Fréchette », a-t-il dit, en soulignant à grands traits le mot « avec » — et en l’opposant au mot « pour ». « C’est sûr qu’il va y avoir des arrimages qui ne seront peut-être pas toujours évidents », a-t-il reconnu.
Si, au contraire, il devient chef, Bernard Drainville ne se fait pas d’illusions. « Je ne renonce absolument pas à une victoire aux prochaines élections, mais je mesure la côte que nous avons à remonter. » Peu importe le résultat du scrutin en octobre, il n’abandonnera pas le navire caquiste et s’engage à lui donner un mandat de plus.
Et vu son virage vers le centre droit, écarte-t-il la possibilité de briguer, un jour, la chefferie du Parti conservateur du Québec ? « Ben oui », a-t-il répondu du tac au tac. « Je suis un caquiste. »
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