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«Django Unchained»: les contrebandiers du jazz manouche débarquent au Forum Meyrin

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Publié le 02 octobre 2026 à 07:30. 3 min. de lecture

Avouons-le: il y a un «jazz» manouche commercial assaisonné de rumba qu’on rebaptiserait volontiers «jazz pas touche», tant il fait saigner les oreilles. Les Gipsy Kings ont décidément traumatisé certains d’entre nous, avec leurs scies musicales simplistes dont l’écoute donnait envie de sortir de son corps pour n’y plus jamais revenir. Or, c’est tout le contraire qui attend amatrices et amateurs lors de la Soirée gypsy jazz du 16 octobre à Meyrin. Les artistes qui se produiront ce soir-là sont les dignes héritiers et les passeurs virtuoses du grand Django Reinhardt, l’homme qui faisait chanter sa guitare, l’un des pères fondateurs du jazz manouche.

Les brigades du rire jazzy

En première partie, le public pourra savourer la prestation haute en couleur des quatre solistes de Minor Sing, un ensemble où les prouesses techniques et créatives se mêlent à un humour délicieux. Voici Yannick Alcocer, guitariste très actif sur la nouvelle scène gypsy; Jean Lardanchet, violoniste et guitariste amoureux de Django et de Stéphane Grappelli; Laurent Vincenza, que la découverte à 12 ans de la musique de Reinhardt foudroie d’admiration, au point que celui-ci rejoint dans son panthéon personnel Jimi Hendrix et Wes Montgomery; et enfin Sylvain Pourrat, qui travaille aussi bien avec des comédiens qu’au sein de formations de jazz ou de musiques actuelles. A eux tous, ces mousquetaires ont produit Djangolympics, un album leur ayant ouvert les portes de nombreux festivals français et internationaux, avec à la clé deux ans de tournée en Europe et en Amérique latine. Ils reviennent avec un nouvel album dans leur besace, Eléphant, une fibre musicale intacte et un penchant irrésistible pour la drôlerie et les jeux de costumes. Il n’est que de regarder le clip de leur morceau Citius: en tenues de sportifs des Années folles, affublés d’imposantes moustaches postiches, ils semblent tout droit sortis d’un épisode des Brigades du Tigre et déroulent pourtant une partition aussi fine que moderne, semant autour d’eux un plaisir communicatif.

Minor Sing, quatre musiciens et une bonne dose d’humour. — © DR Minor Sing, quatre musiciens et une bonne dose d’humour. — © DR

Une invitation qui ne se refuse pas

En seconde partie de soirée, place à Angelo Debarre, guitariste étincelant, qui invite sur scène la chanteuse, violoncelliste et comédienne Anne Sila, ce qui promet un authentique moment de grâce musicale. Le premier est devenu, au fil d’une carrière foisonnante, une légende du jazz manouche, mû par l’admiration qu’il porte à l’héritage de Django Reinhardt. Il fonde son premier quintet dès 1984 et enregistre notamment en 1989, avec Serge Camps et Frank Anastasio, l’album Gypsy Guitars, qui restera une référence dans le genre. Doté d’une technique ébouriffante, aussi à l’aise dans l’interprétation que dans l’improvisation, Angelo Debarre est un homme de rencontres et d’amitié, en plus d’être un prince des cordes. On n’est donc pas surpris de le voir partager le plateau avec Anne Sila, dont le nom dira forcément quelque chose aux férus de The Voice. Elle a participé en effet à la quatrième saison du télé-crochet en 2015, une édition qui l’a vue atteindre la finale, puis a récidivé en 2021, remportant cette fois-ci l’édition The Voice All Stars. Mais attention: la chanteuse n’est pas une artiste de la 25e heure qui aurait attendu son passage à la télévision pour se forger une identité musicale. Forte de ses longues années de violoncelle au conservatoire, Anne Sila a très tôt abordé le chant avec la rigueur d’une instrumentiste. Son grain de voix, reconnaissable entre tous, et sa tessiture de mezzo-soprano lui permettent de délivrer des graves chauds, profonds et caressants, de monter avec souplesse – quelle aisance insolente! – dans les aigus, et de tenir la note comme on tient une promesse… C’est n’est pas pour rien que son coach vocal dans The Voice, Florent Pagny, soulignant la justesse constante de son placement vocal, l’avait qualifiée de «vrai Stradivarius». Un Stradivarius qu’elle mettait d’ailleurs, dès avant sa participation à l’émission de TF1, au service du jazz autant que de la pop, se produisant par exemple dans des clubs new-yorkais dès le début des années 2010.

Anne Sila, une voix singulière aux accents jazz. — © CLEPS\_PUIG Anne Sila, une voix singulière aux accents jazz. — © CLEPS\_PUIG

Un guitariste de génie, une chanteuse à la voix ensorcelante, et les fées de ce qui se fait de mieux en matière de jazz manouche penchées sur le berceau de cette soirée au Forum Meyrin: trois bonnes raisons de faire un pèlerinage au bout du lac. Sans compter Minor Sing, un quartet majeur de la scène musicale contemporaine.

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