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Dialogues des carmélites de Francis Poulenc, dans la célèbre mise en scène d’Olivier Py, prenait l’affiche mardi soir à Québec pour trois représentations dans le cadre de la 15e édition du Festival d’opéra de Québec. Redonné jeudi et samedi au Grand Théâtre, ce spectacle est bel et bien l’événement de l’été classique au Québec que Le Devoir avait prédit.
Il n’y avait pas beaucoup de suspense. La lecture scénique d’Olivier Py de Dialogues des carmélites a été dévoilée en 2013, pour le cinquantenaire de la mort de Poulenc et elle suscite, depuis, éblouissement et unanimité.
On la connaît bien, puisque la production originale a été filmée à Paris et documentée en DVD et Blu-ray. La reprise, pilotée par Daniel Izzo, à Québec, a gardé tout le potentiel évocateur et la magie de ses images fortes.
Antithèses
Parmi elles, la mort de Madame de Croissy, la prieure, dans un lit accroché verticalement comme un crucifix est l’une des plus mémorables.
Il fallait une scène aussi puissante pour servir de pendant et d’antithèse à la scène finale. Il y est question de « peur de la peur ». Placarder au mur cette peur grimaçante de la mère supérieure, qui va jusqu’à mettre en cause sa foi, s’oppose en tout au tableau final, où un espace ouvert, infini et étoilé, accueille les religieuses sacrifiées qui ont surmonté toute peur. « On meurt pour les autres », commente Sœur Constance en apprenant le calvaire de la prieure. L’exemplarité dans le spectacle est multiple.
Olivier Py met des balises. Il ne fait pas un spectacle sur l’époque de la Révolution française. Au fond, le contexte historique donne un canevas au cheminement spirituel.
Comme l’iconographie n’est plus historique, les décors sont très épurés et les tableaux se découpent avec des éléments simples et de magnifiques éclairages autour de symboliques fortes. L’apparition de la table de la cène qui rassemble les religieuses avant leur emprisonnement est véritablement bluffante.
Modèles
Le metteur en scène recentre donc, avec justesse, le propos au cœur du carmel avec deux destinées, celle de la communauté et celle de Blanche de La Force (pour un résumé de l’action, reportez-vous à la présentation de l’opéra dans le DMag de samedi dernier). Le cheminement de Blanche, qui donne à l’opéra sa force émotionnelle, est le plus difficile à cerner, à l’image de ses propres contradictions, entre peur et quête de sens et d’héroïsme. Py ne facilite pas plus les choses que d’autres metteurs en scène.
Par contre, le cadre général est peuplé de figures marquantes. Les protagonistes du carmel nous offrent un miroir de nos failles et de nos capacités. Madame de Croissy est en proie au doute le plus absolu au moment décisif ; Sœur Constance symbolise le pouvoir de l’intuition et la pureté d’âme ; Mère Marie est en quête d’absolu et encourage au martyre alors que Madame Lidoine, la nouvelle prieure, est une autorité morale qui conjugue la parole et les actes.
Croyances
Au contraire de Serge Denoncourt, qui avait mis en scène l’opéra en 2017 à Montréal, Olivier Py a « foi en la foi », pour reprendre notre formule de l’époque.
Mais le plaidoyer moral n’est jamais sentencieux ou kitch. Tableaux et décors chavirent et glissent les uns dans les autres comme la musique de Poulenc s’enchaîne, sans temps morts. La lumière qui découpe l’espace, fait surgir des symboles (magnifique motif de croix), comme elle laisse filtrer des rayons d’espérance, même dans la nuit noire du doute (tableau de la prison).
Aux mots de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », il se trouve toujours quelqu’un pour rajouter « en Dieu ». Ce n’est pas gratuit, car ironiquement, à bien les regarder évoluer, ce sont bien ces « bonnes sœurs », plutôt que la Terreur, qui incarnent finalement ces idéaux révolutionnaires.
La mouture québécoise de Dialogues des carmélites est dirigée avec un grand sens de la continuité dramatique par Jean-Marie Zeitouni, à la tête d’un Orchestre symphonique de Québec en grande forme.
Le plateau est dominé par Julie Boulianne, exceptionnelle Marie de l’Incarnation. Excellente présence aussi de la part de Sylvie Brunet-Grupposo en Madame de Croissy. Hélène Guilmette et Florie Valiquette sont très bien distribuées et assorties, alors que Guylaine Girard est une bonne Madame Lidoine, même si la voix bouge pas mal, mais elle est très dépassée en impact par Julie Boulianne, ce qui fait un contraste trop grand entre ces deux personnages. La prononciation du plateau est très juste.
Satisfaction générale pour les rôles masculins, avec une mention particulière pour Hugo Laporte, en grande forme, le luxe de l’engagement de Patrick Bolleire en Marquis qui permet de bien lancer le spectacle. Seule fausse note, la distribution d’un petit rôle (officier) à un certain Maxence Lasserre-Engberts. Il chante (heureusement) uniquement deux ou trois phrases, mais nullement avec l’aura d’un soliste et il est inconcevable qu’un spectacle de ce calibre, de cette aura et de cette trempe nous réserve des apparitions lunaires de ce genre.
Christophe Huss était l’invité de l’Opéra de Québec.


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