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Détroit d'Ormuz: l'appel américain à former une coalition navale de sauvetage, un défi lancé à l'Europe

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Ainsi, l'armée états-unienne est impuissante à faire cesser les attaques contre les pays arabes alliés et assurer la liberté de navigation au Moyen-Orient. Quelques navires à destination et sous pavillon de la Chine ou de l'Inde ont pu emprunter le détroit d'Ormuz, à l'entrée du golfe Persique, mais 95% du trafic maritime reste bloqué, à la merci des Gardiens de la révolution iraniens. La guerre prend déjà l'allure d'un bourbier et d'une humiliation américaine.

Tant d'imprévoyance doublée d'une fanfaronnade indécente de la part de Donald Trump laisse pantois. Éteindre l'incendie suppose de rétablir la navigation dans la région. D'où l'idée du président des États-Unis, proposée et un temps rejetée, de former une coalition navale internationale pour sauver le trafic maritime et sécuriser le détroit stratégique. Quelques pays ont été cités: la Chine, la France, la Corée du Sud, le Japon, le Royaume-Uni. Mais la liste est évidemment ouverte. Jeudi 19 mars, dans un communiqué commun, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon ont annoncé être «prêts à contribuer» à sécuriser le détroit d'Ormuz. L'appel américain est même un test pour l'Europe toute entière. Ce test se pose à trois niveaux.

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Il y a d'abord un sujet géopolitique. L'appel américain est aux États. La coopération chinoise paraît illusoire. La Chine fait passer ses bateaux et doit au contraire se délecter de l'embarras américain! Mais si c'était l'Union européenne (UE) qui répondait? L'Europe est sans doute le seul partenaire potentiel crédible.

Certes, au premier abord, l'UE n'a aucun intérêt à suivre les États-Unis. Cet appel à la coopération de la part d'un président qui ne s'est jamais privé de critiquer ses (anciens?) «alliés», voire de les considérer avec un brin de mépris, est au minimum déroutant. Ses récentes diatribes à l'encontre du Royaume-Uni et de l'Espagne pour défaut de coopération n'incitent guère à la mansuétude.

«Qui m'aime me suive.» La formule prononcée par le roi de France Philippe VI de Valois, en 1328 face aux barons, n'est ici pas la circonstance la mieux appropriée. Il y a même des raccourcis de vocabulaire en usage aux États-Unis pour décrire la situation («F*** Trump»). L'UE doit surtout éviter le risque d'être entraînée dans un conflit qui n'est pas le sien et qui est «contraire au droit international». Une participation à une coalition navale, même s'il s'agit d'une opération purement défensive de sécurisation du trafic, confirmerait la «complicité européenne», comme le dit l'Iran.

Quels bénéfices pour l'Europe?

Pourtant, une réponse européenne favorable a du sens. Plusieurs arguments peuvent être évoqués. Si la corde de la solidarité historique avec l'«ami américain» est usée, l'argument du prix de l'essence et du gasoil est parfaitement entendable. Une participation européenne peut aussi être présentée non pas comme un appui à l'aventure américaine, mais comme un soutien aux alliés arabes en difficulté. Car les monarchies du Golfe sont très dépendantes des importations pour leur vie quotidienne. Rétablir les trafics leur est vital.

En d'autres termes, les États-Unis vous ont mis dans l'embarras, l'Europe vous aide à vous en sortir. Le bénéfice à long terme serait très positif. Enfin, pourquoi ne pas prendre l'administration américaine à son propre jeu, consistant à «monnayer» l'appui européen. Une sorte de deal qui ne pourrait surprendre le président Trump. En faisant baisser les droits de douane américains, par exemple?

Le deuxième niveau est technique. L'Europe a-t-elle la capacité de répondre à cet appel de sécurisation des flux et du milieu, autrement dit l'escorte des navires commerciaux et le nettoyage des eaux. La priorité est de protéger les navires contre les tirs et les torpilles, à l'image des escortes des convois pendant les deux guerres mondiales. La menace venait alors des sous-marins. Elle vient aujourd'hui des drones, terrestres ou navals.

La riposte suppose technologie et entraînement. Combien de temps pour réagir à une attaque de drone? Dix, vingt secondes? Combien d'équipages sont en mesure d'assurer cette rapidité d'exécution? Cela renvoie aux failles béantes des trente dernières années, durant lesquelles l'Europe a été aveuglée par les dividendes de la paix et l'antimilitarisme ambiant. L'Europe cigale est bien démunie lorsque la bise devient tempête et souffle de tous les côtés.

La Bretagne et la Belgique, clés du détroit d'Ormuz? 

La menace des mines marines a été évoquée par les deux parties (Iran et États-Unis), probablement de façon exagérée. Car même s'ils sont peu nombreux, quelques bateaux continuent de passer par le détroit d'Ormuz, ce qui signifie qu'il n'y a probablement pas ou peu de mines. Mais peu, c'est déjà trop. Les eaux du golfe Arabo-Persique ont une faible profondeur (moins de 100 mètres) et se prêtent par conséquent à la pose de mines de fond.

La lutte contre les mines marines est la mission des navires chasseurs de mines. Un chasseur de mines est un bâtiment à très faible signature magnétique grâce à ses coques en matériaux composites (verre et résine). Ce type de navire militaire est destiné à repérer et détruire les mines immergées. Les pays de l'UE ont une centaine de chasseurs de mines souvent vieillissants. Très peu d'États ont investi ce créneau, considéré comme un vestige de la Seconde Guerre mondiale (il y aurait encore 50.000 mines en mer Baltique), avant que la guerre en Ukraine ne lui redonne une actualité (des milliers de mines auraient été posées en mer Noire).

Concarneau et Bruxelles en possibles canots de sauvetage de l'armada américaine, on conviendra que l'affaire est cocasse.

La France et l'Italie font exception avec la construction de chasseurs de mines de nouvelle génération, équipés de drones sous-marins. Les bâtiments sont construits à Concarneau (Finistère) par une filiale de Naval Group (les coques sont aussi fabriquées en Roumanie). La marine belgo-néerlandaise est le premier client du groupe avec une commande de douze navires. Deux chasseurs de mines ont déjà été livrés. Le tout dernier bâtiment, le Vlissingen, a été livré en février 2026 à la marine néerlandaise, qui dispose ainsi du chasseur de mines le plus récent d'Europe et peut-être même du monde!

Un autre chasseur de mines, le Tournai, est en essai à Lorient (Morbihan). Les 11 et 12 mars, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont sollicité une aide militaire auprès de la Belgique (rejoints par Oman, le 19 mars). Ainsi, la marine belge pourrait donc être approchée par ces pays pour disposer des chasseurs de mines (par prêt voire rachat des commandes en cours?). Concarneau et Bruxelles en possibles canots de sauvetage de l'armada américaine, on conviendra que l'affaire est cocasse.

Reportage du journal télévisé belge «RTL Info» diffusé sur la chaîne RTL TVI, le 12 mars 2026.

L'Union européenne sur la sellette

Il y a enfin un débat institutionnel, interne à l'UE. Depuis le début de la guerre en Ukraine, une lutte d'influence se fait jour entre le Conseil européen –les États– et la Commission européenne sur les questions de défense. Même si la politique de sécurité et de défense commune relève du Conseil, les blocages institutionnels et budgétaires ont été contournés par la Commission, lui permettant de prendre le pouvoir sur la question militaire (Fonds européen de défense, achats groupés, projets de défense d'intérêt communs, etc.).

La Commission est à la manœuvre et le Conseil tente de suivre. Il n'y a pas une initiative de l'une qui ne soit suivie d'une initiative de l'autre. Le Conseil européen dispose pourtant d'un outil budgétaire propre –la facilité européenne pour la paix (FEP)– qui permet un financement collectif à Vingt-Sept, même si l'intervention n'implique que quelques États. Il a également une expérience des interventions et de l'assistance. L'Union européenne a conduit dix opérations militaires depuis 2003. La dernière, lancée en février 2024, est l'opération navale Eunavfor Aspides, justement menée en réponse aux attaques des houthis contre le transport maritime en mer Rouge.

Une réponse de l'UE –ou plus précisément des États dans l'UE– marquerait la reprise en main des questions militaires par les États. Fut-ce au moyen de coalitions nationales à format réduit n'impliquant que trois ou quatre États. La possibilité est prévue à l'article 44 du traité sur l'Union européenne (TUE): «Le Conseil peut confier la mise en œuvre d'une mission à un groupe d'États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires pour une telle mission.» Une initiative du président du Conseil européen, le Portugais António Costa, aujourd'hui bien trop discret, serait bienvenue. Et si l'UE ne dit rien et ne fait rien, alors on saura que «l'Europe de la défense» ne se fera pas et ne se fera sans doute jamais.

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