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Mercredi 30 septembre, en fin de matinée, environ 200 personnes vêtues de chandails orange se sont rassemblées devant les bâtiments du gouvernement provincial à Charlottetown pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. La cérémonie a commémoré la mémoire des victimes des pensionnats autochtones.
La commémoration a débuté par un chant interprété par la troupe Mi'kmaq Heritage Actors, suivi d’une prière d’ouverture prononcée par l’aînée Barbara Jadis, de la Première Nation d’Abegweit.
Le lieutenant-gouverneur de l'Île-du-Prince-Édouard, le Dr Wassim Salamoun, et le premier ministre Rob Lantz se sont joints aux dirigeants et aînés mi'kmaw pour marquer cette journée solennelle.

Aînées et chefs mi'kmaw ont commémoré la mémoire des victimes des pensionnats autochtones en compagnie du premier ministre Rob Lantz et du lieutenant-gouverneur de l'Île-du-Prince-Édouard, le Dr Wassim Salamoun.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Dans son allocution prononcée en partie en français, le lieutenant-gouverneur a souligné l'importance de faire face à l'histoire avec humilité et respect.
La réconciliation nous invite à écouter les témoignages de ceux qui ont vécu ces événements, à reconnaître les injustices et à comprendre comment leurs conséquences se font sentir encore aujourd'hui, a-t-il déclaré.
Un message appuyé par le premier ministre Rob Lantz, qui a réaffirmé que le travail de mémoire ne peut pas s'arrêter au 30 septembre.
La réconciliation se bâtit à travers des relations, des conversations honnêtes et une volonté d'écouter et d'apprendre les uns des autres.
Devoir de mémoire
Les récits poignants des aînés et leaders autochtones ont constitué le cœur de la cérémonie. Tous ont témoigné des traumatismes engendrés par le système des pensionnats et de ses répercussions sur plusieurs générations.
L'aînée Barbara Jadis s'est remémoré le paysage de son enfance et le sentiment d'effroi qu'inspiraient ces établissements.
Lorsque nous passions en voiture dans la communauté de Shubenacadie, nous voyions le pensionnat autochtone, là-haut sur la colline. Et cela avait l'air très, très effrayant, et mon père disait toujours que ce n'était pas un endroit bon pour nous, a-t-elle raconté.

Tabatha Bernard, cheffe de la Première Nation de Lennox Island, et le premier ministre Rob Lantz abaissent le drapeau de l'Île-du-Prince-Édouard.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Tabatha Bernard, cheffe de la Première Nation de Lennox Island, a rendu hommage à la force des survivants et rappelé l’origine du chandail orange. Ce symbole est né d'un mouvement local honorant l'histoire de Phyllis Webstad, à qui l'on avait confisqué son chandail orange dès son arrivée au pensionnat autochtone.
Tabatha Bernard a invité la foule à avoir une pensée pour les survivants qui partagent courageusement leur histoire, mais aussi pour tous les enfants qui ne le peuvent plus parce qu'ils ne sont jamais revenus chez eux.
Réfléchissez aux chaises vides autour de la table du repas. Réfléchissez à nos jeunes qui ont été volés à la terre de leurs ancêtres. Réfléchissez à l'impact sur notre communauté.
Il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Ce travail n'incombe pas seulement aux Mi'kmaq et aux communautés des Premières Nations, mais à l'ensemble des Canadiens, a-t-elle poursuivi.
Blessures intergénérationnelles
Les larmes aux yeux, le chef Junior Gould, de la Première Nation d'Abegweit, s'est livré à cœur ouvert. Il a notamment évoqué la mémoire de son père, ancien élève du pensionnat de Shubenacadie, et la perte de sa langue ancestrale.
Si une seule personne repart d'ici et transmet cette histoire, nous aurons accompli ce que j'appelle la guérison intergénérationnelle.
La guérison intergénérationnelle passe par l'éducation, et c’est plus important que le traumatisme auquel mon père, son frère et sa sœur ont été confrontés en grandissant, a-t-il souligné.
Lisa Cooper, présidente et cheffe du Conseil autochtone de l'Île-du-Prince-Édouard, a elle aussi livré un témoignage émouvant sur sa mère, survivante du pensionnat de Shubenacadie. Sa mère avait perdu sa langue, sa culture et son identité sous le poids du déracinement brutal et de la violence institutionnelle.
La cheffe de file mi'kmaw a rappelé que la souffrance ne s'est pas éteinte à la fermeture des pensionnats. Même après leur retour, les enfants n'étaient plus les mêmes, coupés de leurs traditions et de leurs familles.
Elle a partagé un moment d'une intense émotion sur les retrouvailles de sa mère avec son oncle lors d'un rassemblement de survivants en Nouvelle-Écosse. Ce dernier lui a enfin dit les mots qu'elle attendait depuis son enfance : Petite, je suis venu te ramener à la maison.
Cette année-là, l'âme de ma mère est rentrée chez elle, a souri Lisa Cooper.
Écoutez-nous
Enfin, Marlene Thomas, l’une des dernières survivantes des pensionnats autochtones encore en vie dans la province, a pris la parole.

L'aînée Marlene Thomas brandit l'une de ses chaussures, sur laquelle est écrit «Jiksu'tewin«, qui veut dire «Écoutez-nous» en langue mi'kmaw.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Fille de survivante, et elle-même envoyée au pensionnat de Shubenacadie dès son plus jeune âge, l’aînée de 72 ans a témoigné de l’absence totale d’amour dans ces établissements, où l’on cherchait à enseigner le latin plutôt que les véritables valeurs de la vie.
Marquée par une colère immense à sa sortie de l’école, qui l’a poursuivie pendant des décennies, elle a partagé son long parcours de guérison. Brandissant l'une de ses chaussures, elle a montré le mot inscrit à l'arrière : « Jiksu'tewin ».
Ça veut dire « Écoutez-nous ». Et c'est ce que vous faites. Je suis tellement heureuse que vous écoutiez.
La cérémonie s'est achevée dans le recueillement alors que les drapeaux du Canada et de l'Île-du-Prince-Édouard ont été mis en berne devant la foule silencieuse.
Dans un geste d'unité, la cheffe Tabatha Bernard et le premier ministre Rob Lantz ont baissé un drapeau d'un côté, tandis que le chef Junior Gould et le lieutenant-gouverneur Wassim Salamoun accomplissaient le même geste de l'autre côté.


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