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Des ratons victimes de nos bacs de déchets et de compost

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Année après année, des ratons laveurs demeurent coincés et meurent dans nos bacs de compost et de déchets trop accessibles à ces animaux en quête de nourriture. Le ministère de l’Environnement du Québec se dit conscient de la situation, mais ne détient aucune donnée sur son ampleur. Une citoyenne des Laurentides tente toutefois de sensibiliser le public à ce problème pour lequel il existe des solutions.

En se promenant dans son quartier de Saint-Hippolyte, Patricia Hamel a constaté la présence d’un raton laveur incapable de sortir d’un des bacs roulants de grand format que chaque résidence possède pour déposer ses matières compostables et jeter les déchets que nous produisons toujours en très grandes quantités.

« Depuis ce moment, donc, depuis maintenant trois ans, quand je me promène ou que je vais courir, je prends le temps de regarder dans les bacs. Je trouve des dizaines de ratons chaque année », explique-t-elle en entrevue au Devoir. L’an dernier, Mme Hamel dit avoir ainsi retrouvé pas moins d’une cinquantaine de ratons laveurs vivants coincés dans des bacs. Elle a aussi vu au moins une vingtaine de ces animaux morts.


Vidéo fournie par Patricia Hamel


Comment se sont-ils retrouvés là ? Un raton ne peut habituellement pas grimper sur un bac en plastique de grande taille. Mais si celui-ci est appuyé contre un arbre, une clôture, un muret ou toute autre structure similaire, cet habile grimpeur peut y entrer, attiré d’abord par les odeurs. Il ne pourra cependant pas en sortir s’il se retrouve au fond du bac, d’autant plus s’il s’agit d’un animal de petite taille.

« De juillet à septembre, c’est l’enfer, parce que les jeunes ratons de l’année commencent à se promener seuls. J’en trouve beaucoup, des vivants et des morts. Pendant les canicules, j’essaie aussi de me promener plus souvent pour les sortir avant qu’ils meurent, parce que les bacs deviennent un véritable four », explique Patricia Hamel.

À quelques reprises, en se promenant, elle a eu la chance de devancer d’à peine quelques instants le passage du camion qui ramasse le compost ou les déchets — et donc d’éviter à un raton laveur de se faire tuer.

Depuis que Patricia Hamel partage des photos et des informations sur les réseaux sociaux, elle constate que ces cas d’animaux coincés semblent très fréquents et très répandus dans la province. « C’est une situation qui existe partout au Québec. Des gens m’écrivent pour me décrire des situations similaires un peu partout, dans plusieurs municipalités. Une personne m’a même dit qu’elle avait trouvé quatre ratons dans un seul bac. »

En règle générale, cependant, les gens ne sont pas au courant du risque que représentent leurs bacs, constate-t-elle. « Quand je vais avertir des gens que j’ai retrouvé un raton dans leur bac en bordure de rue, le plus souvent, ils sont étonnés. »

Réduire les risques

Mme Hamel espère donc sensibiliser les citoyens aux risques que représentent les bacs roulants pour cette faune omnivore en quête de la nourriture qu’on met à leur disposition en jetant de grandes quantités d’aliments (plus d’un million de tonnes par année au Québec) et en produisant près de 700 kg de déchets par habitant chaque année.

Malgré de nombreuses démarches, la citoyenne des Laurentides dit toutefois se heurter à une certaine indifférence de la part des autorités, qui tardent, selon elle, à « sensibiliser » les citoyens aux gestes à poser pour éviter ces mortalités : éloigner les bacs des éléments qui permettent aux ratons d’y entrer, utiliser des dispositifs qui permettent de maintenir le couvercle fermé (certaines municipalités fournissent de tels mécanismes), vérifier le bac au moment de le placer en bordure de rue pour la collecte, etc.

Tous ces éléments de solution sont déjà bien connus, y compris au ministère de l’Environnement du Québec. Ce dernier suggère aussi de sortir les poubelles « le matin même de la journée de collecte des ordures, plutôt que le soir précédent », puisque les animaux comme les ratons laveurs sont nocturnes, mais aussi de diminuer l’odeur « en lavant régulièrement vos poubelles » de mettre « du naphtalène (boule à mites) dans le fond ».

Le ministère chargé des suivis sur l’état des populations fauniques du Québec ignore par ailleurs l’ampleur des mortalités imputables à nos bacs roulants. « Nous n’avons aucune donnée sur le phénomène, mais sommes conscients que cette situation se produit parfois », indique le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs en réponse aux questions du Devoir.

Le ministère précise qu’il « n’offre pas de service pour libérer les animaux. Le cas échéant, la responsabilité revient au propriétaire ».

« Dans le cadre de notre surveillance de la rage du raton laveur, il arrive que des animaux prisonniers de poubelles soient signalés par les citoyens. Cependant, un animal prisonnier et sain n’est pas d’intérêt pour notre surveillance, car les chances de détecter la rage sont très faibles chez un animal en santé. Nos équipes sont parfois appelées à se déplacer et constatent que l’animal est sain, mais prisonnier. Ils le relâchent alors sur place », ajoute-t-on dans la réponse fournie par courriel.

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