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Des propositions pour étirer l’argent de la lutte contre l’itinérance des femmes

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Une alliance nouvellement formée d’organismes en itinérance et hébergement pour femmes suggère aux partis politiques une manière efficace d’étirer tous les dollars investis pour mettre fin à la crise de l’itinérance. L’idée est de cesser le « financement par projet » et de plutôt leur octroyer des sommes de façon stable et prévisible sur plusieurs années, ce qui leur permettrait de rentabiliser tout ce qu’ils ont mis en place pour sortir les femmes de la rue.

L’argent alloué irait beaucoup plus loin, disent-ils, et il s’agit d’une nécessité alors que les coûts de l’itinérance explosent — tout comme les besoins.

Si le statu quo est maintenu, davantage d’organismes seront contraints de réduire leurs services, avancent-ils : ils doivent d’ailleurs refuser continuellement des femmes qui cognent à leurs portes parce qu’elles n’ont nulle part où dormir.

Pour la première fois, ce sont les présidentes des conseils d’administration — majoritairement issues des milieux de la finance, des affaires et de la gestion — qui sonnent l’alarme sur la crise de l’itinérance, aux côtés des directions générales de 13 organismes montréalais, tels que Le Chaînon, Chez Doris et La rue des femmes. Leurs propositions ont été faites en conférence de presse lundi, le jour même où l’Union des municipalités du Québec (UMQ) dévoilait une étude rapportant qu’une personne sans logis coûte en moyenne 95 000 $ par année à l’État québécois.

Le mode de financement actuel des organismes en itinérance et hébergement est « désuet », disent leurs présidentes et directrices générales : si l’argent n’est versé que pour des projets spécifiques, il disparaît lorsqu’il arrive à terme. Mais les besoins, eux, sont toujours là.

Les organismes préfèrent, et de loin, recevoir des sommes qui sont garanties année après année, ce qui leur permet d’effectuer une planification des services offerts qui est plus rentable — et plus efficace — tout en conservant leurs employés qualifiés. Beaucoup d’entre eux partent à la fin des projets et l’expertise développée auprès des femmes vulnérables se perd, déplorent-ils. Et il peut être coûteux de former de nouveaux employés.

« Ces organismes absorbent des crises sociales et humanitaires que l’État leur relègue, en leur demandant de toujours “faire mieux avec moins”. Si cette logique de rentabilité peut s’appliquer au marché privé, elle est fondamentalement incompatible avec une mission communautaire », a fait valoir Nadine Gelly, présidente du conseil d’administration du Y des femmes de Montréal.

Car, dans certains organismes, les sommes accordées par femme hébergée couvrent un peu moins de 40 % des coûts réels associés à l’hébergement, aux services et à l’accompagnement. C’est qu’il n’est pas ici question que de lits, mais aussi d’interventions psychosociales.

Comme l’UMQ, les organismes demandent aux partis politiques de garantir, dès le prochain budget, un financement de base juste, récurrent, prévisible et indexé au coût de la vie. Le tout établi selon les coûts réels des services offerts et la spécificité des besoins des femmes — celles-ci se retrouvent parfois à la rue quand elles quittent une situation de violence, souvent avec leurs enfants.

« Un financement stable et indexé n’est pas un luxe. C’est un choix rationnel, évidemment, mais c’est surtout un choix humain », a déclaré Élisabeth Deschênes, la présidente du conseil d’administration du Chaînon. Lorsqu’une femme trouve une place stable en hébergement, cela fait diminuer la pression sur les hôpitaux, les services policiers et le système judiciaire, a-t-elle rappelé.

Et puis, « ce qu’on a comme histoires à succès, ça vient réellement plus de nos services à long terme », a ajouté Diane Pilote, la directrice générale de Chez Doris.

« Cette alliance entre gouvernance et directions générales d’organismes pour femmes arrive avec un constat solide et un projet concret dans la lutte contre l’itinérance sur lequel un passage à l’action rapide est possible », a déclaré Pauline Marois, ex-première ministre du Québec, qui est à la tête d’une coalition réclamant une réponse unie à cette crise.

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