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Des plongeurs sont descendus à plus de 240 mètres dans la mer de Barents en 1981 : ce qu’ils ont remonté de la soute n’appartenait pas à Londres

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Au fond de la mer de Barents, par plus de 240 mètres de profondeur, reposait depuis quatre décennies un butin fabuleux : des tonnes d’or soviétique piégées dans l’épave d’un croiseur britannique. Une fortune que personne n’osait toucher, protégée par les glaces, la Guerre froide et le respect dû aux morts.

465 lingots pour Staline : la cargaison secrète d’un navire condamné

En 1942, alors que le conflit mondial faisait rage, un croiseur britannique baptisé HMS Edinburgh transportait une cargaison qui n’avait rien d’ordinaire. Dans sa soute à munitions dormaient 465 lingots d’or appartenant à l’Union soviétique, soit environ 4 570 kilos de métal précieux. Cet or n’était pas destiné à être thésaurisé : il devait payer les États-Unis pour du matériel de guerre fourni dans le cadre du célèbre prêt-bail.

La valeur de ce trésor donnait le vertige. Estimée à l’époque à 1,5 million de livres, elle représenterait aujourd’hui quelque 142 millions. Autant dire que le navire faisait office de coffre-fort flottant, avançant dans les eaux glaciales du Grand Nord avec, dissimulée dans ses entrailles, une somme capable de financer une partie de l’effort de guerre allié.

Deux torpilles, 58 morts et une décision fatale en mer de Barents

Le voyage tourna vite au drame. En avril 1942, alors qu’il escortait le convoi QP11, l’Edinburgh fut repéré puis frappé de plein fouet par une torpille du sous-marin allemand U-456. Le coup fut terrible, mais pas encore mortel. Le navire, gravement éventré et incapable de poursuivre sa route, devint une cible immobile en pleine mer de Barents.

Face à des dégâts irréparables et pour éviter que la précieuse cargaison ne tombe entre les mains de l’ennemi, une décision aussi lourde que logique fut prise : le croiseur fut achevé par une torpille du destroyer britannique HMS Foresight. L’Edinburgh sombra alors par environ 245 mètres de fond, emportant avec lui 58 membres d’équipage et son or. L’épave devint dès lors une tombe de guerre, un statut lourd de conséquences pour l’avenir.

Trente ans d’échec avant qu’un homme ne relance l’impossible pari

Récupérer ce trésor ressemblait à une mission impossible. Non seulement l’or gisait à une profondeur redoutable, mais l’épave abritait aussi les corps de dizaines de marins. À cela s’ajoutaient les tensions de la Guerre froide et la méfiance envers l’Union soviétique, autant d’obstacles qui repoussèrent longtemps toute tentative sérieuse.

Dès 1954, Lord Jellicoe, alors en charge du bureau soviétique au Foreign Office, avait pourtant approché l’ambassadeur soviétique à Londres pour envisager une opération conjointe. Mais l’idée resta lettre morte pendant près de trente ans. Il fallut attendre qu’un homme, Keith Jessop, relance ce pari fou. Avec la société de plongée Wharton Williams et l’armateur OSA, il constitua un consortium et décrocha un contrat reposant sur une clause impitoyable : « pas de résultat, pas de paiement ». Tout ou rien.

Mai 1981 : le sonar tremble et l’épave livre enfin son trésor

L’aventure prit un tournant décisif au début des années 1980. En avril 1981, un navire de reconnaissance localisa l’épave à environ 400 kilomètres au nord-nord-est de l’entrée de la Kola. La confirmation tomba le 14 mai grâce à un véhicule télécommandé : l’Edinburgh reposait bien là, couché sur son flanc bâbord, silencieux depuis des décennies.

Restait le plus difficile. Pour atteindre le trésor sans profaner la tombe, les plongeurs eurent recours à la plongée à saturation, une technique extrême qui les obligeait à vivre jusqu’à 30 jours enfermés dans des caissons pressurisés. Plutôt que de recourir aux explosifs, ils optèrent pour une découpe de précision, par respect pour les marins disparus. Le 16 septembre 1981, le plongeur John Rossier remonta le premier lingot. Au total, 431 des 465 lingots furent récupérés avant que le mauvais temps ne mette fin à l’opération. Une nouvelle campagne, en 1986, en repêcha 29 de plus.

Ainsi s’achève l’une des chasses au trésor les plus spectaculaires de l’histoire moderne, où la technologie de pointe s’est mise au service de la mémoire autant que de l’appât du gain. Reste une question troublante : combien d’autres cargaisons oubliées dorment encore, quelque part sous les océans, attendant qu’un rêveur suffisamment audacieux vienne les réveiller ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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