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Publiée le 4 février dans Science Advances, une nouvelle étude révèle que 55 artefacts en matières animales et végétales découverts dans les grottes de Cougar Mountain et de Paisley, dans l'Oregon, remontent au Dryas récent, période de refroidissement brutal survenue il y a environ 12 900 à 11 700 ans.
Parmi ces objets figurent trois fragments de peaux animales travaillées, épilées puis cousues à l'aide d'une cordelette mêlant fibres végétales et poils d'animaux. Datée entre 12 600 et 11 880 ans, l'une de ces pièces provient de wapiti d'Amérique du Nord (Cervus canadensis), comme l'a révélé l'analyse chimique. Son usage précis demeure inconnu, mais les chercheurs estiment qu'il s'agit « très probablement d'un fragment de vêtement ou de chaussure ». Si cette hypothèse se confirme, ce serait le seul vêtement du Pléistocène connu à ce jour.
L'assemblage de morceaux de peau permettait de confectionner des habits ajustés, bien plus isolants que de simples peaux drapées. « C'étaient des couturières accomplies et sérieuses durant l'ère glaciaire », souligne Richard Rosencrance, doctorant en anthropologie à l'Université du Nevada à Reno et auteur principal de l'étude.
Cordes végétales et aiguilles en os : une technologie maîtrisée
Les chercheurs ont également daté 37 fragments de cordes, de ficelles et de paniers, ainsi que 15 outils en bois. Les cordages, tressés à trois brins, étaient fabriqués à partir d'armoise, d'apocyn, de genévrier ou encore de purshie tridentée. Leur largeur, comprise entre 0,33 et 2,5 centimètres, suggère des usages variés.
L'équipe a en outre examiné 14 aiguilles en os munies d'un œillet et trois sans chas, retrouvées dans plusieurs grottes de l'Oregon et du Nevada, ainsi que quatre objets possiblement ornementaux, dont une dent de porc-épic perforée et décorée de stries.
L'abondance d'aiguilles fines et d'ornements indique que les vêtements ne servaient pas uniquement à survivre aux températures extrêmes. Ils constituaient aussi un marqueur social et identitaire. « Les peuples du Pléistocène en Amérique utilisaient les vêtements à la fois comme outil de survie et comme pratique sociale », écrivent les auteurs.
Aiguilles et ornements en os taillés découverts dans les grottes de Connley (C à M et V à Y), de Cougar Mountain (N à P), de Paisley (Q) et à l’abri sous roche de Tule Lake (R à U), dont un ornement en forme de porc-épic (V). © Rosencrance et al., Science Advances (2026)
Des traces rares d’un savoir-faire périssable
La nature fragile des fibres végétales et des peaux explique la rareté de ces découvertes. Dans l'hémisphère occidental, seuls quatre sites, tous situés en Oregon et au Nevada, ont livré des vestiges technologiques périssables datant du Pléistocène supérieur (129 000 à 11 700 ans).
Fait notable : les aiguilles en os à œillet disparaissent des archives archéologiques de l'Oregon vers 11 700 ans, au moment où le climat se réchauffe. Ce changement pourrait signaler que les vêtements ajustés, essentiels durant les phases les plus froides, deviennent alors moins indispensables.
Ces fragments de peau cousue témoignent ainsi d'une ingéniosité technique remarquable, qui a permis aux premiers habitants d'Amérique du Nord de s'adapter à un environnement glacial, tout en affirmant déjà leur identité.


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