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Des milliers de moustiques disparaissent dans cette machine : ce qu’ils révèlent ensuite intéresse les chercheurs

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Vous les avez peut-être déjà remarquées, au détour d'une place ou dans les allées d'un jardin public. Des pièges de plus en plus discrets attirent les moustiques en quête de sang. Leur secret : un souffle de CO₂ qui mime la respiration humaine et un leurre qui reproduit l'odeur de la transpiration. En une fraction de seconde, l'insecte est aspiré.

Résultat : une piqûre épargnée à un passant...

En 2014, les premiers pièges à moustiques ressemblaient à ça : des engins de 2 mètres avec des tuyaux qui sortent de partout et des bonbonnes de 10 kilos de CO₂. Aujourd’hui, il existe des machines miniatures, qui fonctionnent avec des bonbonnes de 425 grammes qui facilitent son utilisation au quotidien. © Qista

Les machines antimoustiques, autant de pièges à données

Mais il y a plus encore. Ces appareils antimoustiques surprennent surtout par ce qu'ils permettent de faire une fois les indésirables capturés : recueillir des données précieuses pour les entomologistes.

Certaines de ces machines sont aujourd'hui en mesure de compter le nombre de moustiques aspirés. Dans la gamme Qista, par exemple, l'un des modèles est équipé d'un capteur optique. « Elle est capable de faire la différence entre un moustique et un autre insecte capturé », nous précise Roger Venail, entomologiste médical et vétérinaire, directeur de la Recherche & Développement chez Qista. Une distinction fondée principalement sur la taille de l'insecte.

 prouesse de science-fiction ou menace invisible pour nos yeux ? Illustration générée avec ChatGPT sous la direction artistique de Xavier Demeersman. © Xavier Demeersman, Futura

30 moustiques par seconde : ça y est, ce canon laser improbable est disponible en précommande

Le Photon Matrix entre en production. Ce canon laser chinois promet de transformer la lutte contre les moustiques en véritable défense antiaérienne miniature. Il détecte les insectes, calcule leur trajectoire, puis braque automatiquement un laser pour les neutraliser. Derrière les vidéos spectaculaires, la technologie reste complexe et certaines interrogations demeurent sur ses performances et sa sécurité.... Lire la suite

Pour aller plus loin, l'œil de l'entomologiste reste indispensable. Un à un, il relève les filets aux mailles minuscules puis distingue Aedes de Culex ou d'Anophèle.

Mais à quoi ça sert ? Ce qu'on demande à ces pièges, c'est de réduire la nuisance... Et elles y arrivent à hauteur de 88% selon les chiffres de Qista.

Les captures de moustiques peuvent être suivies en direct grâce à une application dédiée. Un service plus orienté collectivités que particuliers. © Qista

Ce que les captures peuvent vraiment révéler

Ces machines ne permettent pas, à elles seules, de suivre directement les infections transmises par les moustiques. Pour détecter un virus, il faut récupérer les insectes, les identifier, les regrouper par lots et analyser leur matériel génétique en laboratoire. Une opération beaucoup trop coûteuse pour être réalisée systématiquement, alors que la probabilité de trouver un moustique infecté est très faible, de l'ordre d'1 sur 2 000 selon Roger Venail.

Les appareils servent donc surtout à mesurer la pression vectorielle : le volume de moustiques capturés, leur répartition géographique et l'évolution de leur activité.

Du Sénégal à Hyères, une lutte ciblée

Dans certains pays, ces données sont néanmoins exploitées par les autorités sanitaires. Au Sénégal, le projet MoniPrev a ainsi déployé plus de 100 pièges à Kaolack, en partenariat avec le Programme national de lutte contre le paludisme. Le dispositif est présenté comme un outil permettant de suivre les captures et d'orienter les opérations de lutte. Qista indique que ces données peuvent être géolocalisées et transmises en temps réel, mais le protocole complet d'exploitation par les autorités sanitaires n'est pas détaillé.

En France, la ville de Hyères, elle, a installé, selon Qista, plus 400 pièges à moustiques et le comptage renseigne l'équipe municipale chargée de la démoustication. Parce que la ville a fait un choix fort, celui du zéro insecticide. Elle s'autorise un larvicide, mais son impact sur la « faune non-cible » reste incertain. Alors la priorité est donnée à l'action mécanique. « Si le nombre de moustiques augmente dans un piège, cela indique qu'il faut agir sur les potentiels gîtes larvaires d'un quartier en particulier. » Le signe qu'il faut vider les bouches d'évacuation d'eau ou assécher les petites flaques.

Aux Émirats arabes unis aussi, Qista indique que des machines connectées servent à suivre l’évolution et la répartition des moustiques. © Qista

Le réchauffement climatique bouleverse la saison des moustiques

Si les entomologistes y regardent ainsi de plus près, c'est pour comprendre la dynamique des populations de moustiques et la rapprocher des conditions extérieures. « Lier températures, humidité, vitesse du vent aux données de capture. » L'ambition : établir une sorte de « météo des moustiques. »

« Avec le réchauffement climatique et la multiplication des canicules et des périodes de sécheresse en France, la saisonnalité des moustiques change. Elle est repoussée vers l'automne, voire plus loin encore », nous explique Roger Venail.

Pourquoi ? Parce que l'activité des moustiques dépend fortement de la température et de l'humidité. Le froid ralentit leur développement tandis que les fortes chaleurs et la sécheresse peuvent réduire leur activité et assécher les gîtes larvaires. Sans eau, les œufs ne peuvent pas passer à l'état de larves puis se développer. Alors tout ce petit monde patiente. Moustiques et œufs attendent que les températures redescendent et que quelques gouttes tombent. « Ces jours-ci, nous avons eu de la pluie et vous verrez, d'ici deux semaines, nous aurons un pic dans les populations de moustiques », prédit l'entomologiste.

« Nous proposons une solution pour réduire la nuisance, mais rappelons que le moyen le plus efficace de limiter les moustiques autour de chez soi reste de ne pas leur offrir de lieu de ponte. » Vider chaque semaine les soucoupes des pots de fleurs, les arrosoirs, les seaux, couvrir les récupérateurs d'eau et nettoyer gouttières et regards d'eaux pluviales. Tous ces gestes simples limitent les gîtes larvaires.

Des moustiques élevés en laboratoire

Du côté des services de recherche et développement, le travail continue. « Pendant la saison des moustiques, nous faisons des tests sur le terrain. Pendant la saison basse qui arrive, nous revenons au laboratoire pour améliorer nos pièges à moustiques », nous précise Roger Venail.

Le leurre, une petite boîte remplie de billes imprégnées d'une substance active, fait l'objet d'attentions particulières. Il doit imiter au mieux l'odeur de la transpiration humaine. Et en la matière, tout est question de dosage. D'autant qu'il existe des contraintes législatives qui interdisent le recours à certaines molécules et qui fixent des doses maximales à respecter. « Depuis notre première machine antimoustique, commercialisée il y a 10 ans, tout a changé. »

Y compris l'aspiration qui avait tendance à être bruyante. « Un gros ventilateur va capturer beaucoup de moustiques, mais aussi des abeilles et des libellules et c'est exactement ce que nous voulons éviter », commente le directeur de la R&D de Qista.

Des moustiques sont élevés spécialement pour tester les machines développées en laboratoire. Pour Aedes albopictus, vecteur de la dengue, du virus Zika et du chikungunya, et dont les femelles recherchent préférentiellement les humains, le leurre contient notamment de l’acide lactique, une molécule associée à notre odeur. Culex, qui peut transmettre le virus du Nil occidental, est davantage attiré par certains composés associés aux odeurs animales, comme l’octénol. © Qista

La prochaine machine reconnaîtra-t-elle les moustiques ?

« Chaque modification de l'appareil, même s'il s'agit de sa forme ou de sa couleur, est testée d'abord en laboratoire pour en évaluer la portée sur l'efficacité. Puis nous réalisons des essais sur le terrain. Si le changement opéré attire trop de gros pollinisateurs, notamment, nous l'abandonnons sans hésitation. Ce que nous voulons, c'est attraper des moustiques, le plus possible et uniquement des moustiques. »

Qista, une solution durable pour la démoustication

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Quel animal est le plus dangereux pour l’humain ? Le moustique, avec plus de 830.000 victimes par an ! Il était donc temps de développer une solution pour la démoustication, si possible connectée et éco-responsable, comme celle de Qista.... Lire la suite

Déjà, certains modèles de pièges Qista peuvent être programmés en fonction de la biologie des moustiques. « Si votre problématique, ce sont des piqûres en journée, nous savons que le responsable est le moustique tigre et notre machine s'allumera d'elle-même aux moments où Aedes albopictus est de sortie pour mettre toutes les chances de son côté pour en attirer un maximum. »

Pendant ce temps, l'équipe travaille à une nouvelle évolution : celle qui sera enfin capable non plus seulement de compter le nombre de moustiques, mais d'en distinguer les espèces. « Certaines régions de France semblent épargnées par le moustique tigre. Mais c'est très certainement seulement parce que nous manquons encore de données. » Officiellement, Aedes albopictus est implanté dans 83 de nos départements métropolitains. Les machines antimoustiques de demain montreront peut-être que l'espèce est présente dans davantage de communes qu'on ne le pensait. Ou, au contraire, qu'elle reste absente de certains territoires où sa présence était soupçonnée.

Ces pièges deviendront-ils de véritables sentinelles, capables de préciser quand les moustiques apparaissent, où ils se concentrent et quelles espèces progressent ? C'est l'une des prochaines étapes de la surveillance, à condition que les données soient mieux standardisées et confirmées par l'identification des insectes au laboratoire.

Cependant même la technologie la plus perfectionnée ne remplacera pas le geste le plus simple : supprimer, autour de chez soi, les moindres réservoirs d'eau où les larves peuvent se développer.

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