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Des milliers d’élèves au statut temporaire pourraient devoir quitter l’école

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Les parents étrangers qui résident en Alberta et qui sont en attente du rétablissement de leur statut ou de la régularisation de leur situation au Canada risquent de voir la scolarité de leurs enfants interrompue de façon brutale au moment de la prochaine rentrée scolaire, en septembre.

Des données fournies par certains conseils scolaires indiquent que le nombre d'élèves dont les permis arrivent à expiration inscrits dans les écoles de la province se compte par milliers.

La division scolaire de Calgary, la plus grande de l’Alberta, indique que les permis d’études de 1681 élèves expirent avant la fin de septembre, ce qui fait que l’admissibilité de ces apprenants à une nouvelle inscription est menacée.

Les écoles publiques d’Edmonton ont recensé 500 élèves dont les permis d’études arrivent à échéance ou ont déjà expiré.

Le réseau des établissements catholiques d’Edmonton a compté 1493 élèves dont les permis d’études ont expiré, alors que ceux de 169 autres élèves expireront avant le 29 septembre.

Une famille portant des équipements de protection pour faire du vélo se tient sur une piste cyclable.

Silvestre Bórquez, 7 ans, ne sait pas s'il pourra retourner à l'école en septembre.

Photo : Fournie par Fernando Bórquez

Parmi les enfants qui pourraient être retirés de l’école figure Silvestre Bórquez, 7 ans, qui vient de terminer sa première année dans une école publique de Calgary.

Son père, Fernando Bórquez, a quitté le Chili alors que Sylvestre n’avait que 3 ans. Ce dernier a désormais passé plus de la moitié de sa vie au Canada. Tout ce qu’il connaît, c’est ici [qu’il l’a appris], dit Fernando Bórquez.

Il affirme qu’il a fourni au conseil scolaire la preuve que le gouvernement fédéral étudie, en ce moment, la demande des membres de sa famille, mais qu’il n'a pas obtenu l’assurance que son fils pourra rester scolarisé à la rentrée.

Comme on ne sait pas combien de temps il faudra à Ottawa pour rendre sa décision, M. Bórquez a dit qu’il se préparait à scolariser Sylvestre à domicile, en se gardant toutefois de lui en donner la raison, de peur de nuire à son sentiment d’appartenance.

Des situations qui soulèvent des préoccupations

Il s’agit là de situations qui préoccupent profondément les défenseurs du droit à l’éducation, comme Lorraine Kinsman, de la Calgary Bridge Foundation for Youth.

Tout en faisant remarquer que l’école est essentielle pour permettre aux nouveaux arrivants de s’intégrer dans leur nouvelle communauté et de tisser des liens sociaux, elle met les pouvoirs publics en garde contre les conséquences de la déscolarisation des enfants d’immigrés.

Selon Lorraine Kinsman, refuser l’accès à l’école à ces enfants coûtera plus cher à la société à long terme, car leur marginalisation pourrait conduire à des comportements socialement répréhensibles. Ils pourraient alors tomber dans un gouffre que nous aurions creusé nous-mêmes.

Lisa Jane de Gara, une intervenante sociale au sein de Guérir le Canada, note pour sa part qu’il est devenu beaucoup plus difficile pour les résidents temporaires d’obtenir le renouvellement de leur permis.

Le ministère de l’Éducation et de la Garde d’enfants de l’Alberta assure que les familles qui ont déposé une demande de prolongation de leur permis de séjour ou de permis d’études avant leur expiration peuvent continuer à inscrire leurs enfants à l’école, à condition de pouvoir fournir la preuve que leurs dossiers sont en cours de traitement.

Le ministre de l'Éducation de l'Alberta, Demetrios Nicolaides, fait le point sur les négociations avec les enseignants à Calgary, le 17 octobre 2025.

Le ministre Demetrios Nicolaides assure que, sous réserve d'une preuve que leurs dossiers sont en cours de traitement, les familles peuvent continuer à inscrire leurs enfants à l'école. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne

Sur fond d’un débat vif sur l’immigration

Ces problèmes surviennent alors que les Albertains s’apprêtent à voter le 19 octobre sur plusieurs questions, dont celle portant sur l'immigration, qui suscite un débat enflammé dans la province.

L'une des questions demande si les électeurs soutiendraient une loi réservant l'accès aux services sociaux financés par la province, dont l'éducation, seulement aux citoyens, aux résidents permanents et aux immigrants qui auront été choisis par la province elle-même et non pas seulement par le gouvernement fédéral.

Une autre question demande aux électeurs s’il faut une loi selon laquelle tous les immigrants non permanents doivent résider dans la province pendant un an avant de pouvoir bénéficier des services sociaux provinciaux.

Une troisième question demande si le gouvernement de l’Alberta devrait faire payer aux résidents non permanents les services fournis par les systèmes de santé et d’éducation de la province.

« Les personnes en situation temporaire devraient être traitées comme telles », avait clamé la première ministre, Danielle Smith.

Le président du syndicat, Jason Schilling, présente un discours lors d'un rassemblement devant l'Assemblée législative à Edmonton, le 5 octobre 2025.

Jason Schilling affirme que les élèves contraints de rester à la maison auront du mal à rattraper leur retard. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Selon Jason Schilling, président du syndicat des enseignants de l’Alberta, de nombreux enseignants craignent, si les propositions reçoivent l'approbation de la majorité des électeurs lors du référendum, de devenir ceux qui seront tenus de contrôler l’accès des élèves à l’école, comme des agents de l’immigration.

Jason Schilling affirme, par ailleurs, que les élèves contraints de rester à la maison auront du mal à rattraper leur retard, ce qui exercera une pression supplémentaire sur les enseignants, qui sont déjà aux prises avec l’éternelle question de la complexité des salles de classe.

Le nombre d’élèves temporaires inscrits dans les écoles de l’Alberta a presque quadruplé en 4 ans : il est passé de 12 943 en 2021-2022, à 45 961 cette année.

D’après un texte (nouvelle fenêtre) de Janet French

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