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La politique migratoire américaine et le climat perçu comme hostile envers certaines communautés poussent des migrants somaliens à quitter les États-Unis pour demander l’asile au Canada, notamment au Manitoba. À Winnipeg, des intervenants et organismes d’aide constatent une hausse des arrivées en provenance du sud de la frontière, dans un contexte de durcissement des règles d’immigration.
Selon Najib Warsame, intervenant auprès des réfugiés à Winnipeg, plusieurs Somaliens récemment arrivés au Manitoba affirment avoir quitté les États-Unis en raison d’un sentiment d’insécurité croissant. Ils évoquent notamment la crainte d'être expulsés et le stress lié à un climat politique jugé hostile.
Certains [faisaient face] à l'incertitude et au stress parce qu'ils sont ciblés en raison de leur appartenance ethnique, étant Somaliens, déclare Najib Warsame. Ils fuient d'éventuelles expulsions et persécutions.
Ces propos, associés à des accusations de fraude visant des membres de cette communauté, ont contribué à alimenter un climat de méfiance.
Des Somaliens en quête de sécurité
Le Minnesota, État frontalier du Manitoba, abrite la plus importante population somalienne des États-Unis, concentrée principalement dans les villes de Minneapolis et de Saint Paul. Ces dernières ont été le théâtre d’opérations de contrôle migratoire intensifiées au cours des derniers mois, accompagnées de détentions et de manifestations.
Les Somaliens ne peuvent plus travailler [comme avant]. Ils ne peuvent plus rester là-bas, affirme Najib Warsame, qui travaille pour un organisme local de soutien aux réfugiés. Ils quittent donc les États-Unis pour cette raison.

Najib Warsame affirme que les demandeurs d’asile somaliens passent souvent des mois sans pouvoir travailler en attendant le traitement de leur demande d’immigration.
Photo : Soumise Najib Warsame
La situation est également compliquée par les incertitudes entourant le statut de protection temporaire (TPS) accordé à certains ressortissants somaliens aux États-Unis. Bien qu’une décision judiciaire ait suspendu la fin de ce statut prévue en mars, l’inquiétude demeure parmi les bénéficiaires.
Parallèlement, le Canada observe une augmentation des demandes d’asile provenant de ressortissants de pays dont le statut a été menacé ou révoqué sous l’administration Trump, notamment le Venezuela, Haïti et le Népal. Cette hausse survient malgré une baisse globale de 35 % des demandes d’asile en 2025, selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.
Des refuges débordés à Winnipeg
À Winnipeg, les ressources d’accueil sont mises à rude épreuve. L’Armée du Salut indique que plus de la moitié des réfugiés ayant fréquenté son centre d’urgence entre septembre et la mi-mars venaient des États-Unis.
Même constat du côté du pasteur Jérôme Ludovic Bonyoma, qui gère une banque alimentaire. On a reçu plusieurs immigrants africains qui viennent majoritairement des États-Unis et beaucoup d’autres qui viennent d’Afrique, confirme-t-il lors d'une entrevue à l'émission Le 6 à 9.
Cette pression accrue s’explique aussi par des facteurs économiques, notamment le coût du logement et la précarité financière. De nombreux nouveaux arrivants, souvent sans réseau au Canada, doivent faire face à des conditions de vie difficiles : refuges surpeuplés, accès limité à la nourriture et impossibilité de travailler pendant le traitement de leur demande.
Les délais administratifs aggravent également la situation. Certains demandeurs d’asile attendent plusieurs mois avant même d’obtenir un premier rendez-vous, dans un contexte d’incertitude prolongée.
Certaines personnes attendent des mois simplement pour obtenir un rendez-vous pour leur demande, dit Najib Warsame. De plus, ils doivent composer avec le stress, l'incertitude et les défis pour s'orienter dans le système.

L’avocat de Winnipeg Alastair Clarke affirme que, en raison de nouvelles lois limitant l’accès à l’asile, de nombreux demandeurs se retrouvent sans options viables.
Photo : Radio-Canada / Karen Pauls
Un cadre légal canadien plus restrictif
Au Canada, des changements récents à la législation sur l’immigration suscitent des inquiétudes. L’avocat en immigration Alastair Clarke estime que les nouvelles mesures rendent plus difficile l’accès au système d’asile pour les personnes arrivant des États-Unis.
La loi adoptée récemment impose des délais stricts pour déposer une demande d’asile et limite certaines exceptions qui permettaient auparavant à des migrants entrant de manière irrégulière de présenter leur demande après un certain temps.
Ces modifications pourraient rendre inadmissibles plusieurs demandes, dont celles de migrants somaliens. Des organisations comme Amnistie internationale dénoncent une atteinte aux droits des réfugiés.
Selon Alastair Clarke, de nombreux demandeurs d’asile risquent désormais de se retrouver sans solution viable. Il affirme que certains de ses clients pourraient voir leur demande rejetée sans avoir été pleinement entendue.
Le gouvernement fédéral, de son côté, soutient que ces réformes visent à préserver l’intégrité et la viabilité du système d’asile face à la pression migratoire mondiale. Il affirme que des mécanismes de protection restent en place pour les personnes risquant un préjudice grave en cas de renvoi.
Les États-Unis, en ce qui me concerne, ne protègent pas les demandeurs d'asile actuellement. J'entends presque chaque jour des récits d'atrocités et de violations des droits de la personne, affirme Alastair Clarke.
Avec ces changements, la demande de beaucoup de ces personnes ne sera pas entendue au Canada et je ne sais pas ce qu'elles vont faire. Je suis sincèrement inquiet pour ces personnes, car elles n'ont aucune option viable.
Avec les informations d'Arturo Chang


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