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Des luttes à surveiller à Toronto

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Alors que l’attention médiatique est tournée vers la course à la mairie de Toronto, en coulisses se dessinent des changements majeurs au sein du conseil municipal.

La conseillère Paula Fletcher, qui représentait Toronto-Danforth depuis 2003, a annoncé son retrait de la vie politique quelques jours après s'être inscrite pour obtenir un autre mandat.

Parkdale-High Park aura aussi un nouveau représentant alors que Gord Perks, qui siégeait depuis 20 ans au conseil municipal, a aussi annoncé sa retraite.

Gord Perks sourit à la caméra depuis son bureau.

Gord Perks siègeait au conseil municipal depuis 2006.

Photo : Radio-Canada / Lauren Pelley

Beaches-East York, représentée par Brad Bradford depuis 2018, élira également un nouveau conseiller. Contrairement à la pratique au Québec, un candidat à la mairie de Toronto ne peut pas briguer simultanément un poste de conseiller.

Un nouveau visage apparaîtra aussi dans le quartier University-Rosedale puisque Dianne Saxe, qui le représentait depuis 2022, a choisi de changer sa candidature à la dernière minute. Mme Saxe a jeté son dévolu sur Toronto-Danforth après le désistement de Paula Fletcher.

Mike Layton, fils du défunt chef du NPD fédéral Jack Layton et beau-fils de la mairesse sortante, Olivia Chow, tente quant à lui de reprendre le siège qu'il a occupé pendant 12 ans.

Mike Layton en conférence de presse.

Le candidat dans le quartier de University-Rosedale, Mike Layton, tente de reprendre son siège qu'il a occupé pendant 12 ans. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Des courses serrées sont aussi à prévoir dans d'autres districts, notamment dans Toronto-Centre, où le conseiller sortant Chris Moise affronte Daniel Tate, fondateur du groupe Integrity Toronto.

Les deux hommes se sont affrontés publiquement au cours des quatre dernières années, au point où le commissaire à l’intégrité de la ville a estimé que M. Moise s'était exprimé de manière désobligeante à l'endroit de M. Tate lors d'une rencontre publique, sans toutefois recommander de sanction contre le conseiller.

En coulisse des groupes d'intérêts, comme Progress Toronto et A Better City Toronto (ABC Toronto), s'activent pour tenter d'influencer les électeurs pour avoir des conseillers qui représentent leur intérêt autour de la table.

Progressiste c. conservateur

La directrice générale de l'organisme Progress Toronto, Saman Tabasinejad, croit que ce changement de garde au sein des conseillers est une opportunité.

Saman Tabasinejad.

Saman Tabasinejad est la directrice générale de l'organisme Progress Toronto. Elle voit le changement de garde au conseil de ville comme une opportunité. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sue Goodspeed

En 2023, Mme Chow a hérité du conseil municipal de son prédécesseur, John Tory. Cette fois, l'organisme Progress Toronto croit qu'il est important d'élire un conseil municipal qui arrive dès le premier jour avec la volonté d'appuyer cette même orientation politique, qu'Olivia Chow.

Dans cette élection, Progress Toronto a appuyé six candidats : Ala'a Adib (Etobicoke North), Diana Chan McNally (Parkdale-High Park), Chiara Padovani (York South-Weston), Sara Ehrhardt (Toronto-Danforth), Krissan Veerasingam (Scarborough Centre), Kevin Rupasinghe (Scarborough Southwest).

L'opportunité que nous voyons en 2026, c'est d'élire davantage de progressistes résolus à faire avancer un programme audacieux pour attaquer nos plus grands problèmes : le coût de la vie, l'investissement dans les services, les transports en commun et le logement abordable, note-t-elle.

Pour Jeffrey Kroeker, l'un des fondateurs du groupe d'intérêt ABC Toronto, le changement de garde à l'hôtel de ville est une occasion de ramener le bon sens chez les conseillers et de revenir à l'essentiel.

Jeffrey Kroeker.

Jeffrey Kroeker, l'un des fondateurs du groupe d'intérêt ABC Toronto, veut « ramener le bon sens chez les conseillers ».

Photo : Gracieuseté

Certains conseillers pensent que le gouvernement est la réponse à tout, note-t-il. Il faut simplement revenir aux services essentiels, comme le déneigement des rues le jour même où la neige tombe, s'assurer que les égouts puissent évacuer l'eau ou veiller à ce que nos parcs et terrains de jeux ne soient pas remplis de seringues.

Sans endosser officiellement de candidats au poste de conseiller, ABC Toronto a invité les aspirants élus à signer un engagement promettant de placer le développement économique, la mobilité, la sécurité, l'abordabilité et la reddition de comptes au premier rang des priorités. Dans la course à la mairie, ABC Toronto a récemment accordé son appui à Brad Bradford.

Des cyclistes traversent le centre-ville de Toronto sur une piste cyclable le 8 novembre 2021.

Les pistes cyclables sont devenues un enjeu électoral central dans le cadre des présentes élections municipales. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Appuyant ouvertement Olivia Chow, Mme Tabasinejad estime que l'élection de conseillers progressistes serait l'occasion de continuer son agenda.

Nous avons atteint un point d'ébullition et nous devons continuer d'avancer dans la bonne direction, explique-t-elle. Les résultats sont là : les temps de réponse du 911 ont diminué, les services de transport augmentent alors que les tarifs restent gelés, des logements plus abordables sont mis en chantier et les bibliothèques sont désormais ouvertes sept jours sur sept.

Elle concède que tout n'est toutefois pas parfait. Après 13 ans de règne conservateur, Olivia Chow a hérité d'un véritable désastre et nous devons lui donner un conseil capable de soutenir ses politiques, ajoute-t-elle.

Le pouvoir des maires forts pour contourner le conseil municipal

Selon le politologue Peter Graefe, la loi sur les pouvoirs des maires forts a profondément changé la façon dont un maire s'appuie sur son conseil municipal.

En vertu de cette législation provinciale, un maire ou une mairesse peut faire adopter certains règlements municipaux avec le soutien d'un tiers seulement des conseillers.

Des conseillers municipaux de Toronto se réunissent pour une séance du conseil municipal à l'Hôtel de Ville de Toronto, le 22 avril 2026.

Le conseil municipal de Toronto compte 25 conseillers municipaux, en plus du maire. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Oksana Shtohryn

Ça rend les choses beaucoup plus faciles, parce qu'il ne faut trouver qu'un tiers du conseil municipal pour appuyer le maire, explique-t-il. Selon lui, cette mesure porte atteinte à la démocratie au sein des conseils municipaux.

Il n'y a plus d'incitatif à aller chercher un consensus large, déplore-t-il. Il y a quand même une capacité de faire des dommages assez importants.

M. Graefe note toutefois que cette manière de gouverner peut avoir des conséquences à long terme pour un édile, puisque les électeurs pourraient lui retirer leur confiance s'il use à répétition de son droit de veto.

Doug Ford parlant à un lutrin sur un chantier de Hamilton le 24 août 2026.

Le premier ministre Doug Ford a créé le système de maires forts en 2022 afin de faciliter la construction de 1,5 million de nouveaux logements d'ici 2031. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Progress Toronto a une vision différente des pouvoirs des maires forts.

On ne peut pas espérer avoir des alliés au conseil municipal si l'on n'est pas prêt à travailler avec eux, explique Saman Tabasinejad. [Les conseillers] sont des élus démocratiquement choisis par les Torontois et ces citoyens méritent d'avoir une voix autour du conseil.

Elle ajoute que le rôle des conseillers est précisément de donner aux citoyens le droit démocratique de faire pression sur eux sur des enjeux précis, ce qui est abdiqué si le maire utilise les pouvoirs des maires forts.

Tous les maires dépendent d'une majorité de conseillers pour faire passer leur programme; les groupes d'action et les résidents peuvent donc inciter leur conseiller à prendre position. C'est ainsi que fonctionne l'Hôtel de Ville. Si une seule personne dirigeait Toronto, ça serait une dictature.

Pour ABC Toronto, les pouvoirs des maires forts sont un bon moyen d'éviter la paralysie décisionnelle et les consultations qui ne finissent plus.

Ces pouvoirs de maires forts existent pour briser l'engorgement causé par la paralysie décisionnelle. Si un maire doit les utiliser, peu importe qui est le maire qu'il agisse, prenne une décision et l'assume. S'il échoue, les électeurs lui en tiendront rigueur, explique Jeffrey Kroeker.

Penser à aujourd’hui et non à demain

Saman Tabasinejad demande aux futurs élus d'assumer [leurs] responsabilités et de régler les problèmes d'aujourd'hui.

L'objectif ne doit pas être simplement de se faire élire ou réélire, mais de bâtir une meilleure ville. Reporter les problèmes à plus tard ne fera que nuire aux générations futures.

On ne peut pas prétendre que tout se règle par des baisses de taxes. Réparer les nids-de-poule coûte de l'argent, les transports coûtent de l'argent, le logement coûte de l'argent, ajoute-t-elle.

Un nid-de-poule sur une route à Toronto.

Selon Saman Tabasinejad, directrice générale de Progress Toronto, les baisses de taxes ne peuvent pas tout résoudre. Elle souligne que la réfection des chaussées, les transports publics et le logement abordable exigent des investissements réels. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Katherine Holland

M. Kroeker espère que les prochains élus municipaux feront passer les citoyens avant l'idéologie et réduiront la bureaucratie à l'hôtel de ville, ajoutant que la municipalité compte déjà suffisamment de règlements, de programmes et de processus.

Je pense que beaucoup de nos conseillers ont perdu de vue [les services de base] et [sont] trop occupés à se concentrer sur des programmes sociaux et des idéologies plutôt que sur la prestation de services.

Il invite les nouveaux élus à aller se promener dans les parcs et les terrains de jeux pour constater par eux-mêmes la présence de seringues et de campements, et mesurer l'impact sur la vie sociale des gens.

Toronto a le potentiel d'être une ville de calibre mondial, soutient-il.

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