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Un site web d’information publie des articles signés par des journalistes autochtones créés par l’intelligence artificielle, une décision « troublante » pour de véritables journalistes autochtones.
Selon Kerry Benjoe, présidente de l’Association des médias autochtones du Canada, les Autochtones ont historiquement été exclus du domaine des médias.
La création de personnalités médiatiques autochtones à l'aide d’intelligence artificielle est une manifestation contemporaine de cette marginalisation, soutient-elle.
Soudainement, l’espace pour lequel [les journalistes autochtones] ont tant lutté, les histoires qu’ils se sont battus si fort pour raconter, non seulement on les leur enlève complètement, mais on les exclut de ce contexte. C’est très nuisible.

Kerry Benjoe est la présidente de l'Association des médias autochtones du Canada. Elle dirige également le site Eagle Feather News.
Photo : Fournie par Kerry Benjoe
Des correspondants locaux
La version canadienne du site WE NEWS semble utiliser l'IA pour transformer des articles de médias reconnus pour les republier ensuite sur ses pages. Le nom d’un correspondant local est associé à chaque texte. Selon la section À propos, chacun d’entre eux travaille exclusivement à partir de sources identifiées et citées, conformément aux normes rédactionnelles du site.
Dans le contexte du Grand Nord, les articles sont publiés par les correspondants Kaylee Johns au Yukon, Warren Lafferty dans les Territoires du Nord-Ouest et Leah Qammaniq au Nunavut, tous créés à l'aide de l'IA. Les profils et les images de Kaylee Johns et de Warren Lafferty laissent entendre qu’ils sont issus des Premières Nations, tandis que Leah Qammaniq est Inuk.

Un aperçu des contenus signés par Warren Lafferty.
Photo : Capture d'écran
Bien que chaque article porte une note de transparence au bas de la page indiquant qu’il provient de sources légitimes, l’attribution est faible, juge Ahmed Al-Rawi, professeur à l’Université Simon Fraser et directeur du projet Disinformation, qui analyse l’évolution des fausses nouvelles.
Beaucoup de gens pourraient lire un article généré par l’IA en pensant qu’il est authentique, soutient-il. L’autre problème, c’est l’absence [...] d'une mention claire des auteurs originaux. Il est donc très regrettable qu’ils s’appuient sur le travail original de vrais journalistes pour générer des revenus pour eux-mêmes.
D’après la section des mentions légales, l’entreprise AZ Medias est établie à Hong Kong. L’hébergement du site est situé en France et son directeur est David Dragesco. Les recherches sur M. Dragesco révèlent plusieurs profils avec ce nom en lien avec un consultant en référencement. Les demandes de Radio-Canada auprès de M. Dragesco sont restées sans réponse. De plus, l’adresse courriel de contact sur le site de WE NEWS ne fonctionne pas.
Pourquoi des personnalités autochtones?
Même si les articles sont exacts, ils ne représentent pas un travail authentique, selon Tamara Voudrach, directrice de l’Inuvialuit Communications Society (ICS).
Lorsqu’on parle d’authenticité, on parle de valeurs, explique-t-elle. Une personne autochtone va porter en elle les valeurs et les croyances avec lesquelles elle a été élevée. Sa prise de décision et l’orientation de son travail vont s’ancrer autour de tout cela.
Un robot dépourvu de sensibilité culturelle qui se fait passer pour un auteur autochtone représente une autre forme de colonialisme et d’effacement, selon Mme Voudrach.
Elle souligne par ailleurs l’importance du lien de confiance qui doit exister entre un média et son public.
L'ICS existe depuis 1983 [...] Nous avons une responsabilité envers le contenu que nous recueillons ainsi qu’envers notre public.
Selon Kerry Benjoe, un public qui s’intéresse aux sujets autochtones pourrait être dupé parce que cela semble émaner d’un profil autochtone.
Ça vient brouiller les cartes [...] En tant que journaliste, on se bat sans cesse pour ce même public.
Ce public génère également des clics et des impressions sur les publicités.
C’est déjà assez difficile pour les médias de s’en sortir, sans avoir à faire la concurrence contre une source d’information basée sur l’intelligence artificielle qui utilise notre propre contenu pour, en théorie, nous priver de revenus publicitaires qui pourraient être les nôtres, déplore Corey Larocque, directeur de la rédaction chez Nunatsiaq News, l’un des organes de presse dont les articles ont été réutilisés sur le site WE NEWS.
Sensibilisation et vérification
Selon Kerry Benjoe, contrairement à une véritable salle de nouvelles, l’agrégation automatisée par l’intelligence artificielle entraîne une augmentation des erreurs.
En effet, Radio-Canada a découvert qu’un article traitant d’une fusillade au Yukon provenait en réalité de sources de la ville homonyme, située dans l’État américain de l’Oklahoma.
Selon le président de l’Association canadienne des journalistes, Brent Jolly, l’évolution de l’intelligence artificielle et ses répercussions constituent un défi qui vient à peine de commencer pour le domaine.

Selon Brent Jolly, président de l’Association canadienne des journalistes, les défis posés par l’intelligence artificielle dans le domaine du journalisme ne font que commencer.
Photo : Capture d'écran
Selon lui, la sensibilisation du public est l’une des meilleures approches pour préserver la profession.
Nous devons prendre cela très au sérieux [...] et la technologie évolue si vite qu’il est extrêmement difficile de suivre le rythme, mais nous devons garder ça à l’avant-plan en tout temps.
Avec les informations de Bianca McKeown


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